Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

18 décembre 2018

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8 August 2015

Le phénomène Donald Trump


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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L'émergence de Donald Trump sur la scène politique américaine est un phénomène sans précédent dans l'histoire américaine. En moins de deux mois, il s'est positionné comme le principal candidat républicain. Son émergence devrait être éphémère, compte tenu des déclarations incendiaires qui parsèment ses discours. Pourtant, le phénomène, loin de disparaître, s'amplifie.

En effet, depuis l'annonce de sa candidature, Trump a multiplié les insultes et les déclarations incendiaires non seulement contre des groupes comme les Hispaniques, mais aussi contre ses adversaires. Il n'a même pas hésité à dénier à John McCain son rôle de héros dans la guerre du Vietnam. D'ailleurs, ses frasques ont amené ses adversaires républicains à le traiter à la fois de fou, d'idiot, de «twit» et d'ampoulé intellectuellement.

Aussi, certains observateurs se demandent comment le phénomène de Donald Trump a pu émerger. Pourtant, cela n'est pas si surprenant. Après tout, le parti républicain est largement responsable de cette situation. En fait, le parti républicain récolte ce qu'il a semé. Après tout, Trump ne fait que suivre plusieurs ténors du Tea party et des commentateurs radiophoniques comme Rush Limbaugh qui rivalisent pour influencer la droite américaine en incitant à la haine et en encourageant les peurs les plus alarmantes.

Les déclarations de Trump concernant les Hispaniques sont de loin les commentaires les plus dommageables pour le parti républicain. Trump a fait sien le discours anti-immigration populaire dans plusieurs cercles du parti républicain. Il n'hésite pas à affirmer que la majorité des immigrants sans-papiers légaux d'origine hispanique sont des voleurs, des trafiquants de drogues, des tueurs ou des violeurs. Ce qui choque, c'est la façon grossière de Trump d'émettre ses commentaires.

Ces déclarations anti-immigration dérangent au plus haut point l'establishment du parti républicain. En effet, ce dernier sait que le parti républicain a un besoin urgent d'améliorer son image auprès des Hispaniques, sans quoi leur candidat n'aura aucune chance de remporter les élections présidentielles de 2016.

En examinant attentivement les prises de position de Trump, ce dernier apparait à la fois différent et semblable aux autres candidats républicains. Ses idées, ses positions politiques, ses impulsions et même ses attitudes sont semblables à celles de ses collègues républicains. Là où il diffère, c'est dans sa façon beaucoup plus flagrante ou extrémiste d'exprimer ses idées.

Dans sa campagne, Donald Trump mise d'abord sur la partie de l'électorat américain qui est la plus apathique, mal informée ou ignorante. Adoptant une approche démagogique, il fait appel aux instincts les plus bas de l'électorat. Il n'hésite pas à réconforter cet électorat dans ses préjugés en affirmant qu'il parle au nom du peuple américain et que la sagesse de ce dernier doit prévaloir.

Donald Trump, adoptant une attitude très populiste, a saisi la mentalité de la frange de l'électorat qu'il cible. Cet électorat lit peu de journaux. Il préfère la science-fiction à la réalité. Un récent sondage montrait que 30 % des Américains ne savaient pas qui était le vice-président des États-Unis. Par contre, ces mêmes personnes étaient toutes capables de nommer les différents membres de la famille Simpson.

En ce sens, Donald Trump est un phénomène médiatique. Il sait que l'Américain moyen ne cherche pas en savoir plus sur les choses «sérieuses» comme les affaires internationales. Il veut d'abord être diverti. Avec Trump, ce dernier en a pour son argent. Trump est plus qu'une curiosité. Il offre à son lectorat un spectacle. Il révèle la colère des gens, particulièrement chez ceux qui ne font pas confiance à personne. Par son franc-parler, Trump leur offre une sorte de soulagement cathartique.

Non seulement Trump n'est pas un politicien de carrière, mais il ne joue pas le jeu politique comme ses adversaires. Dix fois milliardaire, il ne dépend pas des PAC pour se constituer un fond de campagne. Plus encore, il ne sent pas le besoin de s'en remettre à des conseillers avant de parler. Il montre qu'il est capable de dire ce qu'il veut quand il le veut. Et une partie du public américain semble aimer son franc-parler. Il dit ce qui est dans l'esprit de beaucoup de gens. Il obtient pour cela de bons points.

Pour l'instant, Donald Trump révèle tous les côtés excessifs du parti républicain. Son message à une nette incidence sur l'électorat le plus à droite de ce parti. En ce sens, il est en train d'influencer la dynamique des primaires et caucus devant désigner le candidat républicain pour les présidentielles de 2016. Comme les élections américaines se gagnent au centre, il reste à savoir si les frasques de Trump vont nier les chances des républicains de l'emporter en 2016.

L'establishment républicain a déjà établi qu'un ticket composé de Jeff Bush et Marco Rubio avait le plus de chance de battre Hilary Clinton. Or, les remarques de Trump sur les Hispaniques ont largement endommagé ce scénario. Pire encore, les dirigeants du parti républicain craignent que Donald Trump décide de se porter candidat à la tête d'un troisième parti. Ils se rappellent comment en 1992 un certain Ross Perot a fait élire Bill Clinton.



Dernière modification: 2015-08-17 10:53:57

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