Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

9 décembre 2018

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26 November 2013

L'exception cubaine


Alexis Montambault Trudelle
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

April
2018
Accession de Miguel Diaz-Canel à la présidence de Cuba

September
2017
Ouragans sur les Caraïbes

November
2016
Décès de l’ex-dirigeant cubain Fidel Castro

March
2016
Début de la visite du président américain Barack Obama à Cuba

December
2014
Annonce des présidents des États-Unis et de Cuba sur les relations entre leurs pays

October
2012
Déferlement de l'ouragan Sandy sur les Caraïbes et les États-Unis

February
2008
Accession de Raul Castro à la présidence de Cuba

August
1994
Émeutes à La Havane

July
1989
Exécution du général cubain Arnaldo Ochoa

December
1988
Signature à New York d'un traité sur le conflit en Angola

May
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

April
1980
Début d'un exode massif d'exilés cubains

November
1975
Intervention cubaine en Angola

October
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

January
1966
Ouverture de la première Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine (Tricontinentale)

October
1962
Dévoilement par le président américain de la présence de missiles soviétiques à Cuba

January
1962
Exclusion de Cuba de l'Organisation des États américains

September
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

April
1961
Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons

À partir des années 1960, la relation entre les États-Unis et l'île de Cuba fait couler beaucoup d'encre. En fait, depuis plus de 50 ans, l'état de cette relation n'a pas vraiment évolué. Cependant, en 2009, Barack Obama marque son arrivée à la Maison-Blanche par une volonté de rupture dans la position des États-Unis face à cette petite île communiste.

Un bras de fer d'un demi-siècle

Les relations entre Washington et La Havane sont caractérisées par des tensions évidentes. Elles naissent quelque temps après l'arrivée au pouvoir de Fidel Castro en 1959. En effet, Castro renverse le régime proaméricain du dictateur Fulgencio Batista. Durant cette dictature, les États-Unis avaient tissé des liens économiques étroits avec Cuba.

Cependant, l'arrivée au pouvoir de Castro est marquée par une vague de nationalisme. Cette tendance effraie les États-Unis. De ce fait, ils répondent par la menace de réduire, voire d'arrêter, les importations de sucre venant de Cuba. Dès lors, Fidel Castro doit faire un choix : adoucir sa révolution ou tenir tête à l'une des deux grandes puissances de l'époque. La réponse de Castro sera la nationalisation d'entreprises américaines et l'expropriation des terres. À partir de ce moment, les tensions s'intensifient entre La Havane et Washington(1).

En 1960, l'Organisation des États américains vote l'arrêt de toute relation diplomatique avec Cuba et, par le fait même, son exclusion de cette organisation régionale. Le régime Castro réplique par la Déclaration de La Havane en octobre 1960. Celle-ci pose les grands principes de la révolution castriste et dénonce le colonialisme américain en Amérique latine(2). La réponse américaine sera la mise en place d'un embargo commercial contre Cuba. C'est la fin de toutes relations diplomatiques entre Washington et La Havane(3).

En 1961, Castro va encore plus loin : il déclare sa révolution marxiste-léniniste et il s'associe à l'Union Soviétique. Toujours en 1961, la CIA recrute 2 000 anciens guérilleros anticastristes afin d'effectuer une opération paramilitaire pour envahir la petite île communiste. Il s'agit du débarquement de la baie des Cochons, qui s'avère un échec total(4).

Ainsi, les deux premières années du régime Castro sont marquées par une escalade des tensions. Cuba se retrouve isolée. À la suite de la tentative d'invasion de la baie des Cochons, Castro veut armer son pays afin d'assurer sa défense. De ce fait, en 1962, il se rapproche de l'Union soviétique en signant un traité militaire, qui prévoit la pose de rampes de missiles nucléaires à courte et moyenne portée.

Toutefois, des photos aériennes révèlent aux Américains le processus d'installation des rampes de lancement. Un blocus naval entre en vigueur le 24 octobre 1962 afin d'arrêter tout navire soviétique en direction de Cuba. Les tensions atteignent un sommet et un affrontement entre les grandes puissances nucléaires semble imminent. À la suite de longues négociations, le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev annonce le démantèlement des rampes de lancement cubaines. De son côté, le président américain John F. Kennedy annonce le retrait d'une base de fusées en Turquie et s'engage à ne jamais envahir Cuba(5).

Trente-quatre ans après la crise des missiles, la tension subsiste. En effet, en 1996, le gouvernement américain adopte la loi Helms-Burton qui durcit l'embargo dirigé contre Cuba. Elle interdit à toute personne ou entreprise dans le monde de commercer avec des biens ayant un rapport, soit de près ou de loin, avec les biens américains nationalisés par Fidel Castro. Bref, l'objectif de cette loi est simple : la chute de Fidel Castro et l'instauration d'un gouvernement démocratique à Cuba. D'ailleurs, le texte décrit avec précision le chemin à suivre pour le prochain régime cubain. Il ne devra être composé ni de Fidel ni de Raùl Castro, il devra avoir mis fin au brouillage de la radio et de la télévision anticastriste et, surtout, assurer l'indemnisation des Américains dont les biens ont été nationalisés par le régime Castro(6).

Barack Obama et l'embargo cubain

En 2007, lors de la campagne électorale, « Barack Obama avait effectué un constat lucide sur le caractère obsolète de la politique cubaine des États-Unis(7). » Il affirme alors que son mandat sera marqué par un nouveau chapitre de rapprochement avec Cuba. Certains avancent qu'Obama a dû adopter une position plus souple envers Cuba afin de séduire l'électorat latino, qui occupe une place fondamentale dans la course à la Maison-Blanche. D'ailleurs, pour le président bolivien de la gauche radicale Evo Morales, Barack Obama a été élu et réélu grâce à l'appui de la minorité hispanique. De ce fait, il doit lever l'embargo contre Cuba(8).

En fait, l'entrée de Barack Obama à la Maison-Blanche en 2009 marque pour plusieurs une rupture de style au niveau de la politique extérieure. Obama s'oppose à son prédécesseur dans son approche des relations internationales. Les mandats Bush furent particulièrement marqués par le « hard power », c'est-à-dire le pouvoir d'un État d'influencer par coercition ou par contrainte. L'invasion de l'Irak et la prison de Guantanamo sont les meilleurs exemples(9). Cependant, Obama prône une approche par le « soft power ». Elle préconise l'utilisation de moyens non coercitifs afin d'influencer les acteurs de la scène internationale(10).

Par exemple, en janvier 2009, Obama annonce la levée des limites sur les droits de visite imposées par l'administration Bush en 2004. Dorénavant, les Cubains résidant aux États-Unis, ayant toujours de la famille à Cuba, peuvent s'y rendre pour une durée illimitée, contrairement aux quatorze jours tous les trois ans imposés par l'administration Bush. De plus, ils peuvent transférer un montant d'argent non plafonné à leur famille au lieu de la limite de cent dollars par mois imposée autrefois(11).

En 2011, le président Obama a levé une nouvelle série de restrictions. Les Américains voulant se rendre à Cuba dans le cadre d'événements religieux, académiques, culturels ou sportifs auront la tâche plus facile. Ainsi, les aéroports américains peuvent offrir des vols vers Cuba. La seule condition imposée aux compagnies aériennes est l'obtention d'une autorisation délivrée par le gouvernement américain. De plus, chaque Américain peut soutenir les petites entreprises privées à Cuba par l'envoi d'un maximum de 500 dollars chaque trimestre(12).

Par contre, l'embargo commercial persiste toujours. Les sanctions économiques qu'imposent les États-Unis contre Cuba sont même appliquées de façon extraterritoriale. Par exemple, en juin 2012, la banque européenne ING a reçu la sanction la plus imposante depuis 1960. Le Bureau de contrôle des biens étrangers du Département du Trésor a remis une amende de 619 millions de dollars à cette institution financière pour avoir effectué des transactions financières avec Cuba à travers le système financier américain entre 2002 et 2007. ING « s'est vue interdire, par Washington, toute transaction commerciale avec Cuba(13) ». De plus, Washington impose à Google des restrictions d'utilisation de ses services à Cuba(14).

Cuba et la communauté internationale

L'extraterritorialité de l'embargo américain constitue la principale critique du régime cubain et de la communauté internationale. Selon le gouvernement cubain, l'application de sanctions économiques extraterritoriales empêche Cuba de développer des relations commerciales avec le reste du monde et, évidemment, les États-Unis(15). De plus, la communauté internationale critique fortement cette application des sanctions qui contreviennent au droit international stipulant qu'aucune législation nationale ne peut s'appliquer à l'extérieur du territoire national. Ainsi, le 30 octobre 2013, l'Assemblée générale des Nations unies condamne l'embargo contre Cuba pour la 22e fois par un vote sans équivoque. En tout, 188 États votent en faveur de la condamnation et seulement trois s'abstiennent de voter(16).

Bref, l'embargo commercial américain contre Cuba reste un sujet controversé. Cependant, le 8 novembre 2013, durant une levée de fonds démocrate à Miami, Barack Obama a affirmé qu'il était temps de revoir les relations que Washington entretient avec La Havane. La fin de son mandat approchant, la possibilité pour Obama d'affirmer la victoire du « soft power » est-elle venue ?




Références:

1. RADIO-CANADA, « La confrontation avec les États-Unis », Radio-Canada, [En ligne], 22 décembre 2006, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (consulté le 18 novembre 2013)

2. BERTHAULT, Monique, « La Déclaration de La Havane », Monde libertaire, [En ligne], janvier 1961, http://www.monde-libertaire.fr/index.php?view=item... (consulté le 18 novembre 2013)

3. RADIO-CANADA, « La confrontation avec les États-Unis », Op. cit.

4. PERSPECTIVE MONDE, « Débarquement d'exilés cubains à la baie des Cochons », [En ligne], http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (consulté le 18 novembre 2013)

5. Ibid.

6. EUROPA INSTITUT, « Les lois Helms-Burton et d'Amato : une analyse politique et juridique », Europa Institut, [En ligne], http://europainstitut.de/fileadmin/schriften/363.pdf (consulté le 25 novembre 2013)

7. LAMRANI, Salim, « Les sanctions économique contre Cuba sous l'administration Obama », Le Grand Soir, [En ligne], 26 juillet 2012, http://www.legrandsoir.info/les-sanctions-economiq... (consulté le 18 novembre 2013)

8. AGENCE FRANCE-PRESSE, « Cuba : Obama doit lever l'embargo », Le Figaro, [En ligne], 7 novembre 2012, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2012/11/07/97001... (consulté le 18 novembre 2013)

9. ASSISTANCE SCOLAIRE PERSONNALISÉE, « La puissance américaine : le Hard Power », ASP, [En ligne], http://www.assistancescolaire.com/eleve/4e/geograp... (consulté le 25 novembre 2013)

10. ASSISATANCE SCOLAIRE PERSONNALISÉE, « La puissance américaine : le Soft Power », ASP, [En ligne], http://www.assistancescolaire.com/eleve/4e/geograp... (consulté le 25 novembre 2013)

11. LAMRANI, Salim, « Les sanctions économiques contre Cuba sous l'administration Obama», Op. cit.

12. RADIO FRANCE INTERNATIONALE, « Obama assouplit les restrictions envers Cuba », RFI, [En ligne], 15 janvier 2011, http://www.rfi.fr/ameriques/20110115-obama-assoupl... (consulté le 25 novembre 2013)

13. LAMRANI, Salim, « Les sanctions économiques contre Cuba sous l'administration Obama», Op. cit.

14. Ibid.

15. Ibid.

16. GRANMA, « Cuba : la presse officiel se félicite du discrédit mondial sur l'embargo américain », Courrier international, [En ligne], 30 octobre 2013, http://www.courrierinternational.com/breve/2013/10... (consulté le 18 novembre 2013)

Dernière modification: 2013-12-02 08:41:04

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