Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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28 September 2013

Barack Obama : un guerrier réticent


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

Avec le président George W. Bush, Barack Obama a été le président américain le plus actif militairement des quarante dernières années.

En plus d'être impliquée dans les guerres en Irak et en Afghanistan, l'administration Obama a orchestré la guerre de Libye et s'est lancée dans une série de guerres secrètes au Pakistan, au Yémen et en Somalie. Et voici que Washington menace maintenant la Syrie.

Comment Barack Obama, qui a été élu en 2008 sous une étiquette antiguerre, a ainsi pu se démarquer comme un président guerrier? Examinons ce paradoxe à partir du cas de la Syrie et voyons comment Obama est en fait un guerrier réticent.

La pensée politique de Barack Obama s'inscrit dans l'école du réalisme chrétien. Il adhère à l'idée que le mal est présent dans le monde et que, comme dirigeant, il doit s'impliquer pour défendre les valeurs auxquelles il croit. Entre deux maux, il choisit le moindre. Dans cette perspective, il est parfois nécessaire de recourir à la guerre pour éviter un mal plus grand, comme un génocide. Toutefois, la guerre ne doit être qu'une solution de dernier recours.

Ainsi, depuis deux ans et demi, Obama a cherché à éviter à tout prix d'impliquer les États-Unis dans la guerre civile syrienne, une guerre sectaire qui a fait jusqu'à maintenant plus de 100 000 morts. Toutefois, le 21 août dernier, le régime de Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques qui ont fait 1429 morts, dont 426 enfants. Ici le régime syrien a franchi la ligne rouge fixée par l'administration Obama en décembre 2012 concernant l'utilisation des armes chimiques.

L'administration Obama ne pouvait pas ignorer la violation flagrante de la norme internationale sur ce sujet, et ce, même si la Syrie était l'un des sept pays sur 195 dans le monde à ne pas avoir ratifié la Convention sur les armes chimiques qui interdit la production et l'utilisation de ces armes. Si les États-Unis ne réagissaient pas, l'Iran et la Corée du Nord pourraient interpréter cette inaction comme un feu vert vis-à-vis le développement de leur arsenal atomique. Obama n'avait pas d'autre choix que de réagir.

Mais le président Barack Obama disposait d'une variété d'options tout aussi mauvaises les unes que les autres. Il n'était pas question de déployer des troupes au sol, car les Américains sont épuisés psychologiquement par plus d'une décennie de guerre en Irak et en Afghanistan. L'établissement d'une zone d'exclusion aérienne pourrait s'avérer horriblement dispendieux et risqué. Armer les rebelles syriens risquait de fournir des armes au groupe Jabhat al- Nusra, la filiale d'Al-Qaïda en Syrie. Obtenir le soutien de l'ONU s'avérait une mission impossible à cause du veto de la Russie et de la Chine. La constitution d'une coalition sans l'ONU était tout aussi difficile, comme l'a démontré le vote du parlement britannique.

Il ne restait donc comme option pour Barack Obama que de procéder avec des tirs de missiles de navires de guerre en Méditerranée effectuant des frappes dévastatrices sur l'arsenal de guerre de la Syrie. Même si elles s'avéraient la moins mauvaise de ses options, les frappes aériennes limitées n'étaient pas sans risque. Obama était conscient que la violence en Syrie pouvait s'intensifier à la suite des frappes américaines et dégénérer en un conflit régional qui forcerait les États-Unis à entrer dans une guerre coûteuse et meurtrière.

Néanmoins, il prit la décision au début de septembre de procéder à des frappes militaires qui seraient limitées dans leur durée et leur portée pour répondre aux violations flagrantes du régime syrien. En grande partie isolés, sans le soutien de l'ONU et sans le concours de ses principaux alliés, les États-Unis s'apprêtaient à s'engager dans le conflit syrien. Après avoir critiqué fortement la politique étrangère du président George W. Bush, Barack Obama se retrouve soudainement dans une position similaire à celle de son prédécesseur. En dépit du fait qu'il disposait de l'autorité nécessaire pour procéder à des frappes contre la Syrie, il a choisi de demander l'autorisation du Congrès afin de renforcer la légitimité de son action militaire.

Le dilemme d'Obama était simple : il devait pour des raisons humanitaires et morales mener une opération militaire controversée qui avait peu de soutien dans les institutions internationales et à l'étranger, mais aussi aux États-Unis où dans un sondage récent 59 % des Américains affirmaient que le Congrès ne devrait pas autoriser une action militaire et 72 % déclaraient qu'ils croyaient que les frappes américaines n'atteindraient pas les objectifs.

C'est dans ce contexte que le secrétaire d'État John Kerry évoqua dans une conférence de presse le 9 septembre la possibilité que si la Syrie désirait éviter les frappes, elle devait renoncer à ses armes chimiques. Le lapin était sorti du sac. Lors du G20 tenu à St-Petersburg en Russie, Obama et Poutine eurent des discussions constructives sur le dossier syrien. Aussi, la Russie s'empressa d'adhérer à cette proposition et même de la faire sienne. Dès le lendemain, le gouvernement syrien acceptait officiellement la proposition russe.

La dynamique diplomatique était relancée. En privilégiant une solution négociée qui forcerait la Syrie à abandonner son arsenal chimique, Obama avait démontré comment la simple menace de recourir à la force militaire pourrait donner des résultats positifs. Il s'assurait aussi que les armes chimiques syriennes ne tombent pas entre des groupes extrémistes islamistes. De plus, il évitait de perturber davantage une région où la situation est très volatile. Et finalement il lançait un message clair à l'Iran et à la guerre de Corée.

En ce sens, la gestion de la crise syrienne démontre l'approche réaliste de Barack Obama. Il a géré prudemment la présente crise en juxtaposant pragmatique et valeurs morales. Ainsi, il s'est montré un guerrier réticent qui accepte à contrecoeur de recourir à la force si cela est nécessaire, mais qui juge toujours son utilisation comme une solution de dernier recours.



Dernière modification: 2014-03-17 12:48:30

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