Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

19 décembre 2018

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19 October 2011

Un autre constat du bilan


Khalid Adnane
économiste,
enseignant à l'École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

November
2018
Élections de mi-mandat aux États-Unis

July
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

June
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

March
2018
Intensification d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

December
2017
Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

September
2017
Ouragans sur les Caraïbes

August
2017
Déferlement des ouragans Harvey et Irma sur le sud des États-Unis

January
2017
Adoption d’un décret exécutif sur l’immigration aux États-Unis

January
2017
Assermentation de Donald Trump à la présidence des États-Unis

November
2016
Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

September
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

June
2016
Attentat meurtrier dans une boîte de nuit d'Orlando, aux États-Unis

March
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

January
2016
Dévoilement de données confirmant l'établissement d'un record de chaleur en 2015

October
2015
Signature du Partenariat transpacifique à Atlanta, aux États-Unis

December
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

November
2014
Entente entre les États-Unis et la Chine sur la lutte aux changements climatiques

September
2014
Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

November
2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Si on vous dit que depuis quelques semaines, on assiste à un mouvement de protestation sans précédent, que des milliers de personnes manifestent dans plusieurs grandes villes du pays, que les perturbations sont nombreuses dans les moyens de transport et que des arrestations massives des manifestants ont été effectuées, vous pensez spontanément à la Grèce, l'Espagne ou encore à la France! Eh bien non, ça se passe juste à nos côtés, chez nos voisins américains. En fait, le mouvement Occupy Wall Street, relativement marginal à ses débuts, prend de l'ampleur en gagnant de plus en plus de groupes, notamment syndicaux.

C'est un phénomène inhabituel et surprenant quand on connaît les traditions américaines en cette matière. À première vue, on serait porté à le considérer quand même comme un courant un peu idéaliste, surtout lorsqu'on voit quelques-uns des slogans anticapitalistes affichés par les manifestants.

Mais on ne doit pas s'arrêter là, car il y a lieu d'y voir une sorte d'indignation, l'expression d'un ras-le-bol de nombreuses couches de la société. D'une part, face à la détérioration constante de leur situation économique depuis les années 1980 (malgré les promesses d'une mondialisation heureuse pour tous) et tout particulièrement, depuis la crise de 2008. D'autre part, face à leurs dirigeants politiques, impuissants à exercer un quelconque contrôle sur les marchés, notamment les marchés financiers.

La révolution néolibérale

La phase cruciale est sans aucun doute la fin des années 1970 et le début des années 1980. On assiste alors dans les pays industrialisés à un changement de paradigme important qui consistait à passer d'une vision interventionniste où les États (les pouvoirs publics) devaient agir pour réguler les activités économiques à une vision néolibérale caractérisée par la primauté du marché (jugé capable de s'autoréguler) et du retrait de l'État de la sphère économique. Aussi, cette vision s'est traduite par une vague de déréglementations qui ont touché plusieurs secteurs (notamment le secteur financier), de privatisations d'entreprises publiques, de réformes de programmes sociaux, de baisses d'impôts pour les entreprises, d'ouvertures commerciales, etc. Ce contexte a permis entre autres à la vague de mondialisation actuelle de se développer de manière extraordinaire, toujours avec la promesse d'être heureuse pour tous.

Or, aujourd'hui, force est de constater que ces 30 dernières années sont loin d'avoir été «glorieuses» et que si elles l'ont été, ce n'est que pour une partie infime de la population. Plusieurs études tendent d'ailleurs à le démontrer, même au sein d'institutions comme le FMI. En fait, si la lecture des agrégats macroéconomiques, par exemple la hausse du niveau des exportations, tend à valider l'apport positif de la mondialisation, l'exercice devient rapidement difficile dès qu'on entre dans l'analyse à un niveau micro (sectoriel). Plusieurs observateurs même parmi les libéraux convaincus, comme l'ancien économiste en chef du FMI Kenneth Rogoff, ne se gênent plus pour l'avouer: le bilan de la mondialisation est loin d'être reluisant, les gains de celle-ci ont été surestimés alors que ses coûts et risques ont été sous-estimés.

Les perdants américains de la mondialisation

Il n'est donc pas étonnant de voir ce mouvement de protestation, Occupy Wall Street, susciter autant d'enthousiasme. C'est que plusieurs franges de la population américaine ressentent beaucoup d'amertume face à leur situation économique et surtout, face à l'arrogance des milieux financiers, entre autres Wall Street. En effet, trois ans après l'éclatement de la crise financière de 2008 et après un déluge de milliards de dollars dépensés pour sauver des banques et des multinationales de la déroute ainsi que pour stimuler, soi-disant, l'emploi et la croissance, les résultats ne sont tout simplement pas au rendez-vous.

La création d'emploi est anémique et le chômage persistant avec un taux au-dessus de 9 %. Les salaires réels sont en stagnation dans plusieurs secteurs, les conditions de travail sont de plus en plus précaires pour répondre à la nécessaire compétitivité et enfin, les programmes sociaux sont largement insuffisants. Pendant ce temps-là, les banques et multinationales sauvées par les deniers publics au prix d'un endettement considérable (dette publique à environ 100 % du PIB) continuent d'engranger des profits mirobolants trimestre après trimestre.

Résultat: les inégalités explosent littéralement comme en fait foi un récent rapport du FMI sous la direction de l'économiste en chef Branko Milanovic (un rapport du Conference Board paru en septembre va dans le même sens). Globalement, si on comparait le revenu des 10 % des ménages les plus riches avec celui des 10 % les plus pauvres, le premier groupe s'accapare 42 % des revenus alors que le second récolte à peine 1 %. Par ailleurs, le coefficient de Gini, mesure se situant entre 0 et 1 pour calculer les inégalités dans une société, a augmenté dans la plupart des pays industrialisés et plus précisément aux États-Unis où il se situe à 0,38, comparativement au Danemark ou la Suède à 0,23. Mais le plus frappant est que le niveau de revenu des 20 % les plus riches est deux fois supérieur au revenu médian et surtout, le 1 % le plus riche aux États-Unis va chercher aujourd'hui le quart de la richesse.

La directrice des statistiques à l'OCDE, Martine Durand, est catégorique: cette augmentation des inégalités, au-delà des changements au niveau social et démographique (monoparentalité, vieillissement, etc.), est d'abord le fruit des changements imposés sur le marché du travail depuis les années 1980, marché caractérisé par une compétitivité constante qui entraîne une précarité systématique. Enfin, même au Forum économique de Davos de février 2011, on a relevé que les inégalités représentaient le défi majeur pour le monde dans les années à venir.

Quelle alternative ?

Quelle suite donner alors à ces revendications? Jean-Maynard Keynes, probablement l'économiste le plus influent du 20e siècle, disait du capitalisme: «Le capitalisme international et cependant individualiste n'est pas une réussite. Il est dénué d'intelligence, de beauté, de justice, de vertu. En bref, il nous déplaît et nous commençons à le mépriser. Mais, quand nous nous demandons par quoi le remplacer, nous sommes extrêmement perplexes». C'était en 1933, en plein période de dépression économique, Keynes se rendait à l'évidence qu'à défaut de trouver une alternative au système capitaliste, il fallait travailler à corriger ses contradictions et ses aberrations. Il a fallu plusieurs années de travail intense pour que les États réussissent à établir un cadre leur permettant de mieux contrôler les marchés ainsi que des mécanismes permettant une meilleure redistribution de la richesse dans la société. Malheureusement, ce cadre a été perdu dans le tumulte des réformes néolibérales des années 1980 et 1990. Ce que le mouvement Occupy Wall Street rappelle aujourd'hui aux dirigeants, c'est qu'il faut le retrouver, le plus tôt possible!



Dernière modification: 2013-03-18 13:49:32

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