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24 mars 2015

L'EI et Al Qaïda : l'ère du terrorisme à deux visages


Amina Muminovic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

septembre
2017
Tenue d’un référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien

juillet
2017
Annonce par le gouvernement irakien de la libération de Mossoul

juillet
2016
Attentats terroristes à Bagdad, en Irak

juin
2014
Proclamation d'un califat par l'État islamique en Irak et au Levant

décembre
2006
Exécution de l'ex-président irakien Saddam Hussein

janvier
2005
Tenue d'élections législatives en Irak

mars
2003
Début d'une offensive militaire d'envergure en Irak

janvier
1991
Début d'une intervention militaire au Koweït

août
1990
Invasion du Koweït par l'Irak

août
1988
Entrée en vigueur d'un cessez-le-feu mettant fin à la guerre entre l'Iran et l'Irak

mars
1988
Utilisation d'armes chimiques en Irak contre les Kurdes

septembre
1980
Début de la guerre Iran-Irak

juillet
1979
Accession de Saddam Hussein à la présidence de l'Irak

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

juillet
1968
Coup d'État dirigé par le général Ahmed Hassan al-Bakr en Irak

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

juin
1961
Proclamation d'indépendance du Koweït

septembre
1960
Création de l'Organisation des pays producteurs de pétrole

L'Occident est perçu par plusieurs comme un coin du monde relativement tranquille où l'absence de guerres et de tensions permet le développement de sociétés pacifiques. Or, cette image est loin d'être inébranlable. À l'automne 2014, les événements tragiques qui se sont succédés prouvent que la menace est bien présente. En France, l'attentat contre Charlie Hebdo, où 12 journalistes ont été tués en janvier 2015, a causé l'émoi de la communauté internationale. Le Canada n'a pas été épargné avec les coups de feu tirés au Parlement d'Ottawa en octobre 2014. Une personne a alors trouvé la mort.

La radicalisation des personnes qui commettent ces actes dépasse le simple fanatisme religieux. Elle dépasse aussi le cadre de la guerre et des alliances politiques auquel d'autres groupes comme Al-Qaïda étaient associés. En effet, l'émergence rapide de l'État islamique (EI) provoque des bouleversements considérables dans la lutte au terrorisme. Elle engendre également une nouvelle perspective dans les relations entre les deux groupes.

Al-Qaïda et État islamique : deux mouvements, une origine

Al-Qaïda constitue un mouvement islamiste fondé en 1987 lors de la résistance des moudjahidines menée par Oussama ben Laden et le cheikh Azzam en Afghanistan(1). Souvent qualifié de groupe terroriste, il représente plutôt un réseau mondial de groupes islamistes qui n'a pas de structure organisationnelle. Il prône la charia comme source de droit et utilise l'islam à des fins politiques(2).

D'abord présent dans la résistance afghane contre l'invasion des Soviétiques en 1989, Al-Qaïda entraine ses membres à combattre pour défendre les causes islamistes à travers le monde et s'oppose aux affrontements entre groupes islamistes. Cette période coïncide également avec la mort d'Azzam et un changement de cap dans l'orientation du mouvement. Celui-ci se radicalise à cause des idées extrémistes de certaines têtes dirigeantes souhaitant le renversement de tous les régimes arabes qui ne sont pas islamiques(3).

Après la mort du cheikh, le développement et l'organisation du mouvement se retrouvent entre les mains de ben Laden. Dès lors, Al-Qaïda revendique des attentats sur des ambassades et autres lieux symboliques afin d'attirer l'attention sur sa cause et s'impose comme la menace principale : elle devient la cible à abattre pour les Américains.

La création du groupe État islamique est étroitement liée à Al-Qaïda. En effet, c'est en 2006, lors du soulèvement en Syrie, que le mouvement Al-Qaïda en Irak prend le nom d'État islamique en Irak et au Levant(4). Cette organisation armée djihadiste prône le retour d'un régime politique islamiste fondé uniquement sur le Coran et la Sunna. Il veut ainsi se doter des attributs d'un État, sur un territoire précis(5).

Al-Qaïda s'est dissocié de ce mouvement en février 2014, affirmant que les deux groupes ne font pas front commun(6). Malgré cela, depuis 2006, l'EI prend de l'expansion au niveau international et se développe à une vitesse fulgurante alors qu'il contrôle maintenant le nord de la Syrie et de l'Irak(7).

Un événement déclencheur : 11 septembre 2001

À ses débuts, Al-Qaïda se concentre surtout au Moyen-Orient, mais les attentats qu'il commet se localisent de plus en plus dans les grands centres et les villes d'importance. En 1993, une explosion dans le World Trade Center, à New York, revendiqué par le mouvement, ébranle l'édifice faisant six morts et un millier de blessés(8).

Dans les années qui suivent, les attentats à l'explosif deviennent chose courante et les militaires, autant que les civils, sont la cible de ces attaques qui s'étendent aussi en Afrique et en Europe(9). Malgré la violence accrue de tous ces événements, ce sont les attentats du 11 septembre 2001, encore une fois sur le World Trade Center, qui ébranlent le monde entier.

Ce drame marque une rupture dans les relations internationales telles qu'elles existaient depuis la Guerre froide, parce qu'il n'est plus question de combattre d'État à État. Il s'agit plutôt de se rallier à la guerre au terrorisme décrétée par les États-Unis, une vision qui va contribuer à changer la face du monde(10).

Combattre le terrorisme c'est vouloir « éradiquer ce phénomène de manière profonde en agissant directement sur l'organisation structurelle du Moyen-Orient(11) », mais c'est aussi s'engager dans une lutte contre un phénomène « interétatique flou qui est difficile à identifier(12) ».

La complexité des mouvements extrémistes et la difficulté de les contenir dans un espace géographique concret augmentent le niveau de méfiance des pays à travers le monde. Les frontières deviennent plus perméables, rendant les déplacements plus ardus. La sécurité est donc mise au coeur des politiques gouvernementales parce que le 11 septembre 2001 a exposé les failles et les limites des systèmes à contenir la menace.

Bras de fer djihadiste

En voyant les Américains s'engager dans la lutte au djihadisme, il était possible de croire qu'avec le temps les groupes terroristes s'essouffleraient, mais 14 années après l'événement déclencheur la réalité est toute autre. L'arrivée de l'organisation de l'État islamique et l'attractivité que ce mouvement génère créent une nouvelle dimension.

Si Al-Qaïda avait le quasi monopole sur les activités terroristes, l'arrivée de l'EI change la donne. En effet, bien que l'EI soit au départ une branche d'Al-Qaïda, ces deux mouvements ne sont pas alliés et leurs relations s'enlisent vers des luttes entre groupes djihadistes. La fragilisation des États à la suite des révoltes du Printemps arabe de 2011 a contribué à une montée en puissance de la radicalisation, mais a favorisé d'avantage l'État islamique(13).

La frappes occidentales répétées sur les centres névralgiques d'Al-Qaïda et la perte de ben Laden ont affaibli ce mouvement sans l'éradiquer pour autant(14). De l'autre côté, mieux financé, utilisant des méthodes « plus modernes » pour créer de la propagande et obtenir de la visibilité, l'EI charme les jeunes sur les réseaux sociaux qui sont nombreux à vouloir joindre le mouvement(15).

Les mises en scène des décapitations d'otages par l'État islamique démontrent l'absence de limites de la part de cette organisation. Cette nouvelle façon de faire n'était pas dans les habitudes d'Al-Qaïda qui refuse de dégoûter les tribus afghanes qui lui sont favorables par de tels gestes(16). Cette divergence n'est qu'une parmi tant d'autres qui opposent ces mouvements extrémistes.

L'EI et Al-Qaïda sont aussi dans une lutte pour le plus d'influence. Alors que l'État islamique ne cesse d'augmenter son nombre d'adeptes, Al-Qaïda annonce la création d'autres branches en Asie du Sud(17). Les attentats de Paris sur le Charlie Hebdo et les policiers sont aussi le sanglant résultat de la rivalité entre les deux mouvements. En effet, les acteurs de ces événements se présentent sous la bannière d'Al-Qaïda et de l'État islamique, puis ils revendiquent chacun leurs actes se disputant ainsi la visibilité qu'a engendré cette terreur(18).

Ce n'est donc pas seulement une lutte directe que se livrent ces groupes terroristes. Ils planifient les attentats et leurs cibles en fonction de leurs convictions, mais aussi de manière stratégique afin de mettre leurs intérêts à l'avant-scène et faire de l'ombre à leur rival. Cet aspect de leur relation complexifie le terrorisme, le rend imprévisible et surtout plus dangereux. Si le monde a été chamboulé en 2001, l'expansion accrue du terrorisme laisse planer plusieurs incertitudes sur les changements à venir.




Références:

(1) THE EDITORS, « Al-Qaeda », Encyclopaedia Britannica, [En ligne], 2014, http://www.britannica.com/EBchecked/topic/734613/al-Qaeda, (Page consultée le 14 mars 2015).

(2) GOMEZ DEL PRADO, Grégory, « Groupes terroristes » Équipe de recherche sur le terrorisme et l'antiterrorisme, [En ligne], 2006, http://www.ertatcrg.org/groupes/groupes_description.htm, (Page consultée le 21 mars 2015)

(3) THE EDITORS, « Al-Qaeda ». Op. cit.

(4) THE EDITORS, « Islamic State in Iraq and the Levant (ISIL)», Encyclopaedia Britannica, [En ligne], 2014, http://www.britannica.com/EBchecked/topic/1963547/... (Page consultée le 14 mars 2015).

(5) BOURDILLON, Yves, « Al Qaïda et l'État islamique, deux face rivales d'un même totalitarisme », Les Echos, [En ligne], 14 janvier 2015, http://www.lesechos.fr/monde/afrique-moyen-orient/... (Page consultée le 21 mars 2015).

(6) OULD MOHAMEDOU, Mohammad-Mahmoud, « L'État islamique et l'ombre portée d'Al-Qaida », Le Temps, [En ligne], 25 septembre 2014, http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ebde1898-4400-11e4... (Page consultée le 21 mars 2015).

(7) ACKERMAN, Spencer, « Global terrorism rose 43% in 2013 despite al-Qaida splintering, US report », The Guardian, [En ligne], 30 avril 2014, http://www.theguardian.com/world/2014/apr/30/globa... (Page consultée le 14 mars 2015).

(8) AFP, « Al-Qaïda : près de vingt ans d'attaques à travers le monde », Le Monde, [En ligne], http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/... (Page consultée le 14 mars 2015).

(9) Loc. cit.

(10) AL JIBOURY, Alia, « Les États-Unis et la guerre contre le terrorisme », Irénées, [En ligne], 2006, http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-533_fr.html, (Page consultée le 14 mars 2015).

(11) Loc. cit.

(12) Loc. cit.

(13) BASBOUS, Antoine, « De septembre 2001 à septembre 2014 : l'inquiétante expansion du terrorisme islamique », Le Figaro, [En ligne], 11 septembre 2014, http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/09/11/31002-... (Page consultée le 14 mars 2015).

(14) AFP, « Pourquoi l'État islamique a réussi à supplanter Al-Qaïda », The Huffington Post, [En ligne], 23 septembre 2014, http://www.huffingtonpost.fr/2014/09/23/etat-islam... (Page consultée le 21 mars 2015).

(15) BOITIAUX, Charlotte, « Pourquoi l'organisation de l'État islamique séduit plus qu'Al-Qaïda? », France 24, [En ligne], 5 septembre 2014, http://www.france24.com/fr/20140905-etat-islamique... (Page consultée le 21 mars 2015).

(16) BOURDILLON, Yves. Op. cit.

(17) AFP, « Pourquoi l'État islamique... ». Op. cit.

(18) BOURDILLON, Yves. Op. cit.

Dernière modification: 2015-04-13 07:54:41

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