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21 janvier 2014

La France divisée quant à l'intervention en Centrafrique


Stéphanie Dumont
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Démission du président centrafricain Michel Djotodia

mars
2013
Renversement du président François Bozizé en République centrafricaine

mars
2003
Renversement du président centrafricain Ange-Félix Patassé

septembre
1993
Élection d'Ange Félix Patassé à la présidence de la République centrafricaine

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

septembre
1981
Renversement du gouvernement de David Dacko en République centrafricaine

septembre
1979
Renversement de l'empereur centrafricain Jean-Bedel Bokassa 1er

décembre
1977
Couronnement de l'empereur centrafricain Jean-Bédel Bokassa 1er

janvier
1966
Renversement du président David Dacko en République centrafricaine

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

août
1960
Proclamation de l'indépendance de la République centrafricaine

En 2011, François Bozizé fut réélu à la présidence de la Centrafrique. En 2013, un mouvement de rébellion musulman, nommé Séléka, renversa le pouvoir de Bozizé et prit la tête du pays(1). Après avoir pris les rênes du pays, le président de la Séléka, Michel Djotodia, tourna cependant le dos à ses confrères. En réaction, des membres de la Séléka débutèrent des attaques contre la population majoritairement catholique. S'ensuivit une guerre à tendance religieuse entre groupes musulmans et catholiques ravageant le pays(2).

À la suite de cela, des organisation non gouvernementales (ONG) centrafricaines dénoncèrent la Séléka pour atteintes aux droits de l'homme. Les Nations unies (ONU) adoptèrent donc, le 5 décembre 2013, une résolution permettant à la France de débuter son opération « Sangaris ». Celle-ci consiste à déployer des soldats français pour supporter la mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) et rétablir la paix dans ce pays(3).

Une unanimité politique

Cette décision d'intervenir en Centrafrique par le président français, François Hollande, fut appuyée par la majorité des partis politiques de son pays. Le Parti socialiste français, comme on pouvait s'y attendre, a salué l'engagement de la France(4).

Par ailleurs, dans un communiqué du parti, le Front national a affirmé que la dégradation de la situation en Centrafrique justifiait amplement cette intervention(5). Pour sa part, François Fillon, personnage clé de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), a déclaré soutenir pleinement l'intervention face à l'urgence de la situation(6). De plus, selon le Parti radical de gauche, la nécessité de protéger la population légitime l'envoi de soldats français en Centrafrique(7). Il est donc possible d'affirmer que, dans leur ensemble, les principaux partis politiques français ont décidé de soutenir cette décision prise par le président de la République.

Le peuple en désaccord

Face à cet appui politique presque unanime à l'intervention de la France en Centrafrique, le peuple français s'est montré, lui, en désaccord avec cette décision. En effet, quelques jours après l'adoption de la résolution de l'ONU, le metronews présentait un sondage fait par OpinionWay, qui démontrait que près de 64 % des Français étaient en opposition à cette intervention(8). Selon Bruno Jeanbard, sondeur pour OpinionWay, cette intervention entraînerait beaucoup de questionnements chez le peuple français, questionnements qui refléteraient la méfiance des citoyens.

La dégradation de la situation économique à l'interne expliquerait aussi ce mécontentement quant à l'implication de la France dans des missions à l'étranger(9). Plus récemment, TF1 affirmait que 59 % des Français se montraient en désaccord avec cette intervention(10). Selon l'institution d'opinion publique française, cette opposition de plus de la majorité serait également causée par une lassitude face aux diverses interventions du pays à l'étranger(11). Par ailleurs, Michel Galy, professeur de géopolitique, a affirmé dans un article que les interventions françaises empêcheraient les pays africains de faire face de manière autonome à leurs propres conflits internes(12). Dans un même ordre d'idées, plusieurs intellectuels ont été très critiques pour de multiples raisons envers cette intervention.

Cette grogne pourrait bien avoir des conséquences politiques. Il sera en effet intéressant de voir le possible effet entre ce mécontentement du peuple français envers la décision du président et l'appui de la majorité des partis politiques, sur les élections municipales, européennes et sénatoriales en cette année 2014.




Références:

(1) LOUBIÈRE, Thomas, « Six clés pour comprendre le conflit en République centrafricaine», Le Monde.fr, 5 décembre 2013, [En ligne], http://www.lemonde.fr/afrique/article/2013/12/05/r... (consulté le 14 janvier 2014)

(2) Ibid.

(3) Ibid.

(4) N.D, «Intervention en Centrafrique : le Parlement débattra mardi», Libération.fr, 5 décembre 2013, [En ligne] http://www.liberation.fr/monde/2013/12/05/hollande... (consulté le 14 janvier 2014)

(5) N.D, «Centrafrique : les réactions à l'intervention militaire française», atlantico.fr, 5 décembre 2013, [En ligne] http://www.atlantico.fr/pepites/centrafrique-react... (consulté le 14 janvier 2013)

(6) MULLER, Jean-Pierre, «Intervention en Centrafrique : les réactions politique», Le Point.fr, 5 décembre 2013, [En ligne] http://www.lepoint.fr/politique/intervention-en-ce... (consulté le 14 janvier 2014)

(7) Ibid.

(8) MENDEL, Julie, «Centrafrique : 64% des Français contre l'intervention militaire», metronews.fr, 8 décembre 2013, [En ligne] http://www.metronews.fr/info/sondage-centrafrique-... (consultée le 14 janvier 2014)

(9) Ibid.

(10) MICHELLAND, Camille, « Centrafrique : les Français "lassés" par les interventions à l'étranger», 4 janvier 2014, [En ligne] http://lci.tf1.fr/monde/afrique/centrafrique-les-f... (consultée le 20 janvier 2014)

(11) Ibid.

(12) GALY, Michel, «Le pouvoir français se trouve face à plusieurs dilemmes», l'Humanité.fr, 10 janvier 2014, [En ligne] http://www.humanite.fr/tribunes/le-pouvoir-francai... (consulté le 14 janvier 2014)

Dernière modification: 2014-01-27 09:20:25

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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