Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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4 février 2014

Ban Ki-moon : un diplomate qui sait étonner


Ivan Brankovic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies (ONU), complétera en décembre 2016 la dernière année de son second mandat à la tête de cette organisation internationale. Ban Ki-moon, dont le nom de famille se place en premier, révélant ses origines sud-coréennes, a intégré l'appareil gouvernemental sud-coréen en 1970 et y occupa plusieurs fonctions diplomatiques (1). Succédant à Kofi Annan en 2007, il fut reconduit à sa fonction en juin 2011.

Les mandatures de M. Ban se sont déroulées dans un monde agité, caractérisé par l'exacerbation du terrorisme international et des tensions qui y sont associées, mais aussi par divers conflits régionaux ou localisés, conjugués à l'aggravation de la conjoncture économique mondiale.

Une procédure acquise

Les fonctions et compétences du secrétaire général, comme le processus de sa nomination, ne sont que très sommairement spécifiées dans la Charte des Nations unies (2). Ce n'est qu'à l'article 97 qu'il est indiqué que « [l]e Secrétaire général est nommé par l'Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité (3) ». La teneur pour le moins rudimentaire de l'article a donné lieu au développement, de manière durable à partir de 1971, d'une « procédure ferme, complète et, pour le moment du moins, respectée par les États membres (4) » pour sa nomination.

Dans la pratique, la procédure est relativement succincte et se fonde notamment sur une résolution de l'Assemblée générale du 24 janvier 1946 et sur le règlement intérieur du Conseil de sécurité (5). Le Conseil de sécurité adopte, à huis clos et à l'unanimité obligatoire de ses membres permanents, sa recommandation à l'Assemblée générale. Elle a toujours consisté, jusqu'à présent, en un candidat unique (6). Puis, l'Assemblée sanctionne, ce qui a constamment été l'usage (7), le choix du Conseil, rendant ainsi la proposition décisive.

Un monde agité

Son premier mandat commença dans un climat de perte de crédibilité et de fragilisation de l'ONU, après la profonde discorde semée en 2003, au sein du Conseil de sécurité, par l'intervention américaine en Irak (8). Se succédèrent alors l'échec des négociations climatiques avec les décevantes conférences de Copenhague et Cancún, la plus grave crise financière « depuis la seconde guerre mondiale (9) », selon l'ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, le piétinement dans la crise nord-coréenne et le bilan catastrophique de la guerre au Sri Lanka, avec 40 000 morts (10).

Quoiqu'il parvînt à faire déployer une force internationale au Darfour (Soudan), M. Ban semble, à ses débuts, avoir tenté d'infléchir la traditionnelle action onusienne de maintien de la paix, pour promouvoir une diplomatie de crise (11). Ainsi, prit-il clairement position en faveur des mouvements révolutionnaires agitant les pays arabes au début de 2011 (12). En outre, il se saisit diligemment du dossier de la crise syrienne en insistant régulièrement sur la nécessité de réunir tous les belligérants en vue d'une solution négociée.

Assurant que « pour les Nations unies, Gaza est une priorité (14) », et rappelant son attachement à une solution basée sur l'arrêt de la colonisation israélienne s'opérant depuis 1967 (15), il se montra, malgré tout, aussi impuissant que ses prédécesseurs dans le conflit israélo-palestinien. Les récents développements ont surtout maintenu l'attention du secrétaire général dirigée vers une « litanie de crises (16) » : le séisme en Haïti, la douloureuse transition ivoirienne, la crise syrienne, le conflit malien, les affrontements en République démocratique du Congo, les tensions autour du nucléaire iranien ainsi que les surenchères épisodiques entre Corée du Nord et Corée du Sud.

La fibre d'un diplomate

M. Ban a rapidement été l'objet de nombreuses critiques le qualifiant de « faible et de malléable (17) », ou de « marionnette des Américains (18) » en raison de ses origines; la Corée du Sud étant un allié stratégique des États-Unis en Asie.

Il a aussi été décrié pour sa non-dénonciation des régimes répressifs. Beaucoup lui reprochèrent son mutisme lors de l'incarcération de l'opposant chinois Liu Xiaobo, mais également après l'attribution du prix Nobel de la paix à ce dernier (19). Sa timide réaction lors de la crise sri-lankaise ne fit que soutenir ces reproches. Il se fit néanmoins plus audible lors des révolutions arabes, d'aucuns, même ses détracteurs, y voyant un « tournant (20) » dans son approche internationale.

Mais certaines reproches à son sujet sont récurrents : son charisme de « bureaucrate », son éloquence « anodine » et son anglais imprécis ne le quittent pas. Ils semblent conforter les persiflages voulant qu'il passe son temps à récolter les doctorats honorifiques, en « touriste » ou « dilettante » des relations internationales (21).

Pourtant, M. Ban n'a pas uniquement recouru aux réflexes hérités probablement de sa longue carrière de haut fonctionnaire. Bien qu'on l'ait dit effacé au début de son premier mandat, il se montra beaucoup plus déterminé dans les crises qui se déroulèrent autour de sa réélection en 2011, comme celle en Côte d'Ivoire. Le secrétaire général fit assurément un « pari dangereux (22) » en demandant résolument, et très tôt, la démission de Laurent Gbagbo, sans que le Conseil de sécurité eût déterminé sa position sur la question. À cette occasion, il apparut comme un véritable « chef opérationnel (23) » à la suite de l'intervention conjointe de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire et de la France. Ces événements ont révélé son aptitude à prendre des risques et à assumer les fonctions de maintien de la paix qui lui incombent et que certains l'accusaient de ne pas endosser entièrement.

Ban Ki-moon a une fibre de diplomate, « formaté (24) » qu'il est « par la culture du dialogue (25) », ce qui explique certainement l'approche prudente qui a été la sienne lors des premières crises auxquelles il a été confronté. Celles-ci requéraient précisément d'adroits pourparlers : le Darfour, en 2007, en est l'exemple-type (26). Les plus récents troubles internationaux tendent toutefois à démontrer que M. Ban est aussi un homme d'action, capable de s'éloigner de la « diplomatie sans éclat (27) » pour conférer à l'ONU des positionnements moins équivoques.




Références:

(1) JANG, Misun. « Who Is Ban-Ki-Moon ? », International Journal, vol. 62, n° 1, hiver 2006/2007, pp. 162-163.

(2) FLEISCHHAUER, Carl-August. « Le secrétaire général des Nations unies : sa position et son rôle », Pouvoirs, n° 109, 2004, pp. 75-76.

(3) DÉPARTEMENT DE L'INFORMATION DES NATIONS UNIES. Charte des Nations Unies et Statut de la Cour internationale de Justice, New York, Nations Unies, 1998, p. 61.

(4) FLEISCHHAUER, Carl-August. op. cit., pp. 77-78.

(5) NATIONS UNIES. « Procédure de nomination », [En ligne], [s. d.], http://www.un.org/fr/sg/appointment.shtml (Page consultée le 1er février 2014).

(6) loc. cit.

(7) BOLOPION, Philippe. « Le Conseil de sécurité de l'ONU choisit Ban Ki-moon pour succéder à Kofi Annan », Le Monde, 11 octobre 2006, p. 5.

(8) VAULERIN, Arnaud. « Ban Ki-moon, l'homme invisible de l'ONU », Libération, 21 juin 2011, p. 28.

(9) BONAZZA, Patrick. « Crise : l'impuissance des grands trésoriers », Le Point, n° 1853, 20 mars 2008, p. 96.

(10) VAULERIN, Arnaud. op. cit., p. 29.

(11) GOWAN, Richard. « Floating Down the River of History : Ban Ki-moon and Peacekeeping, 2007-2011 », Global Governance, vol. 17, n° 4, p. 400.

(12) GENESTE, Alexandra. « Le bilan en demi-teinte du premier mandat de Ban Ki-moon aux Nations unies », Le Monde, 22 juin 2011, p. 6.

(13) LE MONDE. « La fin de Mouammar Kadhafi : Les réactions internationales », Le Monde, 22 octobre 2011, p. 5.

(14) WILLIAMS, Ian. « Ban Ki-moon's Soft-Spoken Approach Belies His Straightforward Words », The Washington Report on Middle East Affairs, vol. 29, n° 4, mai/juin 2010, pp. 20-21.

(15) loc. cit.

(16) GOWAN, Richard. op. cit., p. 409.

(17) THE ECONOMIST. « Les Nations unies en voie de guérison », Courrier international, n° 899, 24 janvier 2008, p. 33.

(18) loc. cit.

(19) GENESTE, Alexandra. op. cit. p. 6.

(20) loc. cit.

(21) HEILBRUNN, Jacob. « Nowhere Man », Foreign Policy, n° 173, juillet/août 2009, pp. 23-24.

(22) GOWAN, Richard. op. cit., p. 411.

(23) ibid., p. 412.

(24) VAULERIN, Arnaud. op. cit., p. 29.

(25) loc. cit.

(26) GOWAN, Richard. op. cit., p. 413.

(27) GENESTE, Alexandra. op. cit. p. 6.

Dernière modification: 2014-03-02 16:32:13

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