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25 février 2014

Syrie : retour sur l'échec de Genève 2


Ismaël Mokooy mwa Moleka
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

avril
2018
Frappes américaines, britanniques et françaises sur la Syrie

décembre
2015
Fin d'une année record pour le nombre de déplacés dans le monde

août
2013
Utilisation d'armes chimiques à Ghouta, en Syrie

mars
2011
Intensification de la contestation en Syrie

février
2005
Assassinat de l'ex-premier ministre libanais Rafiq Hariri

juin
2000
Décès du président syrien Hafez el-Assad

octobre
1989
Signature de l'accord de Taëf sur la paix au Liban

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

février
1982
Début d'un conflit entre l'armée syrienne et les Frères musulmans à Hama

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

mars
1971
Accession de Hafez el-Assad à la présidence de la Syrie

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

février
1966
Renversement du gouvernement en Syrie

janvier
1958
Proclamation de la création de la République arabe unie

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

janvier
1948
Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

Depuis 2011, la Syrie est le théâtre d'un conflit armé entre les forces armées du régime du président Bachar al-Assad et des factions rebelles (1). Ayant causé près de 130 000 morts depuis son début, le conflit syrien est devenu un enjeu de politique internationale majeur. C'est dans le but d'apporter des solutions à cette crise que se sont ouvertes, le 22 janvier 2014 à Montreux, en Suisse, les négociations de Genève 2 (2). Il s'agit de la deuxième rencontre visant à apporter des solutions à la crise syrienne, la première s'étant tenue en juin 2012, à Genève (3).

Dès le départ, cette rencontre laissait les experts, tels qu'Ignace Leverrier, ancien diplomate et blogueur pour Le Monde, sceptique. En effet, dans l'un des articles de son dossier consacré à la Syrie, l'auteur avançait, avant même la rencontre, que les parties entretiendraient « un dialogue de sourd (4) ». Selon lui, les ambitions des deux parties étant diamétralement opposées, un accord entre celles-ci est peu probable.

Une première tentative

Les premières négociations de Genève ont été menées par l'ex-secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, en sa qualité d'émissaire choisi par les États de la Ligue arabe et l'Organisation des Nations unies (ONU). Elles se sont tenues à Genève durant le mois de juin 2012 (5). C'est dans le but de trouver une solution au conflit qui avait déjà causé plusieurs victimes qu'a été formé le Groupe d'action pour la Syrie. Comme l'explique Kofi Annan : « L'objectif du Groupe d'action pour la Syrie est d'identifier des mesures pour faire cesser immédiatement la violence sous toutes ses formes et d'assurer la mise en oeuvre du plan de paix en six points... (6). »

Le Groupe d'action pour la Syrie comprend les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, soit la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis, la Chine et la Russie, en plus de la Turquie (7). Cependant, lors de la réunion au sommet de Genève 1, plusieurs autres acteurs ont été invités, soit les « pays représentant la Ligue arabe, Irak, Koweït et Qatar », « les secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l'ONU ainsi que la Haute représentante aux Affaires étrangères de l'Union européenne (8)». Cette rencontre s'est avérée peu fructueuse puisque, peu après, Kofi Annan décidait de quitter ses fonctions d'émissaire pour la Syrie.

On peut questionner l'efficacité des travaux menés par ce groupe, qui rassemble les membres du Conseil de sécurité. En effet, deux des membres, soit la Chine et la Russie, se sont, dès le début du conflit, rangés du côté du pouvoir syrien. Cependant, les six points proposés pour une transition démocratique serviront de point de départ pour la négociation suivante.

De nouvelles bases de négociation

La négociation de Genève 2 comportait plusieurs éléments la différenciant clairement de la première négociation qui s'est tenue en juin 2012. La principale différence concerne les parties autour de la table. Après plusieurs semaines de tension durant lesquelles la participation des représentants de l'opposition syrienne semblait improbable, leur présence à ces négociations peut être vue comme un pas vers une solution négociée.

Premièrement, la participation de la Coalition de l'opposition syrienne ne faisait pas l'unanimité au sein de ses propres rangs. En effet, le Conseil national syrien, membre de la coalition, a quitté cette dernière en avançant qu'il ne participerait aux négociations qu'à condition d'avoir la garantie que Bachar al-Assad serait définitivement écarté du pouvoir (9). Cette scission au sein de l'opposition a permis au gouvernement russe, soutien du régime de Bachar al-Assad, de remettre en question la légitimité du mouvement d'opposition (10).

Deuxièmement, les représentants de la Coalition nationale ont longtemps menacé de ne pas participer aux négociations en raison de la participation annoncée de l'Iran. En effet, la République islamique d'Iran avait été invitée par le secrétaire général de l'ONU à joindre la table des négociations (11). Toutefois, Ban Ki-Moon a dû retirer son invitation devant le refus de l'Iran de reconnaître un éventuel gouvernement de transition syrien. Il s'agissait d'une condition imposée par la France, le Royaume-Uni et les États-Unis pour accepter la participation de l'Iran (12).

En définitive, les acteurs présents autour de la table à cette deuxième rencontre de Genève ont grandement contribué à la façonner. Il semblerait que ce facteur ait également joué un rôle important dans le résultat final de la négociation.

L'échec expliqué

Malheureusement pour le processus de paix, les deux rondes de négociation de Genève 2 se sont soldées par un échec cuisant. Forcé de constater cet échec, l'émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, a présenté ses excuses au peuple syrien «dont les espoirs étaient si grands(13) ». Dans un article paru sur le site internet de RFI, on peut lire que l'échec de ces négociations est attribuable à « l'intransigeance » des représentants de Damas, pour lesquels une transition politique ne serait pas envisageable, selon Lakhdar Brahimi (14). Or, le but de la rencontre de Genève 2 était justement de discuter de ladite transition politique (15), sur les bases établies par la rencontre de Genève 1 (16).

En outre, plusieurs experts sont d'accord pour affirmer que même si les négociations de Genève 2 ont été un échec, elles constituent une avancée dans la résolution du conflit syrien. En effet, Jeremy Shapiro et Samuel Charap, analystes du Think Tank américain Foreign Affairs, avançaient, avant même la rencontre, que Genève 2 serait un échec, mais que ces négociations pourraient permettre un rapprochement entre les États-Unis et la Russie sur la question syrienne. Ils sont rejoints dans cette vision par Mona Yacoubian, conseillère du programme du Moyen-Orient du Stimson Center

On voit ainsi que si la crise syrienne doit se résoudre par les voies diplomatiques, ce processus sera long et complexe. Entre-temps, des civils sont encore tués dans les zones en conflit et des milliers de Syriens se retrouvent dans les camps de réfugiés, pendant que d'autres sont encore coincés en zone de conflit.




Références:

1. Pierre Taillefer et Rana Moussaoui, « Les négociations de Genève sont dans une impasse », AFP dans Le Devoir, en ligne le 29 janvier 2014, http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... consulté le 22 février 2014.

2. Ignace Leverrier, « Syrie : pourquoi et comment l'opposition doit-elle se rendre à Genève 2 ? », Le Monde, en ligne le 19 janvier 2014, http://syrie.blog.lemonde.fr/2014/01/19/syrie-pour... consulté le 22 février 2014.

3. Le Monde.fr, « La Syrie participera à la conférence de Genève 2, l'Iran et la Turquie appellent à un cessez-le-feu », Le Monde, en ligne le 27 novembre 2013, http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/20... consulté le 22 février 2014.

4. Ignace Leverrier, « Syrie : Pourquoi et comment... », op. cit.

5. L'Express.fr, « Syrie : accord de Genève sur un gouvernement de transition », en ligne le 30 juin 2012, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moye... consulté le 22 février 2014.

6. ONU, « Syrie : Kofi Annan appelle le groupe d'action à se réunir pour relancer le processus de paix », Centre d'actualité de l'ONU, en ligne le 27 juin 2012, http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp/storyF.as... consultée le 22 février 2014

7. Ibid.

8. L'express.fr, « Syrie : accord de Genève... », op. cit.

9. Le Monde.fr AFP et Reuters, « Syrie : l'Iran exclu de la conférence de paix », en ligne le 20 janvier 2014, http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/20... , consultée le 22 février 2014

10. Ibid.

11. Benjamin Barthe et Yves Michel Riols, « A Genève 2, la promesse d'un dialogue entre Syriens », Le Monde, en ligne le 22 janvier 2014, http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/20... consultée le 22 février 2014.

12. Ibid.

13. Denis Balibouse, « Syrie : échec total des négociations ?'Genève II'', Brahimi ?'désolé'' », Reuters dans RFI, en ligne le 16 janvier 2014, http://www.rfi.fr/moyen-orient/20140216-syrie-eche... consultée le 23 février 2014.

14. Ibid.

15. Ibid.

16. ONU, « Syrie : Kofi Annan appelle le groupe...», op. cit.

Autres références

Al Watan, « L'Iran insiste pour participer à Genève 2 », le Courrier International, en ligne le 14 janvier 2014 http://www.courrierinternational.com/breve/2014/01... consultée le 22 février 2014.

Albert Kaji et Zeina Karam, « Pas de négociations sans l'opposition, prévient Lakhdar Brahimi », la Presse canadienne dans Newspaper source plus, en ligne le, http://web.a.ebscohost.com/ehost/detail?sid=dde2c1... consulté le 22 février 2014.

Barbara Surk, « Échec des pourparlers de paix syriens : Damas et Washington s'échangent le blâme », La Press canadienne sur Newspaper source plus, en ligne le 16 février 2014, http://web.a.ebscohost.com/ehost/detail?sid=8d0a16... consulté le 22 février 2014.

Pierre Taillefer et Nina Larson, « Blocage total des discussions à Genève », AFP dans Le Devoir, en ligne le 15 février 2014, http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... , consulté le 22 février 2014.

Zeina Karam, « Syrie : mince progrès dans les négociations de paix », La Presse canadienne dans Newspaper source plus, en ligne 29 janvier 2014, http://web.a.ebscohost.com/ehost/detail?vid=4&sid=... consulté le 22 février 2014.

Dernière modification: 2014-03-03 07:55:38

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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