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19 November 2013

Les sables bitumineux du Canada: une ressource contestée mais prometteuse


Philip Aaron Bowes
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 31 octobre 2013, la compagnie pétrolière Suncor Engergy annonce le développement d'un nouveau projet d'exploitation de sables bitumineux dans le nord-est de l'Alberta, soit le Fort Hills Oil Sands Project. Débutant en 2017, ce projet permettra d'extraire 3,3 milliards de barils de bitume du sol sur une période de 50 ans, c'est-à-dire jusqu'en 2067 (1).

Greenpeace Canada perçoit cette annonce comme une «mauvaise nouvelle (2)», tandis que Time Magazine qualifie les sables bitumineux de «plus immense trésor d'énergie du Canada (3)».

Un «goudron» naturel

Les sables bitumineux sont un mélange de bitume, de sable et d'argile. Le bitume est une sorte de pétrole brut très épais qui doit être éliminé du sable et de l'argile avant qu'on puisse le transformer en produits pétroliers comme le carburant (4).

Au Canada, il y a quatre gisements de sables bitumineux qui se trouvent tous en Alberta: Peace River est situé dans le nord-ouest de cette province, Athabasca et Wabasca dans le nord-est et Cold Lake dans l'est (5). Ces gisements constituent 97% des réserves de pétrole du Canada, soit 169 milliards de barils. Avec les autres 3% de pétrole conventionnel, le Canada arrive à un total de 174 milliards de barils, se plaçant ainsi en troisième position sur le plan des réserves pétrolières mondiales prouvées, derrière l'Arabie saoudite et le Venezuela (6).

En plein air ou en sous-sol

De toutes les réserves de sables bitumineux au Canada, 19% sont à moins de 70 mètres de la surface, tandis que 81% des gisements se trouvent dans une profondeur de 70 à 200 mètres. Pour récupérer les 81% des sables profondément enfouis, on se sert du drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV). Les autres 19% peu profonds sont extraits par exploitation à ciel ouvert (7).

Dans les mines à ciel ouvert, les sables bitumineux sont excavés à l'aide de pelles mécaniques et transportés à une installation de broyage par des camions géants. Une fois broyés, on leur ajoute de l'eau chaude pour les pomper à l'unité d'extraction. Dans cette unité, les sables bitumineux sont mis dans un grand séparateur pour y ajouter encore de l'eau chaude (8). De cette façon, le contenu se décante avec le temps: le bitume monte à la surface et les sédiments se déposent au fond. On enlève ensuite le bitume et l'envoie vers des unités de traitement. Il y est transformé en pétrole brut synthétique. Ce pétrole est le produit de base pour la fabrication de d'essence ou de diesel par exemple (9).

L'eau et les sédiments qui restent dans le séparateur sont pompés vers des bassins de résidus. Une partie de l'eau rejetée dans ces bassins peut être recyclée pour une réutilisation dans le processus. Par contre, une autre partie des résidus y reste indéfiniment, la raison pour laquelle Greenpeace France décrit les bassins comme d'«immenses mares toxiques (10)». Le même organisme critique en outre que «3000 km2 de forêt ont disparu (11)».

En effet, le procédé minier nécessite d'enlever toute la végétation au départ. L'eau qui est requise dans les étapes suivantes fait que l'extraction à ciel ouvert demande trois à quatre barils d'eau par baril de bitume, une autre critique (12). Vu qu'une partie de cette eau doit être chauffée, on a également besoin d'un baril d'énergie, comme du gaz naturel, pour produire cinq barils de bitume (13). Par conséquent, l'émission de gaz à effet de serre (GES) est de 5 à 15% plus élevée que dans le cas du pétrole conventionnel (14).

De son côté, l'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) souligne que les sables bitumineux ne causent que 0,16% des émissions mondiales de GES. L'ACPP soutient en outre que ce n'est que 0,02% de la forêt boréale qui est altérée par l'exploitation à ciel ouvert (15). D'autant plus que la terre végétale enlevée est stockée pour la remise en état ultérieure des sols (16).

Dans la même ligne d'argumentation, on peut rappeler que ce ne sont que 19% des sables bitumineux qui sont exploités dans des mines à ciel ouvert. Pour extraire la grande majorité, soit 81%, on a recours à la technique de DGMV. Or, cette technique ne demande qu'un baril d'eau par baril de bitume (17).

Pour le DGMV, il faut forer deux puits parallèles: par le premier puits, de la vapeur est injectée sous la terre. En conséquence, la température de la formation qui contient les sables bitumineux s'élève et le bitume devient fluide. Il s'écoule ensuite dans le deuxième puits et peut enfin être récupéré au moyen de pompes (18).

Cette méthode a comme avantage environnemental que la perturbation du sol est sept fois moins importante que dans le cas des projets miniers (19). En plus, la création de bassins de résidus n'est pas nécessaire (20). Par contre, la production de la vapeur, par combustion de gaz naturel par exemple, cause d'un à dix kilogrammes supplémentaires de CO2 par baril de bitume que la méthode d'extraction minière (21).

En même temps, l'industrie des sables bitumineux a réduit ses émissions de GES par baril de pétrole de 29% entre 1990 et 2009 (22). Cette réduction s'explique essentiellement par le fait que le Canada «travaille avec les marchés et les investissements privés (23)». Effectivement, le gouvernement canadien n'a jamais nationalisé son industrie pétrolière et cherche plutôt la coopération avec l'industrie pour développer de nouvelles technologies. Une de ces coopérations se fait présentement pour développer des solvants qui remplacent la vapeur dans la méthode du DGMV (24).

Des perceptions divergentes

Bien qu'une telle coopération ait des répercussions positives sur l'économie, une étude de l'Institut Pembina avance que les sables bitumineux font souffrir l'économie canadienne d'une forme de «syndrome hollandais» (25). Des revenus accrus venant de l'exportation d'une ressource naturelle font monter la valeur de la monnaie, de sorte que les autres exportations du pays deviennent plus chères pour les autres pays. Ils vont donc acheter moins de biens manufacturés et le secteur manufacturier deviendra moins compétitif (26).

L'Institut Pembina conclut en outre que l'industrie des sables bitumineux ne génère que des retombées économiques à court terme et que ces retombées sont reparties inégalement à travers le Canada (27). Dans une autre étude, l'Institut Macdonald-Laurier objecte au contraire que les revenus générés par l'exportation du pétrole servent ensuite à acheter des biens manufacturés au Canada, ce qui contrebalance le syndrome hollandais (28).

D'ailleurs, l'ACPP argumente que toutes les provinces profitent des sables bitumineux parce que les biens et les services pour la réalisation et le maintien des projets d'exploitation proviennent de partout au Canada. Par exemple, le projet «Horizon» d'une compagnie pétrolière albertaine a accordé au Québec 55 contrats d'une valeur totale de 450 millions de dollars en 2008 (29).

Moins centré sur les revenus, mais plutôt sur le marché pétrolier en soi, l'Office nationale de l'Energie constate que le coût de l'offre de pétrole des sables bitumineux a considérablement baissé à cause des nouvelles technologies (30). Or, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande de pétrole augmentera de 1% par année jusqu'en 2030 (31). Même jusqu'en 2035, le pétrole fournira toujours 26% des sources énergétiques mondiales, écrit l'AIE (32). Les sables bitumineux resteront donc une ressource capitale pour assurer la sécurité énergétique à l'avenir.




Références:

(1) SHIELDS, Alexandre, «Alberta ? Nouveau projet de production de 3,3 milliards de barils de pétrole des sables bitumineux», Le Devoir, le 31 octobre 2013, http://www.ledevoir.com/ envi ronnement/actualites-sur-l-environnement/391428/no... (page consultée le 9 novembre 2013).

(2) loc. cit.

(3) GOVERNMENT OF ALBERTA, «What is Oil Sands?», 2013, http://www.energy. alberta.ca/OilSands/793.asp, (page consultée le 9 novembre 2013).

(4) GREENPEACE CANADA, «Sables bitumineux et environnement: Greenpeace lance une nouvelle campagne en Alberta», le 28 juin 2007, http://www.greenpeace.org/canada/ fr/actualites/sables_bitumineux_Alberta_debut/, (page consultée le 9 novembre 2013).

(5) loc. cit.

(6) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Sécurité énergétique et avantages sur le plan économique des Etats-Unis», mai 2013, http://www.rncan.gc.ca/ energie/sites/www.rncan.gc.ca.energie/files/pdf/en... (page consultée le 9 novembre 2013).

(7) CANADIAN ASSOCIATION OF PETROLIUM PRODUCERS, «Oil Sands Today: Quick Facts», 2013, http://www.oilsandstoday.ca/whatareoilsands/Pages/... (page consultée le 9 novembre 2013).

(8) RESSOURCES NATURELLES CANADA, «Exploitation des sables bitumineux», le 13 novembre 2008, http://canmetenergie.rncan.gc.ca/sables-bitumineux/1641, (page consultée le 9 novembre 2013).

(9) CANADIAN ASSOCIATION OF PETROLIUM PRODUCERS, «Oil Sands Today: Recovering the oil», 2013, http://www.oilsandstoday.ca/whatareoilsands/Pages/Recovering theOil.aspx, (page consultée le 9 novembre 2013).

(10) GREENPEACE FRANCE, «Sables bitumineux», 2011, http://www.greenpeace.org/ france/ fr/campagnes/energie-et-climat/fiches-thematiques/... (page consultée le 9 novembre 2013).

(11) loc. cit.

(12) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Une ressource stratégique pour le Canada, l'Amérique du Nord et le marché mondial», août 2011, http://www.rncan.gc. ca/sites/www.nrcan.gc.ca.energy/files/pdf/eneene/p... (page consultée le 9 novembre 2013).

(13) GREENPEACE FRANCE, op. cit.

(14) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Une ressource stratégique pour le Canada, l'Amérique du Nord et le marché mondial», op. cit.

(15) CANADIAN ASSOCIATION OF PETROLIUM PRODUCERS, «Oil Sands Today: Quick Facts», op. cit.

(16) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Exploitation et remise en état des sols», février 2013, http://www.rncan.gc.ca/energie/sites/www.rncan.gc.... files/files/12-0608-Oil%20Sands-Land-Use-and-Recla... (page consultée le 9 novembre 2013).

(17) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Une ressource stratégique pour le Canada, l'Amérique du Nord et le marché mondial», op. cit.

(18) RESSOURCES NATURELLES CANADA, «Exploitation des sables bitumineux», op. cit.

(19) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Exploitation et remise en état des sols», op. cit.

(20) loc. cit.

(21) LE DEVOIR, «Sables bitumineux - Ottawa n'évaluerait plus les nouveaux sites: Les impacts des méthodes in situ ne seront pas mesurés par le fédéral», le 26 octobre 2013, http://www.ledevoir.com/politique/canada/390987/sa... (page consultée le 9 novembre 2013).

(22) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Une ressource stratégique pour le Canada, l'Amérique du Nord et le marché mondial», op. cit.

(23) loc. cit.

(24) loc. cit.

(25) PEMBINA INSTITUTE, «In the Shadow of the Boom: How oilsands development is reshaping Canada's economy», le 30 mai 2012, http://www.pembina.org/media-release/2344, (page consultée le 9 novembre 2013).

(26) EBRAHIM-ZADEH, Christine, «Duch disease: Too much wealth managed unwisely», Finance & Development, vol. 40, no. 1, mars 2003, pp. 50-51.

(27) SOCIÉTÉ RADIO-CANADA, «Deux visions des conséquences des sables bitumineux sur l'économie canadienne», le 30 mai 2012, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/ Economie/ 2012/05/30/005-etudes-pembina-macdonald-laurier-sa... (page consultée le 9 novembre 2013).

(28) CROWLEY, Brian Lee et Robert P. MURPHY, «No Dutch Treat: Oil and Gas Wealth Benefits All of Canada», Macdonald-Laurier Institute, mai 2012, http://www.macdo naldlaurier.ca/files/pdf/Oil-and-gas-wealth-benefi... (page consultée le 9 novembre 2013).

(29) ASSOCIATION CANADIENNE DES PRODUCTEURS PÉTROLIERS, «Les sables bitumineux: Une importante ressource qui procure des avantages partout au Canada», septembre 2009, http://www.capp.ca/getdoc.aspx?DocId=161691&DT=NTV, (page consultée le 9 novembre 2013).

(30) OFFICE NATIONAL DE L'ÉNERGIE, «Les sables bitumineux du Canada: Perspectives et défis jusqu'en 2015 ? Questions et réponses», le 29 juillet 2013, http://www.neb-one.gc.ca/ clfnsi/rnrgynfmtn/nrgyrprt/lsnd/pprtntsndchllngs20... (page consultée le 9 novembre 2013).

(31) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Une ressource stratégique pour le Canada, l'Amérique du Nord et le marché mondial», op. cit.

(32) GOUVERNEMENT DU CANADA, «Les sables bitumineux: Sécurité énergétique et avantages sur le plan économique des Etats-Unis», op. cit.

Dernière modification: 2013-11-26 09:11:12

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