15 octobre 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

2 avril 2006

Élections en Israël : faible victoire de Kadima


Sophie Bernier Ouellet
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2019
Élections législatives en Israël

décembre
2017
Annonce du président américain Donald Trump sur Jérusalem

mars
2015
Élections législatives en Israël

août
2014
Annonce d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit dans la bande de Gaza

janvier
2014
Décès de l'ex-premier ministre israélien Ariel Sharon

janvier
2013
Élections législatives en Israël

novembre
2012
Annonce d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas

janvier
2009
Intervention militaire israélienne dans la bande de Gaza

juillet
2006
Début d'un conflit entre le Hezbollah et Israël dans le sud du Liban

janvier
2003
Tenue d'élections législatives en Israël

février
2001
Élection en Israël d'un gouvernement dirigé par Ariel Sharon

septembre
2000
Début d'un deuxième soulèvement (intifada) en Palestine

octobre
1998
Signature des accords de Wye Plantation entre Israël et l'Autorité nationale palestinienne

novembre
1995
Assassinat du premier ministre israélien Yitzhak Rabin

septembre
1993
Signature d'un accord de paix israélo-palestinien à Washington

mars
1992
Attentat contre l'ambassade d'Israël en Argentine

décembre
1987
Début d'un soulèvement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie

septembre
1984
Formation en Israël d'un gouvernement d'union nationale dirigé par Shimon Peres

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

Des élections se sont déroulées en Israël le 28 mars 2006. C'est officiellement Ehoud Olmert qui succède à Ariel Sharon à la tête du nouveau gouvernement israélien, même si Olmert était déjà premier ministre avant les élections. Mais son parti, Kadima, n'a remporté qu'une victoire « étriquée (1)». Ce parti centriste n'a obtenu que 28 sièges sur les 120 de la Knesset, le parlement israélien, alors qu'en début de campagne, les sondages lui en donnaient 40.

Le Likoud a subi une défaite terrible. Ce parti de droite arrive en cinquième position avec 11 sièges. Il faut remonter aux élections de 1951 pour trouver un plus mauvais résultat (2). Il est devancé par les travaillistes d'Amir Péretz, qui obtiennent 20 sièges, et les ultra-orthodoxes séfarades du Parti Shass qui compte désormais 13 députés. La formation russophone Israël Beitenou (Notre maison Israël), un parti d'extrême droite, devance aussi le Likoud avec 12 sièges. La plus grande surprise lors de ces élections vient du Parti des retraités, un parti qui demande plus de mesures sociales pour les aînés, qui remporte 7 sièges, alors qu'aucun des instituts de sondages israéliens n'avait prédit son entrée à la Knesset. Les résultats obtenus par ce parti démontre la tangente que prend l'électorat israélien, qui souhaite que les élus se préoccupent davantage des mesures sociales.

Ces élections marquent définitivement la déroute du Likoud. Ce parti nationaliste a été grandement affaibli par Kadima, formé par Ariel Sharon à l'automne 2005 après avoir claqué la porte du Likoud. Sharon avait alors entraîné avec lui plusieurs ministres très populaires. Plusieurs mettent aussi ces mauvais résultats sur le dos du chef du Likoud et ancien premier ministre, « Benyamin Netanyahou, dont l'avenir politique, à 57 ans, semble désormais compromis (3)». Celui-ci a été durement attaqué durant la campagne par pratiquement tous les partis. Il a payé un prix élevé pour une politique économique d'inspiration néo-libérale, qui a favorisé à la reprise économique du pays, mais qui a surtout profité aux classes plus aisées. Il faut mentionner que l'électorat traditionnel du Likoud provient des villes pauvres d'Israël.

Habitué d'utiliser le discours de la peur pour mobiliser son électorat, Benyamin Netanyahou n'a pas été capable d'évoluer dans le même sens que la société israélienne depuis le retrait des colonies de peuplement dans la bande de Gaza. Il n'a pas non plus su utiliser à profit l'élection du Hamas, à la tête des territoires de l'Autorité palestinienne, pour faire valoir son discours.

Un gouvernement de coalition

Le nouveau premier ministre, Ehoud Olmert, devra se trouver de nombreux alliés pour gouverner. Les observateurs estiment qu'il devrait composer une large coalition formée notamment du Parti travailliste et des ultra-orthodoxes (4). En plus d'une alliance avec ces deux partis, Ehoud Olmert pourrait travailler avec les religieux séfarades Shass, les ashkénazes et le Parti des retraités. Il pourrait ainsi compter sur un total de 74 des 120 sièges du Parlement.

Cette coalition risque de forcer Ehoud Olmert à tempérer sa politique unilatérale envers l'Autorité palestinienne. Olmert prône en effet le désengagement unilatéral de la Cisjordanie, alors que le Parti travailliste est partisan d'une solution négociée avec les Palestiniens. Les travaillistes entendent pousser Ehoud Olmert à explorer la voie du dialogue avant de procéder à de nouveaux retraits en Cisjordanie. Malgré tout, le premier ministre prône la coexistence à long terme de deux États-nations sur le territoire, ce qui marque la fin de l'époque où le « Grand Israël » était la seule solution pour les deux grand partis, les travaillistes et la droite nationaliste (Likoud).

Avant les élections, Ehoud Olmert n'avait pas caché qu'il ouvrirait son parti à la gauche, non pas parce qu'il avait abandonné ses options de droite, mais parce qu'il pensait pouvoir remporter plus de sièges et imposer ses vues économiques à ses partenaires, tout en obtenant leur soutien pour un désengagement unilatéral. Il ne semble plus pouvoir se limiter à cette option. Les désirs de politiques sociales exprimés par les électeurs sont une épine dans le pied d'Olmert.

Les analystes ne sont pas d'accord sur la stabilité du nouveau gouvernement. Certains s'appuient sur le bon score des travaillistes comme gage de stabilité. D'autres estiment que le manque de charisme du nouveau premier ministre, la difficulté de faire plier les colons israéliens installés en Cisjordanie et le cri lancé par les électeurs afin qu'on se préoccupe davantage de mesures sociales rendent au contraire toute coalition instable (5).

Formellement, le président de l'État, Moshe Katzav, entamera les consultations le 2 avril 2006 avec les chefs des douze partis représentés au Parlement pour désigner le candidat le plus apte à former le prochain gouvernement. Il semble que ce ne sera qu'une formalité pour Ehoud Olmert, qui pourra ensuite entamer les discussions officielles avec les autres partis pour former une coalition.




Références:

(1) Anonyme, « Élections : victoire étriquée du parti Kadima en Israël », Le Monde, jeudi 30 mars 2006, p. 1.

(2) Paris, Gilles, « Israël : Courte victoire de Kadima aux législatives en Israël », Le Monde, jeudi 30 mars 2006, p. 4.

(3) Paris, Gilles, « Israël : Courte victoire de Kadima aux législatives?

(4) Anonyme, « Élections : victoire étriquée du parti Kadima?

(5) Lema, Luis, « Un Proche-Orient à ce point imprévisible? », Le Temps, vendredi 31 mars 2006.

BIBLIOGRAPHIE

Barbancey, Pierre, « Le social en invité surprise des élections de la Knesset », l'Humanité, jeudi 30 mars 2006, p. 14.

Anonyme, « Éditorial : La fin du Grand Israël », Le Monde, vendredi 31 mars 2006, p. 2

Rotivel, Agnès, « Ehoud Olmert prudent pour composer sa coalition », La Croix, 31 mars 2006, p. 17.

Hoffman, Gil, « Likud to investigate election failure », Jerusalem post [en ligne], 2 avril 2006, http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1143498786835& pagename=JPost%2FJPArticle%2FshowFull.

Hoffman, Gil, Sheera Claire Frenkel et Greer Fay Cashman, « Final : Olmert gains centerleft majority », Jerusalem post [en ligne], http://www.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1143498...

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Israël : quand la gauche chute à droite
>mars 2018


Israël : un pays de contrastes socio-économiques
>janvier 2018


Avi Gabbay : rejoindre des votes de centre-droit avec un parti de gauche
>janvier 2018


Conflit syrien : rencontre entre la Russie et Israël
>octobre 2017


Crise identitaire à l'UNESCO
>octobre 2017


Shimon Pérès : un bilan ambigu
>janvier 2017


Réconciliation à intérêts partagés entre Israël et la Turquie
>septembre 2016


Le Foyer juif brouillera-t-il les cartes aux élections israéliennes ?
>février 2015


La place de l'or bleu dans le conflit israélo-palestinien
>février 2015


Cessez-le-feu entre Israël et la Palestine : du déjà-vu...
>octobre 2014


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019