20 août 2019 Recherche  
Pays     Statistiques    Années     Événements     Analyses     Biographies     Vidéos     Documents     Glossaire     Notes     Valeurs     Jeux   

28 janvier 2014

Les talibans : affaiblis, mais pas vaincus


Ivan Brankovic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

décembre
2014
Attentat dans une école du Pakistan

mai
2011
Assassinat d'Oussama Ben Laden au Pakistan

juillet
2010
Inondations d'envergure au Pakistan

novembre
2008
Attentats terroristes à Bombay, en Inde

décembre
2007
Assassinat de Benazir Bhutto au Pakistan

octobre
2005
Tremblement de terre au Cachemire

octobre
1999
Renversement du président pakistanais Mohamad Nawaz Sharif

mai
1998
Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

août
1988
Décès du président pakistanais Zia-ul-Haq

juillet
1977
Renversement du gouvernement de Zulfikar Ali Bhutto au Pakistan

décembre
1971
Proclamation de l'indépendance du Bangladesh

novembre
1970
Cyclone tropical au Pakistan oriental (Bangladesh)

mars
1969
Démission du président pakistanais Ayub Khan

août
1965
Déclenchement d'un conflit sur le Cachemire entre l'Inde et le Pakistan

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

février
1955
Signature du pacte de Bagdad

septembre
1954
Création de l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est

juillet
1951
Lancement du plan de Colombo

janvier
1948
Entrée en vigueur de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce

Depuis 2002, au Pakistan, une « guerre non déclarée(1) » déchire les régions tribales semi-autonomes frontalières de l'Afghanistan, au nord-ouest du pays, aussi nommées Federally Administered Tribal Area (FATA). Opposant les talibans pakistanais aux forces armées du Pakistan, elle révèle l'incapacité de l'État pakistanais à venir à bout des factions talibanes.

Depuis juin 2004, les États-Unis pratiquent des raids téléguidés, par drone, en territoire pakistanais. Ils visent l'élimination des dirigeants des groupes talibans et d'Al-Qaïda. Le décès récent, dans une de ces attaques, d'Hakimullah Mehsud, a soulevé l'inquiétude d'une nouvelle escalade de violences au Pakistan.

Mehsud, chef sanguinaire

Le vendredi 1er novembre 2013, dans le village de Danday Darpakhel, dans la région du Waziristan du Nord, en FATA, six personnes étaient tuées par une attaque de drone américain. Hakimullah Mehsud, chef des talibans pakistanais, y trouvait la mort. Cousin de son prédécesseur, lui aussi tué par un drone, Mehsud était responsable de nombreuses attaques sur les forces de sécurité pakistanaises depuis 2009 (2).

Hakimullah Mehsud est notamment l'instigateur de violentes opérations punitives menées en 2010. Elles tuèrent des centaines de civils, en réponse à une incursion de l'armée dans son fief du Waziristan du Sud (3). D'autre part, il revendiqua la responsabilité de plusieurs actes terroristes, dont l'attentat-suicide de juin 2009 dans un hôtel de Peshawar (4). Après s'être montré à la télévision aux côtés d'un kamikaze qui tua sept employés de la CIA, à la fin 2009 en Afghanistan, il s'attira les foudres de l'agence américaine (5). Ainsi, il constitua clairement la cible privilégiée des multiples attaques de drones subséquentes, et fut même à deux reprises erronément déclaré mort à la suite de telles opérations (6).

Malgré l'extrême brutalité de ses pratiques, Mehsud s'était montré ouvert, en octobre 2013, à des négociations de paix avec le gouvernement, à condition que cessent les attaques de drones (7).

Les talibans, maîtres des régions tribales

Les talibans, mot pashtoune signifiant « étudiants », forment un mouvement essentiellement composé d'Afghans de l'ethnie pashtoune, professant un Islam rigoriste. Ses fondateurs furent éduqués au sein d'écoles islamiques, au Pakistan, durant l'occupation soviétique de l'Afghanistan (8). À partir de 1994, dans le chaos qui succéda au départ des Soviétiques, ils s'imposèrent en Afghanistan comme le groupe dominant et prirent progressivement contrôle d'une grande partie du pays. Instaurant un État islamique, ils guerroyèrent continuellement contre les groupes rivaux, notamment l'Alliance du Nord, jusqu'à leur éviction du pouvoir, en 2001, par l'intervention occidentale (9).

L'intervention coalisée en Afghanistan provoqua la fuite, vers les régions tribales du Pakistan, de leurs principaux dirigeants ainsi que de cadres d'Al-Qaïda. Ceux-ci y réorganisèrent leur résistance sous la protection de tribus locales. Ils favorisèrent l'agrégation de la plupart des milices tribales, en 2007, au sein du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) (10), se faisant appeler couramment depuis « talibans pakistanais ». Parvenus à établir un « archipel de micro-émirats de Charia(11) » dans les régions tribales, ils y assurent dorénavant le maintien d'un « sanctuaire(12) » d'où opèrent talibans afghans et Al-Qaïda.

Le décès de Mehsud a soulevé des interrogations, aussi bien quant à d'éventuelles représailles talibanes qu'en ce qui a trait à sa succession. Toutefois, celle-ci semble pour l'instant s'être déroulée de façon paisible (13). Or, Shehzad Qazi, de l'Institute for Social Policy and Understanding de Washington, rappelle que le TTP est « un mouvement décentralisé et souvent fracturé, souffrant d'indiscipline, de désaccords et de rébellions internes(14) ». À plusieurs reprises dans le passé, ce groupe a fait face à de violentes dissensions sur des questions de succession et de stratégie (15). La nomination du nouveau chef du mouvement, Mullah Fazlullah, quelques jours après la mort de Mehsud, semble avoir soulevé des protestations au sein du TTP, en raison de l'intransigeance de ce dernier (16).

En une décennie, le talibans ont plongé le Pakistan dans une instabilité marquée par de sanglants attentats périodiques et de cuisants échecs pour l'armée pakistanaise. Ces revers militaires ont donné lieu à d'éphémères compromis de paix, tous favorables au TTP (17). Par ailleurs, le TTP, qui a longtemps eu la faveur de l'opinion publique pakistanaise jusqu'à ce que des attentats lui soient attribués en sol pakistanais (18), paraît toujours jouir d'une confortable assise dans les régions tribales.




Références:

(1) ABBAS, Zaffar. « Pakistan's undeclared war », BBC News, [En ligne], 10 septembre 2004, http://news.bbc.co.uk/2/hi/south_asia/3645114.stm (Page consultée le 24 janvier 2014).

(2) FAIR, C. Christine. « Pakistan's own war on terror : what the pakistani public thinks », Journal of International Affairs, vol. 63, n° 1, automne/hiver 2009, p. 41.

(3) QAZI, Shehzad H. « Rebels of the frontier : origins, organization, and recruitment of the Pakistani Taliban », Small Wars & Insurgencies, vol. 22, n° 4, octobre 2011, pp. 581.

(4) WALSH, Declan. « Hakimullah Mehsud obituary », The Guardian, [En ligne], 3 novembre 2013, http://www.theguardian.com/world/2013/nov/03/hakim... (Page consultée le 24 janvier 2014).

(5) ibid.

(6) ibid.

(7) ibid.

(8) STEWARD, Rodney J. « Afghanistan in a globalized world : A longer view », Globalizing Afghanistan, sous la direction de Zubeda Jalalzai et David Jefferess, Durham, Duke University Press, 2011, p. 72.

(9) MADSEN, Peter. The Taliban : war, religion and the new order in Afghanistan, Karachi, Oxford University Press, 1998, coll. « Politics in contemporary Asia », pp. 43-56.

(10) QAZI, Shehzad H. op. cit., p. 578-581.

(11) FAIR, C. Christine. op. cit., p. 41.

(12) THE ECONOMIST. « The Pakistani Taliban : Falling out », [En ligne], 27 août 2009, http://www.economist.com/node/14318479 (Page consultée le 25 janvier 2014).

(13) AGENCE FRANCE PRESSE. « Pakistan : les talibans nomment un chef intérimaire, tension avec Washington », Courrier international, [En ligne], 3 janvier 2013, http://www.courrierinternational.com/depeche/newsm... (Page consultée le 26 janvier 2014).

(14) QAZI, Shehzad H. op. cit., p. 581.

(15) GUL, Imtiaz. « The succession question », Foreign Policy, [En ligne], 27 août, 2009, http://southasia.foreignpolicy.com/posts/2009/08/2... (Page consultée le 25 janvier 2014).

(16) ibid.

(17) FAIR, C. Christine. op. cit., p. 42.

Dernière modification: 2014-02-03 07:49:14

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
Notes de recherche

Islam et antiaméricanisme: le premier nourrit-il le second?
Une analyse empirique sur la base de l'Arab Barometer de 2013.
Jean-Herman Guay, Sami Aoun et Eugénie Dostie-Goulet.

Le vote des jeunes: les motifs de la participation électorale au Canada
Une analyse empirique sur la base de données recueillies en 2011
Jean-Herman Guay, Anthony Desbiens et Eugénie Dostie-Goulet.

Cohérence idéologique et classes sociales: la pertinence de l'axe gauche/droite
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Jean-Herman Guay.

Les impacts idéologiques des facteurs sociodémographiques en Amérique latine
Une analyse empirique sur la base du World Values Survey
Laurie Morelli-Valiquette.

Nouveau management public et notation financière souveraine: réévaluation de la prépondérance des valeurs hoodiennes dans la gestion de l'État
Une analyse empirique
Alexandre Millette.

Autres analyses

Baloutchistan : un conflit méconnu qui s'éternise
>décembre 2018


Élections fédérales au Pakistan : progrès et controverse
>octobre 2018


Élections au Pakistan : la violence encore au rendez-vous
>octobre 2018


Le peuple pakistanais pleure la mort d'Asma Jilani Jahangir
>septembre 2018


Smog au Pakistan : une situation environnementale inquiétante
>mars 2018


Climat extrêmement tendu sur la frontière indo-pakistanaise
>novembre 2016


Attentat au Pakistan : la lutte au terrorisme n'est toujours pas gagnée
>septembre 2016


Visite de Xi Jinping au Pakistan : un nouveau corridor économique s'ouvre
>septembre 2015


Le Baloutchistan : une région au coeur des grands intérêts asiatiques
>novembre 2014


Le Pakistan encore secoué par une attaque terroriste
>septembre 2014


Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

Liens internes

Les objectifs de Perspective monde
Son équipe au fil des ans
Les sources et les mises à jour
Récupérer des éléments de Perspective monde

Pour en savoir plus

Pour nous écrire un commentaire
Pour nous suivre sur Facebook
Bilan du siècle, sur le Québec contemporain
Dimension, sur le langage statistique R

Liens externes

Observatoire des politiques publiques
Observatoire des Amériques
Politique appliquée.tv
Cahiers de recherche

Directeur: Jean-Herman Guay, Ph.D. Tous droits réservés © Perspective monde Version 16.7.2019