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25 juillet 2015

Obama se positionne comme l'un des grands présidents


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Il reste encore 18 mois à la présidence de Barack Obama, mais son héritage historique se dessine déjà clairement. Il a engrangé depuis deux mois des succès tant en politique intérieure qu'en politique internationale, ce qui lui assure une place parmi les plus grands présidents des États-Unis, et ce, en dépit qu'il ait été confronté presque continuellement par une opposition rigide et obstructionniste de la part des républicains.

Après avoir sorti les États-Unis de la pire crise économique depuis la grande dépression des années 1930, il a transformé son pays d'une large dépendance énergétique (en 2007 les États-Unis importaient du pétrole pour 1000 milliards $ par année) à une autosuffisance nationale tout en faisant de l'énergie propre une priorité. Par ailleurs, il a résolu en grande partie le problème de l'immigration par un décret présidentiel devant le refus du Congrès d'agir dans ce dossier. De plus, il a doté les États-Unis d'un programme universel de soins de santé, ce qu'aucun président n'avait réussi à faire en un siècle. Et finalement, il a fait reconnaître les droits civils des couples de même sexe.

En politique internationale, son dossier est tout aussi impressionnant. Il a d'abord mis fin à deux guerres qu'il avait héritées de son prédécesseur. Il a ensuite développé une nouvelle politique étrangère pragmatique fondée sur les valeurs américaines et basée sur la puissance intelligente, ce mélange de diplomatie ciblée et de recours ponctuel à la force. Mettant fin au rôle des États-Unis comme le gendarme du monde, il a placé son pays au centre des actions concertées avec les autres nations. Il a ensuite positionné les États-Unis comme la première puissance militaire cybernétique. Par ailleurs, il a rétabli les relations avec Cuba, mettant fin à plus de 50 ans d'animosité. Et finalement, il a conclu un accord avec l'Iran pour amener cette dernière à renoncer à son programme nucléaire.

Néanmoins, dans deux dossiers qu'il considérait comme prioritaires, Barack Obama a échoué. Sa proposition en faveur d'un resserrement du contrôle des armes à feu a été rejetée par le Congrès. De même, l'opposition de la droite israélienne l'a empêché de réaliser son rêve de régler une fois pour toutes le dossier israélo-palestinien.

Cependant, c'est avec le Partenariat Transit-Pacifique (PTP) que Barack Obama a l'opportunité de laisser sa plus grande marque dans l'Histoire. Déjà en 2009, il annonçait qu'il espérait devenir le premier président américain du Pacifique. Pour cela, il a annoncé en 2011 sa détermination à faire de l'Asie le pivot de la politique américaine. Plus encore, il a annoncé que, dorénavant, 50 % de la puissance navale américaine serait déployée en Extrême-Orient. Plusieurs observateurs y ont vu immédiatement une volonté d'endiguer la Chine comme puissance montante dans la région.

Le PTP vise à réaliser un accord commercial entre douze États le long des deux côtés de l'océan Pacifique. Ces douze pays, en plus des États-Unis, comprennent aussi le Canada, le Chili, le Mexique, l'Australie, le Japon, etc. Cet accord va créer la plus large zone mondiale de libres-échanges et toucher 40 % de l'économie mondiale.

Les négociations pour réaliser le PTP ont débuté en 2008. Elles en sont rendues à la phase finale. Pour obtenir de dernières concessions de ses partenaires asiatiques, l'administration Obama a demandé au printemps dernier au Congrès de lui accorder le processus du « fast track », c'est-à-dire l'assurance que tout accord qu'il aurait conclu sur le PTP devrait être adopté dans les 60 jours suivant son dépôt au Congrès et sans qu'aucun amendement ne puisse y être apporté. L'équipe Obama pourrait ainsi donner l'assurance aux 11 autres pays à la table de négociations que le Congrès entérinerait l'accord.

La demande d'Obama fut d'abord rejetée par la chambre des représentants à la mi-juin. Appuyés par une grande coalition de syndicats, de groupes environnementaux, de militants libéraux et de groupes confessionnels, les démocrates s'opposèrent en bloc à cette demande. Néanmoins, l'administration obtient l'autorisation demandée du Congrès à la fin juin, et ce, ironiquement grâce à un fort appuyé des républicains dirigés dans ce dossier par Paul Ryan, l'ancien candidat républicain à la vice-présidence en 2012.

En soutenant le PTP, Barack Obama réalise plusieurs objectifs. D'une part, il démontre que son « pivot asiatique » ne représente pas simplement une stratégie militaire pour contenir la Chine, mais qu'il fait partie d'une stratégie montrant que l'Asie est devenue une priorité dans la politique étrangère américaine. Il vise aussi à installer les États-Unis comme une force économique dans la région, empêchant ainsi les pays de l'Extrême-Orient de tomber dans l'orbite chinoise. Finalement, il fournit aux alliés américains en Asie les assurances que les États-Unis resteront la puissance prédominance du Pacifique.

En ce sens, le PTP vient couronner une série de réalisations de Barack Obama. Avec le PTP, il va laisser un héritage politique encore plus important. Obama aura clairement présidé à la destinée de son pays au moment où les États-Unis entreprenaient des changements parmi les profonds de son Histoire. Décidément, il aura été le dirigeant que les États-Unis avaient besoin d'avoir à ce moment-ci de leur histoire.



Dernière modification: 2015-08-17 10:51:04

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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