Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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26 October 2013

Le Tea Party : un symptôme du malaise américain


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Réélection de Barack Obama à la présidence des États-Unis

les maux permanents créés par l'esprit partisan. Il insistait aussi sur le danger généré par l'esprit de vengeance de certaines factions et les calamités horribles qui pourraient en ressortir. Washington démontrait ainsi qu'il avait une conscience aiguë de la nature destructrice que les partis politiques pouvaient avoir dans une société démocratique.

La crise politique récente, marquée par la fermeture du gouvernement et la menace de placer le pays en état de faillite, représente un événement sans précédent dans l'histoire des États-Unis. Cette crise a démontré comment la démocratie américaine pouvait être mise en danger et devenir l'otage d'une minorité intransigeante.

En effet, la crise politique commença par un filibuster (politique d'obstruction) du sénateur Ted Cruz, un membre du Tea Party, qui visait à obtenir l'annulation de la loi sur les soins de santé adoptée en 2010, la célèbre Obamacare. Pourtant, la constitutionnalité de la loi avait été reconnue en 2012 par la Cour suprême des États-Unis. Par ailleurs, le président Obama avait été réélu avec une majorité de cinq millions de votes. Ce faisant, les électeurs américains avaient rejeté le candidat républicain qui promettait l'abolition de la loi sur la santé. Le peuple avait donc parlé clairement.

Dans un système démocratique, l'opposition doit suivre un processus normal et s'assurer de remporter les prochaines élections pour proposer une modification ou une abrogation d'une loi. Mais face au programme de l'Obamacare, les représentants du Tea Party n'étaient pas disposés à attendre aussi longtemps.

Dans cette perspective, le président Barack Obama avec son message de changement représente leur ennemi numéro un. Les membres du Tea Party rejettent tout ce qu'il propose. Bien plus, le programme d'Obamacare est devenu leur cible privilégiée. Ce faisant, les membres du Tea Party et leurs représentants n'ont pas hésité à paralyser le gouvernement fédéral, même si cela pouvait entraîner les États-Unis à la faillite. Mais comment les États-Unis ont-ils pu en arriver à une telle situation?

Les extrémistes de la chambre des représentants, membres du Tea Party, partagent un désaccord profond sur l'avenir de leur pays par rapport à leurs collègues républicains modérés ou démocrates. Le Tea Party est un mouvement populiste représentant des gens provenant des petites villes de l'ouest et du sud du pays qui sont profondément insatisfaits de l'évolution culturelle, sociale et économique des États-Unis. Ils ont le sentiment que leur pays leur échappe. Imbus par un fort sentiment patriotique et un sens particulier de la liberté, ils sont déterminés à arrêter le gouvernement et à corriger la situation.

Les membres du Tea Party représentent ainsi des gens qui ont une vision très étroite et limitée. Ils ont tellement peur du changement qu'ils rêvent de ramener les États-Unis dans le passé. Lorsqu'ils entrevoient les changements qui se dessinent, ils sont terrorisés, se mettent en colère et deviennent même vicieux. Dans des dizaines de districts à forte tendance républicaine, ils exercent une forte pression sur leurs représentants au Congrès. Ils ont aussi réussi à faire élire leurs candidats.

Le Tea Party est devenu pour ainsi dire l'aile populiste du parti républicain. Ne disposant pas d'une structure organisée et d'aucune plate-forme officielle, le Tea Party est sans hiérarchie et sans leader. Ses membres se considèrent comme un groupe d'insurgés au sein du parti républicain. D'ailleurs, un récent sondage Gallup dévoilait que 43 pour cent des militants du Tea Party ont une opinion défavorable du parti républicain. Pour eux, leur mission essentielle consiste à rappeler le parti républicain à l'ordre en lui imposant leur idéologie extrémiste. Cette situation a pour effet de polariser davantage la scène politique américaine.

La majorité des représentants et sénateurs républicains au Congrès ne partagent pas les vues extrémistes des membres du Tea Party. Toutefois, ces derniers sont devenus en partie prisonniers de ce groupe minoritaire. Dans le Sud et l'Ouest américain, le parti républicain dispose de châteaux forts où le vainqueur n'est pas choisi par l'élection régulière, mais en fait lors des primaires républicaines. Cette situation permet à des candidats, comme les membres du Tea Party, ayant une orientation fortement idéologique, de faire de la surenchère en promouvant ses valeurs conservatrices.

Dans ce contexte, les membres modérés du parti républicain au Congrès se sentent obligés de durcir leur position pour ne pas être doublés sur leur droite, voire même perdre leur siège lors des prochaines primaires. Comme résultat, les différents groupes formant la coalition républicaine sont devenus plus conservateurs et plus hostiles au gouvernement fédéral qu'ils ne l'étaient par le passé. Dans le processus, le parti républicain est devenu divisé entre son désir d'être un parti du " non " et sa volonté de proposer une vision positive de la gouvernance conservatrice.

Lors de la dernière crise, le parti républicain a été de facto mené par les activistes du Tea Party qui considéraient tout compromis comme une capitulation à des politiques qui selon eux menaient à la destruction du pays. Le leadership républicain, dont John Boehner, le président de la chambre des représentants, reconnaissait les risques inhérents à voir leur position définie par la faction la plus intransigeante du parti. Mais face aux politiques de chantage des membres du Tea Party, ils ont choisi de s'en remettre temporairement aux tactiques de l'aile radicale du parti.

Finalement, un compromis, concocté à la dernière minute au Sénat, a permis au gouvernement fédéral de rouvrir ses services et de relever le plafond de la dette. Mais en préconisant l'instabilité politique et en créant une atmosphère de dysfonctionnement gouvernemental, le parti républicain a largement endommagé sa crédibilité au sein de l'électorat américain. Un récent sondage dévoile que 63 % des Américains blâment le parti républicain pour la crise et seulement 24 % des électeurs affirment avoir une opinion favorable du parti.

Reste à savoir si cette crise va avoir des effets sur les élections de mi-mandat de 2014 en élisant un Congrès contrôlé par les démocrates. Entre-temps, les dirigeants de l'establishment républicain semblent déterminés à forcer les représentants du Tea Party à rentrer dans le rang pour éviter que la population américaine ne soit de nouveau prise en otage par la fabrication d'une crise similaire du Tea Party.



Dernière modification: 2014-03-17 12:41:04

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