Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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4 November 2013

Présidentielle brésilienne: une écologiste qui change la donne


Philip Aaron Bowes
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

October
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

April
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

August
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

August
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

October
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

June
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

October
2010
Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

July
2007
Présentation de la journée Live Earth

October
2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

May
2006
Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

October
2002
Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

January
2001
Ouverture du premier Forum social mondial à Porto Alegre

April
1993
Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

December
1992
Démission du président brésilien Fernando Collor

October
1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

June
1992
Ouverture du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

March
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

January
1985
Élection de Tancredo Neves à la présidence du Brésil

January
1984
Création du Mouvement des Sans terre au Brésil

Le 20 février 2013, l'ancien président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva, en poste de 2003 à 2011, prononce un discours à l'occasion de la 10e année au pouvoir de son Parti des travailleurs (PT/ gauche modérée). Ce discours est considéré comme le début non-officiel de la campagne électorale: Da Silva y souhaite la réélection de sa successeure Dilma Rousseff, la présidente du Brésil depuis 2011 (1).

Savoir changer de couleur

Parmi ceux qui veulent empêcher Rousseff d'obtenir un deuxième mandat lors de l'élection présidentielle, en octobre 2014, se trouve Marina Silva. Silva était ministre de l'Environnement sous da Silva à partir de 2003, mais avait démissionné en 2008 à cause de plusieurs désaccords avec son gouvernement, dont la déforestation et la construction de centrales hydroélectriques en Amazonie (2).

Lors de l'élection présidentielle de 2010, Silva se porte candidate pour le Parti vert (PV/ centre) et obtient 19% des votes. Malgré ce score qualifié de surprenant (3), Silva rompt avec le PV en 2011. Cette rupture s'explique par son impression que les partis établis ne représentent pas la volonté du peuple (4). Cette impression pousse Silva à fonder un nouveau parti le 16 février 2013, soit le Réseau Durabilité (REDE) (5).

En vue de l'élection présidentielle, ce parti était perçu comme une alternative pour les électeurs qui ne s'identifient ni au gouvernement ni à l'opposition (6). Notamment à travers les réseaux sociaux, le REDE veut mieux intégrer les citoyens qui se sentent exclus des processus politiques. A ce message, Silva ajoutait un discours de développement durable et de conservatisme moral, étant donné qu'elle est chrétienne évangélique (7).

Or, le 3 octobre 2013, la Cour suprême électorale juge que le REDE ne peut pas être reconnu comme parti, vu qu'il lui manque 50 000 signatures pour l'enregistrement officiel. Le REDE ne peut donc pas non plus participer à l'élection présidentielle avec Silva qui devait être son candidat (8). Pour pouvoir encore se faire élire, Silva annonce le 5 octobre 2013 qu'elle joint le Parti socialiste brésilien (PSB/ gauche modérée). Si Eduardo Campos, le président de ce parti, se présente comme candidat à la présidence du pays, Silva pourrait l'accompagner comme candidate à la vice-présidence (9).

Un possible faiseur de roi

Selon le politologue brésilien Carlos Melo, ce réalignement change complètement la dynamique de la course à la présidence: Silva est populaire dans les régions où Campos est peu connu, à savoir celles du sud et du sud-est. Campos, pour sa part, a le soutien de la classe commerçante qui est frustrée de la politique interventionniste de Rousseff (10).

L'opposition à Rousseff et son PT est donc plus unifiée (11). Elle se compose en outre du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB/ centre-gauche). Le candidat potentiel de celui-ci est le sénateur Aécio Neves. Considérant que l'élection présidentielle se déroule selon le mode de scrutin majoritaire uninominal à deux tours, Paulo Sotero, le directeur de l'Institut Brésil du Wilson Center, envisage le scénario suivant: si Rousseff n'arrive pas à obtenir la majorité absolue lors du premier tour, le 5 octobre 2014, Campos et Neves pourraient s'allier lors du ballottage contre Rousseff, le 26 octobre 2014, faisant de l'un des deux le prochain président avec l'aide de l'autre (12).

Compte tenu des fluctuations dans la popularité de Rousseff, un tel scénario est effectivement plausible. Si son approbation auprès de l'électorat était encore à 65% en mars, Rousseff tombe à 30% en juin pour se retrouver avec 38% à la fin septembre (13). La plongée au milieu de l'année s'explique essentiellement par l'augmentation de 0,11$ du prix des transports en commun, un secteur qui était déjà plus touché par l'inflation que d'autres domaines (14). De plus, la Coupe des confédérations, en cours au même moment, rappelait les coûts du Mondial de foot de 2014 qui s'élèvent à 16,9 milliards de dollars, dont 12,6 déjà dépensés (15).

Selon les manifestants de juin et de juillet, ces sommes-là manquent dans les systèmes d'éducation et de santé publique qu'ils jugent déficitaires (16). Par contre, la popularité de Rousseff a récemment remonté en raison de son engagement contre l'espionnage américain (17). A un peu moins d'un an de la présidentielle, de tels imprévus peuvent toujours perturber les prédictions.




Références:

(1) BOADLE, Anthony, «Brazil's 2014 election campaign gets off to early start», Reuters, le 22 février 2013, http://www.reuters.com/article/2013/02/22/us-brazi... 2420130222, (page consultée le 1er novembre 2013).

(2) WORLD NEWS DIGEST, «Brazil: Environment Minister Silva Resigns», le 29 mai 2008, http://wnd.infobaselearning.com/wnd-article.aspx?i... earch+ Results& search=Marina+Silva&option=1&oper=1, (page consultée le 1er novembre 2013).

(3) BBC, «Brazil's Marina Silva launches 'sustainability party'», le 16 février 2013, http:// www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-24416480, (page consultée le 1er novembre 2013).

(4) NEUE ZÜRCHER ZEITUNG, «Entscheid des Wahlgerichts: Rückschlag für Brasiliens Opposition», le 5 octobre 2013, http://www.nzz.ch/aktuell/international/auslandnachrichten/ rueckschlag-fuer-brasiliens-opposition-1.18162078, (page consultée le 1er novembre 2013).

(5) BIAL, Marcela, «Brazil's green flagbearer Marina Silva ready to get back in the race», The Guardian, le 22 avril 2013, http://www.theguardian.com/world/2013/apr/22/brazi... (page consultée le 1er novembre 2013).

(6) NEUE ZÜRCHER ZEITUNG, op. cit.

(7) THE ECONOMIST, «Marina Silva's voter appeal is on the rise», le 5 août 2013, http://country.eiu.com/article.aspx?articleid=4508... (page consultée le 1er novembre 2013).

(8) BBC, «Brazil's Marina Silva and Socialists eye 2014 elections», le 5 octobre 2013, http://www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-24416480, (page consultée le 1er novembre 2013).

(9) SOTERO, Paulo, «A Game Changer in Brazil's 2014 Presidential Elections», Huffpost World, le 11 octobre 2013, http://www.huffingtonpost.com/paulo-sotero/a-game-... (page consultée le 1er novembre 2013).

(10) loc. cit.

(11) BBC, «Brazil's Marina Silva and Socialists eye 2014 elections», op. cit.

(12) SOTRO, Paulo, op. cit.

(13) THE ECONOMIST, «A rough ride for Rousseff: But much could still change in the year to the next election», le 28 septembre 2013, http://www.economist.com/news/special-report/21586... (page consultée le 1er novembre 2013).

(14) LINGENTHAL, Lukas, «Manege frei! Brasiliens Wahlkampf beginnt: Über ein Jahr vor dem Wahltermin laufen sich die Parteien warm», Fondation Konrad Adenauer, le 18 juin 2013, http://www.kas.de/brasilien/de/publications/34747/, (page consultée le 1er novembre 2013).

(15) VALEURS ACTUELLES, «Le Brésil tourne le dos à Dilma Rousseff», le 4 juillet 2013, http://www.valeursactuelles.com/br%C3%A9sil-tourne... html, (page consultée le 1er novembre 2013).

(16) L'HEBDO, «Chute à 30 % de la popularité de Dilma Rousseff au Brésil», le 29 juin 2013, http://www.hebdo.ch/news/politique/chute-%C3%A0-30... (page consultée le 1er novembre 2013).

(17) SAVARESE, Mauricio, «Snub on the US makes Rousseff the favorite again for re-election in Brazil», Russia Today, le 30 septembre 2013, http://rt.com/op-edge/usa-brazil-spy-election-551/... (page consultée le 1er novembre 2013).

Dernière modification: 2013-11-11 08:47:35

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