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8 octobre 2013

Accord Russie-États-Unis sur la Syrie : la ligne rouge aux oubliettes


Carl Boulé
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2018
Frappes américaines, britanniques et françaises sur la Syrie

décembre
2015
Fin d'une année record pour le nombre de déplacés dans le monde

août
2013
Utilisation d'armes chimiques à Ghouta, en Syrie

mars
2011
Intensification de la contestation en Syrie

février
2005
Assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri

juin
2000
Décès du président syrien Hafez el-Assad

octobre
1989
Signature de l'accord de Taëf sur la paix au Liban

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

février
1982
Début d'un conflit entre l'armée syrienne et les Frères musulmans à Hama

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

mars
1971
Accession de Hafez el-Assad à la présidence de la Syrie

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

février
1966
Renversement du gouvernement en Syrie

janvier
1958
Proclamation de la création de la République arabe unie

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

janvier
1948
Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

Le 21 août 2013, la guerre civile qui perdure en Syrie depuis plus de deux ans et demi a pris un tournant dramatique. La population, plus précisément les habitants des banlieues d'Aïn Tarma, de Zamalka et de Djobar, ont été la cible d'attaques chimiques causant, selon certaines estimations, plus de 1300 victimes (1).

À la suite de cette attaque, le président américain Barack Obama, qui avait mentionné son intention d'intervenir avec des frappes militaires, avait remis la décision finale entre les mains du Sénat et du Congrès, les invitant à voter sur la question. Le vote, qui devait se tenir le 10 septembre 2013, a finalement été reporté en raison d'un accord de principe entre la Russie et la Syrie à la toute dernière minute. Dans cet accord, Damas s'engage à détruire son arsenal chimique, et ce, sous la supervision de la communauté internationale (2).

La « fameuse » ligne rouge

Le conflit syrien donne énormément de maux de tête au président Obama ainsi qu'à une grande partie de la communauté internationale, et ce, depuis le tout début. Celui-ci a tenté à maintes reprises de convaincre la Russie, alliée du régime du président Bachar al-Assad, de voter en faveur de mesures punitives envers ce dernier, sans succès. Cet acharnement de la part de la Russie à s'opposer à toute mesure est assurément un irritant pour les États qui souhaitent mettre un terme à cette crise comme les États-Unis et la France.

C'est pour cette raison que Barack Obama avait tracé une limite claire, une ligne rouge, par laquelle il s'engageait à intervenir militairement, avec ou sans l'accord de la Russie. La ligne rouge serait franchie au moment où le régime de Bachar al-Assad ferait l'usage d'armes chimiques (3). Le président en fait mention pour la première fois le 20 août 2012, quelque temps après que le régime de Damas ait déclaré détenir des armes chimiques et menacé de les utiliser (4).

Pourtant, les premières attaques chimiques auraient eu lieu le 25 avril 2013 sans que les États-Unis n'interviennent (5). Plus surprenant encore, le 13 juin 2013, Washington annonce que la ligne rouge est effectivement franchie, alors que l'Organisation des Nations unies (ONU) déclare le 23 juillet que 13 attaques chimiques ont été menées dans des lieux précis (6).

C'est finalement le 18 août, après plusieurs semaines de négociation, que la Syrie accepte que des enquêtes soient menées par les enquêteurs de l'ONU sur son territoire, alors qu'aucune mesure punitive n'a été entreprise par les États-Unis (7). Ironiquement, les attaques à l'arme chimique auront tout de même lieu, à peine trois jours plus tard.

Une coalition décidée à intervenir militairement

La décision d'intervenir ou non en Syrie divise la communauté internationale. Parmi les partisans, il y a, bien entendu, le président des États-Unis Barack Obama. Ce dernier avait manifesté depuis longtemps la possibilité d'intervenir militairement afin de punir le régime syrien pour ses agissements. Évidemment, cette intervention n'en serait pas une de l'ampleur de celle en Irak ou en Afghanistan. Il s'agirait davantage, comme le spécifie le général Martin Dempsey, d'une intervention limitée visant l'établissement, par exemple, de zones d'exclusions aériennes et de zones tampons (8).

L'opinion américaine est cependant divisée à ce sujet alors qu'une vague d'opposition de la part de soldats a fait surface sur les médias sociaux (9). Le président Obama avait réussi à obtenir un appui majeur en ralliant Hillary Clinton à sa cause (10). John McCain, sénateur républicain et ex-candidat à la présidence, a pour sa part accusé le président Obama de passivité en raison de son inaction à la suite de la transgression de la ligne rouge (11).

Pour sa part, la France, s'est également positionnée en faveur d'une intervention militaire limitée, donc sans forces au sol, à la suite de la confirmation de l'utilisation d'armes chimiques de la part du régime syrien (11).

Enfin, pour le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu, toutes les lignes rouges ont été franchies et l'intervention est absolument nécessaire (12).

Pas question de régler le conflit par les armes

Parmi les États défavorables à une intervention militaire en Syrie, il y a la Russie qui est un allié reconnu du régime al-Assad et qui le fournit en armement depuis le début du conflit. Il y a également l'Iran qui est un allié de longue date de la Syrie ainsi que le Hezbollah, mouvement politique chiite d'origine libanaise, qui prête des troupes aux forces gouvernementales (13).

D'autre part, la Chine a toujours opposé son veto lors des votes au Conseil de sécurité visant à établir des mesures punitives envers le régime de Damas.

Enfin, la Grande-Bretagne est parmi ceux qui se sont prononcés ouvertement contre une intervention armée. Effectivement, William Hague, le ministre des Affaires étrangères britanniques, a déclaré qu' «une solution politique est la seule possibilité pour sortir de ce bain de sang (14)». Cette réaction est quelque peu surprenante étant donné que le gouvernement britannique avait souvent appuyé les États-Unis dans ce genre de situation, notamment lors de l'intervention en Irak en 2003.

La possibilité d'intervention militaire en Syrie semble avoir beaucoup reculé ces derniers temps alors que Bachar al-Assad a accepté de détruire son arsenal chimique. De plus, les Russes et les États-Unis préparent une conférence de paix entre les rebelles et le régime syrien dans l'espoir de régler la situation.

Que la situation se règle de façon diplomatique serait une solution idéale, cependant, certains affirment que le président Barack Obama a perdu la face dans la conduite de ce dossier. Le fait de reculer alors qu'il avait établi des balises claires apparaît comme une forme de concession envers un régime qui semble faire ce qui lui plaît. À quel point la communauté internationale est-elle prête à laisser ce genre de choses se produire? Où se situe donc la véritable ligne rouge?




Références:

(1) RADIO CANADA, «La France évoque "l'usage probable d'armes chimiques" en Syrie», 22 août 2013, http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International... (page consultée le 5 octobre 2013)

(2) LE MONDE, «Syrie : les États-Unis et la Russie tombent d'accord sur un plan d'élimination des armes chimiques», 14 septembre 2013, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/0... (pages consultée le 6 octobre 2013)

(3) NOVOSSELOFF, Alexandra. «Un Conseil de sécurité décrié, mais inévitable», LEMONDE.com, 23 septembre 2013, http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/08/23/un-... (page consultée le 4 octobre 2013)

(4) AGENCE FRANCE PRESSE. «Obama n'exclut pas d'intervenir en Syrie », 24 août 2012, http://www.liberation.fr/monde/2012/08/20/syrie-le... (page consultée le 5 octobre 2013)

(5) LASERRE, Isabelle. «Syrie : Assade de nouveau soupçonné d'un massacre à l'arme chimique», Le Figaro, 22 août 2013, http://www.lefigaro.fr/international/2013/08/21/01... (page consultée le 6 octobre 2013)

(6) Ibid.

(7) RFI, «Armes chimiques : les enquêteur de l'ONU sont arrivés en Syrie», 18 août 2013, http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130818-armes-chim... (page consultée le 7 octobre 2013)

(8) GAIST, Thomas. «Un haut general de l'armée américaine se rend au Moyen-Orient pour des pourparlers sur la guerre», World Socialist Website, 15 août 2013, http://www.wsws.org/fr/articles/2013/aou2013/moye-a15.shtml (page consultée le 6 octobre 2013)

(9) MIELCAREK, Romain. «Intervention en Syrie : les militaires américains pas toujours convaincus», RFI, 13 septembre 2013, http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130913-interventi... (page consultée le 6 octobre 2013)

(10) AGENCE FRANCE PRESSE, «Syrie : Obama reporte le vote du Congrès sur des frappes contre Bachar al-Assad», 10 septembre 2013, JeuneAfrique.com, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20130910090647/ (page consultée le 5 octobre 2013)

(11) RADIO CANADA, Op. cit.

(12) OUEST FRANCE. «Syrie. Pour la Turquie "toutes les lignes rouges" ont été franchies» 22 août 2013, http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-Syrie.-Pour-... (page consultée le 6 octobre 2013)

(13) SAAB, Y. Bilal, BRYNEN, Rex. «Syrie : comment el-Assad pourrait contre-attaquer» SLATE, 4 septembre 2013, http://www.slate.fr/story/77084/assad-contre-attaque (page consultée le 7 octobre 2013)

(14) REVISE, Nicolas. «Armes chimiques en Syrie "sérieusement préoccupant" dit Obama», Lapresse.ca, 23 août 2013, http://www.lapresse.ca/international/dossiers/cris... (page consultée le 7 octobre 2013)

Dernière modification: 2013-10-14 15:27:31

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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