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28 juin 2014

La signification politique de la défaite d'Eric Cantor


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

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Les États-Unis ont subi le 10 juin un véritable tremblement de terre politique. Aucun observateur n'avait anticipé la défaite d'Éric Cantor. Ce dernier était une figure de proue du parti républicain. Chef de la majorité républicaine et numéro deux de la chambre des représentants, il devrait devenir le prochain président de la chambre. Or, Cantor a été défait lors les primaires de son district pour déterminer qui serait le candidat républicain aux élections de novembre. La défaite d'un personnage aussi en vue représente un événement sans précédent dans les annales politiques américaines.

Ainsi, la carrière politique de Cantor s'est effondrée comme un château de cartes. Devenu confiant et arrogant, il prenait comme acquise sa nomination. Il a vu venir le coup trop tard. Il avait perdu le contact avec la base républicaine de son district. De fait, avec les années, Cantor, en moussant son profil national, a abandonné ni plus ni moins ses électeurs. Or, ces derniers lui ont fait payer le prix pour le peu de réalisations que son district a obtenu du gouvernement fédéral ces dernières années. Mais la défaite de Cantor a aussi des raisons plus subtiles.

David contre Goliath

La victoire de Dave Brat, un professeur d'économie inconnu, aux mains d'Eric Cantor, peut se comparer à celle de David contre Goliath. La défaite de Cantor est d'autant plus importante que ce dernier disposait de cinq millions $ pour sa campagne contre seulement 300 000 $ pour son adversaire. Négligé de toutes parts, Brat a obtenu pourtant le soutien des républicains locaux de son district, ce qui lui a permis de l'emporter avec 56 % du vote.

Bien que candidat du Tea Party, Brat n'a pas bénéficié du soutien de l'infrastructure nationale de cette branche du parti républicain. Néanmoins, cette victoire d'un candidat du Tea Party a réconforté fortement le parti qui avait connu plus de défaites que de victoires ce printemps. Certaines de ces défaites étaient d'une grande envergure. Or, contrairement au diagnostic de plusieurs experts, avec la victoire de Brat, le Tea Party montre qu'il est loin d'être mort.

Mauvaise nouvelle

Beaucoup d'observateurs ont été intrigués par la défaite de Cantor. Après tout, ce dernier fait partie de l'aile extrémiste du parti républicain. D'ailleurs, dans les sondages, Cantor était jugé un conservateur trop extrémiste pour la moyenne des électeurs américains. Néanmoins, Cantor est apparu pas assez conservateur pour la base républicaine la plus extrémiste. La défaite de Cantor est une mauvaise nouvelle pour le parti républicain. Cette défaite démontre comment les partisans de ce dernier se sont déplacés de plus en plus vers la droite, loin d'un leadership responsable.

Lors des élections primaires du 7e district de Virginie, les conservateurs républicains ont exprimé clairement leur frustration devant les dirigeants de leur parti qui courtisent leur appui électoral, mais qui ne tiennent pas leur engagement idéologique. De fait, cherchant toujours à apaiser l'aile droite de son parti, Cantor fit plusieurs volte-face sur des questions comme la réforme de l'immigration et la réduction du budget fédéral. Cela a fait en sorte que les électeurs républicains de son district ont eu le sentiment qu'ils ne pouvaient plus lui faire confiance.

Si on s'en tient à l'expérience du passé, la paralysie législative sur la colline du Capitole va empirer. Nous sommes à moins de cinq mois des élections de mi-mandat. Déjà l'ambiance électorale partisane crée un climat politique excessivement mauvais. L'adoption de lois les plus élémentaires représente déjà une tâche herculéenne.

Or, à la suite de cette défaite, le système politique américain, déjà terriblement entravé par l'intransigeance républicaine, risque donc d'être encore plus paralysé. Cette défaite signifie pour les membres républicains du Congrès qu'ils n'ont pas intérêt à aller négocier pour arracher des compromis. Une telle motivation pourrait leur signifier une défaite en novembre. La réforme de l'immigration est déjà considérée comme la première victime de la défaite de Cantor.

En ce qui concerne le leadership de la chambre des représentants, les conséquences sont importantes. John Boehner, son président, devait se retirer à la fin de l'année pour faire place à Eric Cantor. Selon toute vraisemblance, il va rester en fonction pour un autre mandat afin de construire une nouvelle équipe. Par contre, Kevin McCarthy, le whip des républicains, pourrait gravir des échelons et devenir le chef de la majorité républicaine à la chambre des représentants.

Plus à droite

Toutefois, il reste à voir ce que les membres du Tea Party diront de ces nouveaux arrangements, car depuis sa création, le Tea Party cherche à déplacer le leadership républicain plus sur sa droite. Il faut se rappeler que depuis 2010, les conservateurs républicains et les membres du Tea Party ont confronté régulièrement les dirigeants républicains sur des différends politiques concernant le plafond de la dette, le budget et les dépenses courantes du gouvernement fédéral.

Entre-temps, c'est une majorité des Américains, comprenant des républicains modérés, qui sont devenus de plus en plus frustrés par l'orientation idéologique et même démagogique du parti républicain. Ce dernier refuse totalement de traiter les problèmes les plus pressants du pays et de laisser le Congrès adopter des lois dans des votes libres. Frustrés, les électeurs américains blâment les républicains pour cette impasse.

Avec cette redynamisation du Tea Party, les modérés républicains ont moins de chance de faire des gains lors des élections de novembre prochain. La défaite de Cantor brouille également la perspective pour un candidat républicain modéré lors des présidentielles de 2016.

Par contre, les dirigeants démocrates salivaient avec raison le 10 juin au soir. La défaite de Cantor est une bonne nouvelle pour eux. Cela signifie que, plus le parti républicain se radicalise à droite, plus les démocrates ont de chance d'accaparer le vote des indépendants et même des modérés républicains. Les élections de mi-mandat du 4 novembre prochain représenteront un premier test qui dira si les démocrates avaient raison de se réjouir.



Dernière modification: 2014-07-01 14:26:32

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