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4 février 2014

Le régime contesté du président Biya


Stéphanie Dumont
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mars
1992
Tenue d'élections multipartites au Cameroun

mai
1990
Manifestations publiques au Cameroun

avril
1984
Tentative de coup d'État au Cameroun

novembre
1982
Accession de Paul Biya à la présidence du Cameroun

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Création de l'Union africaine et malgache

janvier
1960
Proclamation de l'indépendance du Cameroun

Depuis son indépendance en 1960, le Cameroun n'a connu qu'un seul parti politique. De son indépendance à 1982, le parti unique du pays, l'Union nationale camerounaise (UNC), fut dirigé par Ahmadou Ahidjo. Celui-ci fut par la suite remplacé par Paul Biya qui dirige le pays depuis(1). En 1984, Biya renomma l'UNC le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), ayant pour but avec ce nouveau nom d'unifier l'État camerounais (2).

Un règne unilatéral

Bien que Biya affirme, dès les débuts de sa présidence, vouloir axer sa politique sur la démocratisation du pays, celui-ci fait face, en 1990, à des rébellions de la part de l'Union des populations du Cameroun (UPC) (3). À l'aide de ces pressions sur le gouvernement, l'UPC désirait en fait obtenir une réelle ouverture de la vie démocratique du pays, régi depuis son indépendance par un système de parti unique. En 1990, le président instaure donc le multipartisme; l'opposition est finalement reconnue et légalisée. Il s'agit là, pour Biya, du début d'un processus de démocratisation (4).

Toutefois, les partis de l'opposition n'ont jamais eu de réelles chances de saisir les rênes du pays. Biya fut réélu en 1997, en 2004 et en 2011 (5). Ces élections furent l'objet de contestations de la part de l'opposition ainsi que de la communauté internationale, mais la Cour suprême donna toujours raison à Biya.

Plusieurs affirment que le phénomène du clientélisme politique, une mesure prise par plusieurs chefs d'État africains afin de garder leur pouvoir, serait présent au Cameroun (6). Le clientélisme politique consiste pour les présidents à verser de l'argent ou à accorder des faveurs à différents partenaires afin que ceux-ci le soutiennent en temps d'élections (7). Cela pourrait en partie expliquer le pourcentage de voix avec lequel Biya fut réélu en 2011 (77,9 %). Par ailleurs, en 2013, le Cameroun se retrouvait au 144e rang, sur près de 180 pays, pour la corruption. Il obtenait un indice de 22, zéro étant la pire note sur cette échelle et cent étant la meilleure (8).

Plus de bas que de hauts

La présidence de Biya, qui dure depuis maintenant 32 ans, a connu de nombreux échecs. En effet, le Cameroun éprouve beaucoup de difficultés dans divers domaines. À commencer par la démocratisation et la corruption, tel que mentionné précédemment.

Par ailleurs, au niveau économique, et particulièrement au niveau de l'emploi, le pays connaît de grandes difficultés. En 2011, le président de la Centrale syndicale du secteur public présentait un rapport dans lequel il démontrait l'inquiétante situation du marché du travail camerounais (9). En fait, 70 % de la population travaillerait dans le secteur informel, puisque environ 69 % des gens dans le secteur formel travailleraient à un salaire en deçà du salaire minimum. De plus, le taux de chômage chez les jeunes diplômés serait de 45 %.

Dans le même ordre d'idées, selon une étude de l'Institut national de la statistique (INS), la pauvreté toucherait grandement la population. En effet, 85 % des gens vivraient dans la précarité et près de 40 % vivraient en dessous du seuil de pauvreté.

À au autre niveau, plusieurs atteintes aux droits de l'homme sont observées au Cameroun, où la justice semble être également sous le contrôle de Biya. En 2012, le Bureau pour la démocratie, les droits de l'homme et le travail du département d'État des États-Unis publiait son rapport sur les droits de l'homme dans divers pays, dont le Cameroun(10). Ce rapport faisait état des différentes atteintes vécues par le peuple camerounais. Par exemple : les exactions des forces de sécurité sur les détenus, les dénis de procès équitable, les restrictions à la liberté de réunion, les mauvaises conditions dans les prisons, les arrestations et détentions arbitraires, la limitation de la liberté de presse par le harcèlement et l'agression de journalistes.

De plus, la mutilation génitale et l'excision chez la femme seraient des pratiques toujours en vigueur. Par ailleurs, la discrimination envers l'homosexualité est également un grand problème. Amnistie internationale a publié plusieurs déclarations contre de nombreuses pratiques injustes prises par le gouvernement camerounais contre des homosexuels, telles que l'emprisonnement (11).

Bien que cela démontre la précarité de la situation à divers niveaux au Cameroun, certains affirment que la présidence de Biya aura connu un grand succès. Entre autres, celui de permettre la paix et la stabilité au pays. En effet, depuis son indépendance, exception faite du coup d'État de 1984 et des quelques émeutes de 1990-1991, le Cameroun n'a pas subi de grands conflits et de grandes turbulences internes, comme certains de ses voisins (12).

Des successeurs en lice?

Alors que la prochaine élection présidentielle au Cameroun devrait avoir lieu en 2018, le président actuel Paul Biya aura atteint l'âge de 85 ans. La possibilité que Biya se représente aux élections fait écho dans le monde politique camerounais.

Toutefois, certains croient plutôt que le collaborateur de Biya, René Emmanuel Sadi, ayant passé deux décennies dans les coulisses du pouvoir aux côtés du président, aurait été sélectionné comme le principal successeur de l'actuel chef d'État (13). Celui-ci s'est d'ailleurs vu confier le secrétariat général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, un excellent tremplin vers la présidence selon plusieurs analystes.




Références:

(1) N.D, « Cameroun», Perspective monde, [En ligne] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/CMR/fr.htm, (page consultée le 1 février 2014)

(2) N.D, «Cameroun histoire», Perspective monde, [En ligne] http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (page consultée le 1 février 2014)

(3) N.D, «Cameroun : repère événementiels», état.sciencepobordeaux.fr, [En ligne] http://www.etat.sciencespobordeaux.fr/chronologie/... (page consultée le 1 février 2014)

(4) Ibid.

(5) N.D, «Elections in Cameroon», africanelections.tripod, 12 mars 2012, [En ligne] http://africanelections.tripod.com/cm.html, (page consultée le 1 février 2014)

(6) BEN MOUSSA, Younoussa, « Cameroun politique : Mathias Eric Owona Nguini, c'est du clientélisme politique», Camer.Be, 10 novembre 2013, [En ligne] http://www.camer.be/index1.php?art=30034&rub=6:1, (page consultée le 1 février 2014)

(7) BONELLI, Laurent, « La mécanique clientéliste», Le Monde diplomatique, Juin 2010, [En ligne] http://www.monde-diplomatique.fr/2010/06/BONELLI/19195, (page consultée le 1 février 2014)

(8) N.D, «Corruption perception index 2013», Transparency international, 2013, [En ligne] http://cpi.transparency.org/cpi2013/results/, (page consultée le 1 février 2014)

(9) BIKOKO, Jean-Marc, «Une inégalité sociale au Cameroun; une source latente d'implosion sociale», CSP, 7 avril 2011, [En ligne] http://www.fes-kamerun.org/documents/Bikokop.pdf, (page consultée le 1 février 2014)

(10) N.D, «Rapport 2012 sur les droits de l'Homme-Cameroun», Département d'État des États-Unis - Bureau pour la démocratie, les droits de l'homme et le travail, [En ligne] http://photos.state.gov/libraries/cameroon/231771/... (page consultée le 1 février)

(11) N.D, «Le Cameroun doit libérer des hommes incarcérés en raison de leur homosexualité présumée», Amnistie internationale, 11 octobre 2012, [En ligne] http://www.amnistie.ca/sinformer/communiques/inter... (page consultée le 1 février 2014)

(12) KAKDEU, Louis-Marie, « Cameroun : Analyse du discours de fin d'année 2013 du président Paul Biya», Cameroon-info, [En ligne] http://www.cameroon-info.net/stories/0,56187,@,cam... (page consultée le 1 février 2014)

(13) HOUMFA, Mohamadou, «René Emmanuel Sadi : futur président de la république?», Cameroon-online, [En ligne] http://www.cameroun-online.com/actualite,actu-4792.html, (page consultée le 1 février 2014)

Dernière modification: 2014-02-10 08:08:26

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