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19 février 2013

Le procès de l'ancien dictateur Ríos Montt attendu au Guatemala


Émilie Diboma Dikaha
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2015
Élection de Jimmy Morales à la présidence du Guatemala

décembre
1996
Signature des accords mettant fin à la guerre civile au Guatemala

février
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

août
1983
Renversement du président Rios Montt au Guatemala

mars
1966
Tenue d'élections au Guatemala

décembre
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

juillet
1957
Assassinat du président du Guatemala Carlos Castillo Armas

juin
1954
Renversement du président guatémaltèque Jacobo Arbenz

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

mars
1945
Accession de Juan Jose Aravelo à la présidence du Guatemala

Le 26 janvier 2013, un ancien dictateur, le guatémaltèque José Efraín Ríos Montt, a été inculpé pour « génocide et crimes contre l'humanité » commis contre des populations indiennes sous son régime, de 1982 à 1983. Il s'agit d'une première dans l'histoire du Guatemala et de l'Amérique du Sud. Le procès de Ríos Montt, 86 ans, se déroulera devant la Cour suprême du Guatemala à compter du mois d'aout 2013.

Un homme à la poigne de fer

José Efraín Ríos Montt a commis un coup d'État et renversé le général Roméo Lucas García en mars 1982. Il est resté au pouvoir durant près de 18 mois, mais, selon le journal Le Monde diplomatique, son nom reste associé à la période la plus sanglante de la guerre civile guatémaltèque (près de quarante ans et environ 200 000 morts et disparus) (1).

Dans le contexte de la guerre froide et de l'opposition Est/Ouest, celui que l'on surnommait « Le Général » était largement soutenu par le gouvernement américain de Ronald Reagan afin de réprimer la révolution communiste, menée par l'Union révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG), au Guatemala (2). Des violences ont donc été commises par les Patrouilles d'Autodéfense civile (PAC), le groupe paramilitaire spécial dirigé par Ríos Montt. Ce dernier justifiait leurs actions, à l'époque, par « la pratique d'une politique de communistes brûlés (3) ».

Ríos Montt est membre d'une secte religieuse, proche des fondamentalistes chrétiens américains, appelée « Iglesia del Verbo (4) ». Il offrait d'ailleurs sous son règne, de façon hebdomadaire, des sermons sur la morale à ses concitoyens (5).

Des poursuites qui semblaient perdues d'avance

La Commission pour l'éclaircissement historique au Guatemala (CEH) a statué que 93% des violences étaient attribuables au gouvernement, avec une hausse de leur intensité entre 1978 et 1984, incluant 626 massacres contre la communauté indienne maya (6). C'est pourquoi un mandat d'arrêt international a été lancé contre Ríos Montt en 2006 par l'Espagne, pour crime de génocide et crime contre l'humanité.

Toutefois, il bénéficiait à l'époque de l'immunité diplomatique en tant que député au Congrès national guatémaltèque (7). Malgré l'impossibilité de fuir à l'étranger avec ce mandat d'arrêt international contre lui, Ríos Montt a toujours pu jouir d'un gouvernement guatémaltèque plutôt « muet sur son passé (8)». Ce dernier refusait l'extradition de l'accusé, de plus, le chef de l'État actuel n'est autre qu'Otto Perez Molina, un ancien militaire ayant servi sous les ordres du « général (9)».

Pourtant, moins de deux semaines après la perte de son immunité, Ríos Montt comparaissait en tant qu' « auteur intellectuel de la mort de 1771 personnes, du déplacement forcé de 29 000 individus, de violence sexuelle sur au moins 8 femmes et de la torture d'au moins 14 personnes (10)». Il a donc été placé sous assignation à domicile en attendant son procès. Une décision commentée par Alejandro Balsells, directeur du Centre de la Défense de la Constitution, qui juge qu'un Guatémaltèque ordinaire aurait été envoyé en prison pour des accusations moins graves (11).

Depuis le début de l'instruction judiciaire, une juge a été révoquée de l'affaire. Selon Dominic Voisard, d'Avocats sans frontières Canada, une dizaine de demandes de récusation de témoins et experts ont été émises par la défense de l'ancien dictateur (12), dont l'un des avocats « a paradoxalement été guérillero durant plus de 20 ans (13)». En revanche, l'accusé s'est vu refuser sa demande d'amnistie pour les crimes qui lui sont reprochés.

L'ensemble des procédures menées par le camp de Ríos Montt ralentit le processus judiciaire. Toutefois, les familles de victimes indiennes conservent l'espoir de voir un jour l'accusé derrière les barreaux.




Références:

(1) LE MONDE DIPLOMATIQUE. « Guatemala : un dictateur poursuivi, un président inquiété », [en ligne], 6 février 2013, http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-02-06... consulté le 17 février 2013.

(2) BIOGRAFIASYVIDAS.COM. Efraín Ríos Montt, [en ligne] http://www.biografiasyvidas.com/biografia/r/rios_montt.htm, consulté le 17 février 2013.

(3) RAMIREZ OROZCO-SOUEL, Paola, « Quand le Guatemala siège au Conseil …d'insécurité », Le Monde Diplomatique, [en ligne], septembre 2006, http://www.monde-diplomatique.fr/2006/09/RAMIREZ_O... consulté le 17 février 2013.

(4) BIOGRAFIASYVIDAS.COM. Op.cit.

(5) MOREORLESS.AU.COM. Efraín Ríos Montt, [en ligne], 30 janvier 2007, http://www.moreorless.au.com/killers/montt.html, consulté le 17 février 2013.

(6) GUATEMALA MEMORY OF SILENCE. Conclusions, [en ligne], http://shr.aaas.org/guatemala/ceh/report/english/conc2.html, consulté le 17 février 2013.

(7) VOISARD, Dominic. « Deux procès pour génocide contre Ríos Montt », Avocats Sans Frontières Canada, [en ligne], 2 juillet 2012, http://www.asfcanada.ca/es/blog/post/deux-proces-p... consulté le 17 février 2013.

(8) MADELIN, Henri. « Guatemala, après l'enfer », Le Monde Diplomatique, [en ligne], mai 1999, http://www.monde-diplomatique.fr/1999/05/MADELIN/11994, consulté le 17 février 2013.

(9) RFI.FR. « Au Guatemala, l'ancien dictateur Efraín Ríos Montt accusé de génocide », [en ligne], 27 janvier 2012, http://www.rfi.fr/ameriques/20120127-guatemala-anc... consulté le 17 février 2013.

(10) VOISARD, Dominic. Op.cit.

(11) WIRTZ, Nick. « Ríos Montt and the genocide trial in Guatemala », [en ligne], 7 juin 2012, http://americasquarterly.org/rios-montt-and-the-ge... consulté le 18 février 2013.

(12) VOISARD, Dominic. Op.cit.

(13) FRANCE24.COM. « L'ex-dictateur guatémaltèque Efrain Rios Montt sera jugé pour génocide», [en ligne], 29 janvier 2013, http://www.france24.com/fr/20130129-dictateur-guat... consulté le 17 février 2013.

Autre référence

PERSPECTIVE.MONDE. « 8 août 1983 : Renversement du président Rios Montt au Guatemala », [en ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... consulté le 17 février 2013.

Dernière modification: 2013-02-25 08:16:30

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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