Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

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4 August 2012

Un mois de juillet difficile pour Mitt Romney


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Mitt Romney s'est assuré de la nomination républicaine à la fin de mai dernier. Grâce aux gros de bailleurs de fonds républicains, il a largement dépassé Barack Obama dans sa constitution d'une cagnotte électorale, tout en peaufinant ses attaques à l'égard du bilan économique de son adversaire démocrate. La campagne de Romney semblait bien partie. La défaite de Barack Obama devenait de jour en jour plus plausible.

Toutefois, l'annonce de la décision de la Cour suprême à la fin juin sur la légalité de la loi de santé parrainée par Obama dévoilait des failles importantes dans l'organisation de Romney. Son équipe n'a pas su adapter son discours à la nouvelle situation. À partir de là, sa campagne sembla piquer du nez.

Paradoxalement, les problèmes pour Romney ont pris leurs origines, non pas dans le camp Obama, mais chez ses propres partisans. Rupert Murdoch, le grand magnat de la presse conservatrice et propriétaire de FOX News, ouvrit le bal au début juillet en accusant Romney de s'être entouré d'amateurs. Il alla même jusqu'à proposer que le Parti républicain désigne un autre candidat contre Obama. Jack Welch, un ancien PDG de General Electric, alla dans le même sens en affirmant que le président Barack Obama sera difficile à battre à moins que Romney change son équipe.

Le Wall Street Journal publia le 5 juillet un éditorial cinglant dans lequel il reprocha à Romney d'avoir gaspillé une occasion historique par ses tergiversations sur la réforme des soins de santé. L'incapacité de Romney et des membres de son équipe de présenter la position conservatrice républicaine démontre, selon l'éditorialiste, des signes d'ineptie.

Bien plus. L'éditorialiste y percevait l'absence complète d'élaboration qui amenait Romney à diriger une campagne complètement incohérente, politiquement parlant. Si l'éditorialiste notait qu'Obama était lourdement handicapé par la faible reprise économique, il constatait aussi l'incapacité de Romney de tirer parti de cette situation.

Des secrets financiers

Entre-temps, l'équipe de réélection d'Obama prit l'offensive en dépeignant Romney comme quelqu'un qui est riche et qui n'a pas de contact avec les Américains ordinaires. Pour ce faire, le camp Obama centra d'abord ses attaques sur le manque de transparence de Romney.

La loi électorale américaine exige que les candidats divulguent leurs revenus de l'année précédant une élection. C'est ce que fit Romney en janvier. Toutefois, le père de Romney avait déposé ses revenus pour une période de 12 ans en 1968. Il ouvrait ainsi une tradition. Le camp Obama en profita donc pour marteler la question pendant plusieurs jours.

En dépit de la recommandation de plusieurs dirigeants conservateurs, Romney refusa de publier ses déclarations de revenus avant 2010. Pourtant, la publication de ces déclarations sur dix ou douze ans n'aura fait la manchette que pendant une journée ou deux. Pourquoi Romney ne veut-il toujours pas encaisser le coup? Plusieurs commentateurs républicains se demandent ce que Romney cherche à cacher.

Ce refus amena le Washington Post et le Boston Globe à pousser plus à fond leurs enquêtes. Ces dernières dévoilent non seulement comment Romney a réussi à constituer sa fortune en profitant au maximum des échappatoires fiscales, mais aussi en transférant ensuite ses avoirs dans des paradis fiscaux et en Suisse pour éviter de payer des impôts.

Mais Romney a une autre raison. Le Washington Post démontre que Bain Capital, la compagnie fondée par Romney en 1984, n'a pas été une source de création d'emplois comme Romney le prétend. C'est même le contraire. Spécialisée dans la restructuration d'entreprises, Bain Capital a largement investi dans des compagnies qui acceptaient de se délocaliser en Chine ou en Inde où elles trouvaient des employés à bas salaires.

Le mythe de Romney comme sauveur d'entreprises était ainsi mis à nu.

Une série de gaffes

Les problèmes de Romney ne s'arrêtèrent pas là. À la mi-juillet, il s'adressa au NAACP, l'assemblée annuelle de la principale organisation des minorités américaines. Si son allocution fut huée, comme cela était anticipé, les commentateurs conservateurs reprochèrent à Romney de ne pas avoir profité de l'occasion pour défendre ouvertement leur programme.

Comme Barack Obama l'avait fait en 2008, Romney décida d'effectuer un voyage en Angleterre, en Israël et en Pologne à la fin juillet pour démontrer sa capacité de représenter les États-Unis à l'étranger et d'être commandant en chef. Or, contrairement à Obama, le voyage de Romney fut du début à la fin une comédie d'erreurs diplomatiques.

Voici quelques-unes de ses gaffes. Après avoir insulté les Britanniques sur leur manque de préparation quant à l'organisation des Olympiques, il offensa les Palestiniens en expliquant leur niveau de pauvreté par rapport aux Israéliens par un manque de dynamisme économique. Il prononça des inepties ensuite devant la Knesset en félicitant les Israéliens pour avoir construit les pyramides. Finalement, il montra un manque élémentaire de connaissance des coutumes juives kasher en offrant au premier ministre Benjamin Netanyahu comme cadeaux un pain au jambon au miel et un gâteau au fromage. Ce dernier ordonna discrètement de détruire ces cadeaux.

Le camp Obama s'est empressé de tirer profit des déboires des dernières semaines de la campagne de Romney. Heureusement pour le candidat républicain, l'élection présidentielle n'est que dans trois mois.

Romney a encore amplement de temps pour se reprendre, polir son image présidentielle et faire oublier les gaffes comme celles qui ont marqué le dernier mois.

S'il réalise cet objectif, Romney sera alors en mesure de s'assurer que l'élection sera déterminée par la situation économique des États-Unis, une question sur laquelle le président Obama est très vulnérable. Les derniers sondages montrent que les élections présidentielles de 2012 seront très serrées. Romney peut encore l'emporter.



Dernière modification: 2013-03-19 08:20:32

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