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24 décembre 2011

Barack Obama fera-t-il mentir l'histoire ?


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

En novembre 2008, Barack Obama a remporté les élections présidentielles en portant un message de changement et d'espoir. Il a bénéficié d'un taux élevé d'appui populaire, alors que 68% des électeurs américains affirmaient être heureux de son élection, 77% déclaraient qu'il allait unir le pays et 74% étaient convaincus qu'il allait améliorer l'économie. Aujourd'hui, si sa côte de popularité se maintient autour des 45%, le taux de désapprobation se situe à 55%. Et le président Obama n'obtient qu'un lamentable 35% pour sa gestion de l'économie.

Cette déception reflète l'humeur pessimiste du pays. Une majorité d'Américains croient que leur pays va dans une mauvaise direction. Or, le président Obama est appelé en 2012 à défendre le bilan de son administration. Et ce dernier apparaît plus négatif qu'il ne l'est en réalité. La réforme de la santé reste très impopulaire. La croissance économique stagne. Le chômage demeure un problème chronique. Le marché du logement est à son pire niveau depuis les années 1930. La dette nationale est à son niveau le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale. La côte de crédit des États-Unis a été abaissée pour la première fois. Et le nombre de personnes sous le seuil de la pauvreté atteint un niveau record.

Dans un tel contexte, le président Obama apparaît très vulnérable. La possibilité de sa réélection semble très mince. Après tout, il n'y a eu dans le dernier siècle que deux présidents qui ont réussi à se faire réélire avec un taux de chômage dépassant les six pour cent. Et dans les deux cas, Roosevelt en 1936 et Reagan en 1984, la réélection survint alors que les États-Unis connaissaient une forte reprise.

En dépit de cela, plusieurs raisons militent pour une réélection de Barack Obama. Ce dernier est plus en mesure que son éventuel adversaire républicain de projeter une vision optimiste de l'avenir. Mais pour y arriver, il doit articuler sa campagne - ce qu'il a déjà commencé à faire - autour de la protection de la classe moyenne. C'est en ce sens qu'au début décembre il prononça un discours à Kansas City où il a insisté sur un pacte équitable, un Square Deal, qui obligerait les plus nantis à payer leur part d'impôts.

Recul du Tea Party

Par ailleurs, le président Obama devrait bénéficier du recul du Tea Party dont les politiques de baisses des taxes et de coupures dans les dépenses gouvernementales menacent de ramener le rôle de l'État à ce qu'il était avant la Grande Dépression. Les élections de novembre 2011 en Ohio et au Wisconsin ont démontré que sur ce point la majorité des électeurs américains étaient plus proches des positions d'Obama que de celles de la droite républicaine. La campagne des protestataires de Wall Street ne fait que confirmer ce fait.

De plus, le président Obama peut compter sur un noyau dur d'environ 45% des électeurs, représentants des groupes comme les Afro-Américains, les Hispaniques et les jeunes. Bien que certains puissent avoir été déçus par la lenteur ou la timidité de la mise en place des réformes sociales par l'administration Obama, ils sont conscients des embûches que cette dernière a eu à affronter. Entre choisir un candidat républicain et Barack Obama, ils n'ont pas d'hésitation. Or, il appert que cette base sera élargie en 2012 par rapport à 2008 avec l'arrivée de huit millions de nouveaux électeurs.

Barack Obama bénéficie d'un autre atout majeur. Les électeurs peuvent être déçus de sa performance comme président, mais ce dernier continue d'obtenir une approbation personnelle très élevée. On aime particulièrement son calme et son sang-froid dans les crises. On lui fait pleinement confiance comme commandant en chef. De plus, on admire son engagement familial. Finalement, même dans les échecs, Obama ne semble pas malheureux. En ce sens, il transmet un message d'espoir. Or ici, il ne faut pas sous-estimer ces impressions favorables. Une majorité d'Américains sont prédisposés à lui donner une seconde chance.

Difficultés républicaines

La course chez les républicains représente depuis un an un véritable jeu de chaises musicales dans lequel on change de têtes d'affiche à tous les trois semaines. De Trump à Ginrich, en passant par Bachmann, Cain ou Perry, personne ne semble capable de se démarquer. Mitt Romney s'avère un deuxième choix pour la plupart des républicains. Cette situation amène les différents candidats à s'engager dans une surenchère pour savoir qui serait le plus conservateur. Ces discours sont nécessaires pour convaincre les électeurs républicains, mais ils ne font qu'aliéner davantage les indépendants.

Par ailleurs, le taux d'approbation du congrès est à un bas historique. Or, les électeurs blâment les républicains pour la paralysie de l'administration fédérale qui en découle. Les sondages démontrent une forte tentation chez les électeurs de punir les républicains pour cet état de chose. Barack Obama pourrait donc profiter de cette situation.

Finalement, les élections de 2008 ont démontré qu'une élection présidentielle se gagnait d'abord par le travail de terrain. Or, il s'avère que le président Obama bénéficie largement d'une meilleure organisation que son éventuel adversaire républicain. Simplement en Iowa, les démocrates ont plus de personnel sur le terrain que tous les candidats républicains mis ensemble. L'organisation démocrate a déjà effectué plus d'un million de conversations avec des partisans et des électeurs sympathiques à Obama. Cette stratégie se répète dans tous les États. Cela est particulièrement évident dans les États balanciers comme le Colorado, le Nouveau-Mexique, le Nevada et l'Iowa ou l'Ohio qui vont décider de l'élection de 2012.

La partie n'est pas encore jouée. Les républicains sont déterminés à limiter le président Obama à un seul mandat. Les électeurs américains seront confrontés en 2012 à deux visions diamétralement opposées de l'avenir de l'Amérique. Obama est conscient des enjeux. Il a une réelle possibilité de faire mentir l'histoire. Sa réélection démontrerait que son élection en 2008 n'était pas un accident de parcours.



Dernière modification: 2013-03-19 10:18:11

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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