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12 novembre 2013

Un fléau qui perdure : les enfants-soldats


Catherine Goulet-Paradis
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
1986
Renversement du président Tito Okello en Ouganda

mai
1981
Départ de l'armée tanzanienne de l'Ouganda

avril
1979
Renversement du dictateur ougandais Idi Amin Dada

novembre
1978
Invasion de la Tanzanie par l'Ouganda

juillet
1976
Raid israélien sur Entebbe, en Ouganda

janvier
1971
Renversement du gouvernement de Milton Obote en Ouganda

juillet
1969
Début du voyage du pape Paul VI en Ouganda

avril
1966
Accession de Milton Obote à la présidence de l'Ouganda

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

Le phénomène des enfants-soldats est un enjeu qui suscite une grande mobilisation de la part de la communauté internationale. Pour plusieurs pays, souvent des plus défavorisés, c'est un fléau qui perdure et nécessite une prise en charge. La Cour pénale internationale (CPI) condamne la pratique en tant que crime de guerre, mais, à ce jour, aucun système de sanctions efficace ne touche les pays impliqués (1).

Selon les Nations unies, il y a actuellement plus de 250 000 enfants-soldats enrôlés, souvent de force, dans divers conflits armés à travers le globe (2). Cependant, ces chiffres sont souvent biaisés et plus ou moins représentatifs de la situation, étant donné l'assiduité avec laquelle les pays concernés tentent de dissimuler leur implication dans le recrutement de mineurs (3). On soupçonne donc un nombre beaucoup plus important.

La situation des pays aux prises avec le fléau des enfants-soldats constitue un cercle vicieux. Dernièrement, il a été possible de remarquer une démobilisation dans des pays comme l'Afghanistan, l'Angola ou la Sierra Leone, tandis que des milliers d'autres mineurs se retrouvent impliqués au Soudan, au Tchad et en Côté d'Ivoire. De leur côté, les pays comme la République démocratique du Congo, l'Ouganda et la Birmanie demeurent relativement stables (4). Il y a donc constamment des transferts de mobilisation d'un pays à un autre suivant l'évolution des conflits. Le nombre d'enfants touchés demeure toutefois toujours aussi élevé.

La triste réalité d'un enfant-soldat

Les enfants recrutés comme soldats ont majoritairement entre 14 et 18 ans. Il est toutefois fréquemment observé que des enfants de moins de 14 ans figurent dans les rangs armés.

Certains d'entre eux rejoignent les milices de plein gré, mais cette proportion constitue une nette minorité. La plupart sont arrachés à leur famille, enrôlés de force ou simplement enlevés lorsqu'ils rentrent de l'école. Pour les quelques-uns qui s'impliquent de manière volontaire, c'est, la majorité du temps, par manque d'options. Selon un analyste sur place : «S'engager dans l'armée donne l'assurance d'un repas quotidien (5).» Ce qui n'est pas toujours une garantie dans ces pays durement touchés par la pauvreté extrême et le manque de ressources.

Une corrélation intéressante a été observée entre les camps de réfugiés ou de déplacés internes et la hausse du recrutement d'enfants-soldats. Selon les Nations unies : «Les recherches démontrent que le recrutement d'enfants-soldats diminue beaucoup lorsque la sécurité exercée dans le camp est adéquate (6).» Un reporteur spécial des Nations unies mentionne également qu'une nouvelle manière d'aller chercher les enfants a été observée dernièrement. En effet, des attaques au coeur d'établissements scolaires constituent un nouveau et sérieux phénomène principalement en Iraq, en Thaïlande et en Afghanistan (7).

Tous les moyens sont donc utilisés par les têtes dirigeantes des groupes armés pour aller chercher des mineurs et les insérer dans leurs rangs. Les enfants ne coûtent pas cher, il est facile de les enrôler et ils sont faciles à remplacer. C'est de «la chair à canon dans les conflits (8)» . Cela constitue un avantage stratégique et explique pourquoi dans certains pays, comme l'Ouganda, les forces rebelles sont composées à 80 % d'enfants-soldats (9).

Le retour à la vie normale pour les ex-enfants-soldats est souvent ardu. La guerre leur offre un statut social, une fonction distincte dans leur société avec, bien souvent, des avantages matériels. Lorsqu'ils tentent de se réinsérer dans le moule à l'aide de centres spécialisés, ils ne supportent pas les ordres, mentent et volent (10). Ils ne connaissent que la violence. La grande majorité d'entre eux sont également atteints par de lourdes séquelles psychologiques souvent durables.

L'Afrique en tête des statistiques

Le phénomène des enfants-soldats évolue à l'échelle planétaire et touche de nombreux pays. Par contre, le continent africain se démarque considérablement des autres endroits du globe. Le Burundi, la Côte d'Ivoire, l'Ouganda, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Soudan sont en tête de liste pour le nombre important de mineurs impliqués dans les conflits armés (11).

En Ouganda, il y a une situation particulière et anormalement violente. On y dénombre plus de 40 000 enlèvements de mineurs pour des conflits armés en moins de 20 ans (12). Une statistique assez importante qui s'explique principalement par la présence de l'Armée du Seigneur, aussi connue sous le nom de LRA. D'après Sophie Quinchard : « La LRA fait la pire utilisation des enfants-soldats à travers le monde, les atrocités commises ne permettent aucune reconstruction, 10% d'entre eux ont été obligés de tuer un proche (13). »

La Lord's Resistance Army (LRA) est un mouvement de rébellion qui lutte contre le gouvernement ougandais depuis 1988 et vise la mise en place d'un régime basé sur les 10 commandements de la Bible (14). Son dirigeant se nomme Joseph Kony, il est accusé de viols, mutilations, meurtres et recrutement d'enfants (15). À l'heure actuelle, il est encore recherché par les autorités internationales. Invisible Children, une organisation non gouvernementale américaine, fondée à San Diego en 2004, a lancé, en mars 2013, une campagne vidéo qui a fait le tour du globe virtuellement. Le but de celle-ci était de sensibiliser la population aux activités de l'Armée de résistance du Seigneur en Afrique ainsi qu'à son chef Joseph Kony.

Des tentatives de solutions

Plusieurs démarches sont mises sur pied depuis quelques années, par la communauté internationale, pour tenter de mettre un frein au recrutement de mineurs dans les conflits armés. La Convention relative aux droits des enfants (1989) fixe à 15 ans l'enrôlement volontaire dans un groupe armé, peu importe sa constitution, et à 18 ans la participation directe et physique aux hostilités (17). La Charte africaine des droits et du bien-être des enfants pousse plus loin encore et tente d'interdire le recrutement en bas de 18 ans. Cette charte a été ratifiée par tous les pays sauf les États-Unis et la Somalie.

Toutefois, l'application concrète des chartes et conventions n'est pas souvent respectée par tous les signataires et aucune sanction légale ne s'ensuit (18). Il devient donc difficile de gérer et de punir adéquatement.

Des implications plus physiques peuvent faire plus de différence. L'Union africaine (UA) a mis sur pied une force régionale d'environ 5000 soldats de l'Ouganda, de la République démocratique du Congo et du Sud-Soudan qui tentent de pister la LRA sur leurs territoires respectifs. Un petit contingent d'une centaine d'Américains les appuie dans leurs recherches (19).

Il existe également un programme de démobilisation/désarmement et réinsertition (DDR) mis en place en Amérique latine et qui, tranquillement, se propage en Afrique. Celui-ci tente de ramener les enfants à un quotidien normal à la suite de leur passage dans les troupes armées. Le programme tente de rompre progressivement avec la culture de la violence ambiante (20).




Références:

(1) ARTE.TV. «Enfants soldats, faits et chiffres», [En ligne], 22 septembre 2012, http://www.arte.tv/fr/1209436.html, (page consultée le 1er novembre).

(2) VISION DU MONDE. «Le cas des enfants soldats», [En ligne], sans date, http://www.visiondumonde.fr/actualites/archives/le... (page consultée le 1er novembre 2013).

(3) loc. cit.

(4) VISION DU MONDE, op. cit.

(5) QUINCHARD, Sophie. «Enfants soldats en Afrique», Le magazine.info, [En ligne], 6 avril 2005, http://www.lemagazine.info/?Enfants-soldats-en-Afrique, (page consultée le 1er novembre 2013).

(6) UN NEWS CENTER. «Some 250 000 children worldwide recruited to fight in wars –UN official», [En ligne], sans date, http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=25450... (page consultée le 1er novembre).

(7) loc. cit.

(8) ARTE.TV, op. cit.

(9) loc. cit.

(10) VISION DU MONDE op. cit.

(11) JEUNE AFRIQUE. «LRA, selon l'ONU, Joseph Kony continue d'enlever des centaines d'enfants», [En ligne], 7 juin 2012, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJA20120607094508/, (page consultée le 1er novembre 2013).

(12) loc. cit.

(13) QUINCHARD, Sophie, op. cit.

(14) loc. cit.

(15) JEUNE AFRIQUE, op. cit.

(16) loc. cit.

(17) loc. cit.

(18) loc. cit.

(19) loc. cit.

(20) LE MONDE. «Les enfants soldats face au défi de la réinsertion», [En ligne], 12 février 2012, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2012/02/12/l... (page consultée le 1er novembre 2013).

Dernière modification: 2013-11-18 08:05:34

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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