Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

9 décembre 2018

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24 August 2011

Tumulte boursier : entre jeu politique et raison économique


Khalid Adnane
économiste,
enseignant à l'École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2018
Élections de mi-mandat aux États-Unis

July
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

June
2018
Tenue d’un sommet entre le président américain Donald Trump et le leader nord-coréen Kim Jong-un

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2018
Intensification d’une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine

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Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

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2017
Ouragans sur les Caraïbes

August
2017
Déferlement des ouragans Harvey et Irma sur le sud des États-Unis

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2017
Adoption d’un décret exécutif sur l’immigration aux États-Unis

January
2017
Assermentation de Donald Trump à la présidence des États-Unis

November
2016
Élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis

September
2016
Apparition de l'ouragan Matthew

June
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Attentat meurtrier dans une boîte de nuit d'Orlando, aux États-Unis

March
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

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Dévoilement de données confirmant l'établissement d'un record de chaleur en 2015

October
2015
Signature du Partenariat transpacifique à Atlanta, aux États-Unis

December
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

November
2014
Entente entre les États-Unis et la Chine sur la lutte aux changements climatiques

September
2014
Tenue d'une marche en faveur de la lutte aux changements climatiques

November
2012
Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Lorsque le président Barack Obama et le président de la Chambre des représentants, John Boehner, ont entamé leurs négociations sur le relèvement du plafond de la dette, ils savaient pertinemment que leurs travaux étaient sous haute surveillance, notamment par les marchés et surtout par les grandes agences de notation comme Standard & Poor's et Moody's. Il serait naïf de penser que des décideurs de leur trempe n'auraient pas eu cette attention.

Par contre, gageons qu'ils n'avaient certainement pas prévu une crise de confiance comme celle que les marchés ont vécue au début du mois, et spécialement le lundi 8 août (noir), encore moins la rapidité avec laquelle un tel scénario s'est réalisé. Ils pensaient fort probablement que les problèmes européens (autour de la dette souveraine) étaient tellement omniprésents qu'ils allaient occulter - auprès des marchés - l'impasse politique à laquelle on assistait à Washington et que leur bras de fer pouvait continuer sans « grand dérangement ».

Surtout, ils ne se doutaient pas que le jeu politique auquel ils s'adonnaient allait devenir un moment historique, celui de la première décote de l'histoire américaine, et ce, malgré la conclusion d'un accord au Congrès, la veille de la date limite.

C'est que les marchés, et on l'a déjà vu par le passé, tolèrent parfois des écarts, petits ou grands, mais jamais lorsqu'il est question de prise de décision parce que cette dernière est au coeur de l'action du jour pour ne pas dire de l'action du moment sur les marchés. C'est cet épisode d'indécision que M. Obama a qualifié d'incertitude politique qui, en grande partie, a donné lieu au tumulte boursier actuel et qui vient nous rappeler le prix à payer lorsque la tentation du jeu politique l'emporte sur la raison économique.

Des évènements et des faits...

Déjà, depuis quelques mois, des signaux ont été lancés et plusieurs indicateurs allant tous dans le même sens laissaient penser que la situation économique dans le monde et tout particulièrement aux États-Unis était loin d'être reluisante.

À commencer par la situation en Europe qui ne présageait rien de bon, particulièrement dans le cas de la Grèce qui a vécu un blocage important dans la foulée des manifestations populaires contre le programme de réformes budgétaires proposées par le premier ministre G. Papandréou. Vient ensuite le risque que les problèmes grecs s'étendent, d'abord à des pays comme l'Espagne, aux prises elle aussi avec une vague de protestations sociales, et ensuite au Portugal et l'Irlande qui ont subi début juillet une décote sévère de la part de Moody's. Enfin, le spectre de contagion a fini par gagner l'Italie, un joueur trop important, ce qui a amené les inquiétudes des investisseurs vers une dimension beaucoup plus significative: l'économie de l'Italie est d'une telle importance qu'elle équivaut à celles des quatre pays mentionnés toutes réunies.

Par ailleurs, les indicateurs en matière d'emploi et de consommation aux États-Unis ont continué à présenter un bilan somme toute timide pour ne pas dire anémique. (...) La création d'emploi, même si elle progresse, demeure très lente et peu « régénératrice » des pertes encourues depuis trois ans et la dette américaine qui se situait à moins de 60% du PIB il y a environ dix ans, culmine aujourd'hui à presque 100% du PIB, soit 14 300 milliards de dollars.

Dans un tel contexte, tous les ingrédients étaient réunis pour un scénario de doute, de méfiance et d'incertitude comme celui vécu il y a deux semaines.

Une « guerre » idéologique et politique

Cependant, ce qui est frappant dans cette guerre à Washington, c'est qu'à la base, elle est une guerre idéologique et politique. D'un côté, un Barack Obama qui veut arracher une entente à tout prix, estimant qu'il n'a pas le luxe d'entamer sa prochaine compagne présidentielle sous le signe de l'incapacité et de l'incertitude. De l'autre, des républicains gonflés à bloc, notamment ceux du Tea Party, qui voient dans cette bataille une occasion formidable de positionnement pour les prochaines élections présidentielles.

Ce qui est encore plus fascinant, c'est que si on faisait abstraction des « joutes » politiques et qu'on considérait la situation budgétaire américaine simplement, on serait frappé par ce paradoxe si puissant:

- Les États-Unis vont mal à cause de leur énorme dette (en passant, celle de l'Italie est rendue à environ 120% et celle du Japon a dépassé les 160% du PIB), leurs déficits récurrents, leur lente reprise, leur compétitivité déclinante face aux pays émergents.

- Mais ils sont un des pays les moins imposés au monde (c'est ce que M. Obama a essayé de vendre aux républicains sans grande réussite) et leur assiette fiscale est à peine entamée lorsqu'on la compare à des pays comme le Canada, la France ou encore la Grande-Bretagne.

Donc, les propositions d'Obama de hausser les impôts en même temps qu'une réduction des dépenses auraient pu constituer, effectivement, une solution équilibrée. Mais l'intransigeance des républicains a fait qu'on a abouti à un accord qui n'a vraisemblablement pas passé le test auprès des marchés.

Une crise différente de 2008 mais maintenant...

Et maintenant, quoi retenir? D'abord que la crise actuelle, même si elle nous rappelle celle de 2008, est complètement différente par la nature des causes et celle des acteurs concernés. Mais sera-t-elle différente en termes de conséquences? Eh bien seuls les prochains mois nous permettront de le savoir, une fois que les comptes auront été faits.

En attendant, les sceptiques « critiques » viendront dire que c'est une crise parmi d'autres, signe d'un mal fonctionnement du système et demanderont des renforcements plus importants en matière de régulation financière. Les opportunistes « investisseurs », de leur côté, clameront la nécessité régulière de la correction boursière et de la purge du système, tout en saisissant cette période de volatilité pour réaliser de bonnes affaires. Et enfin, les résignés, « vous et moi », passeront les prochains mois à espérer que leur portefeuille de retraite sera « épargné »... jusqu'à la prochaine fois!



Dernière modification: 2013-03-18 13:31:40

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