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25 March 2015

Qatar : un financement controversé au terrorisme


Myriam Louis
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

En réaction à la vague d'attaques terroristes à travers le monde, de nombreux pays se sont ralliés afin de combattre ensemble les différents groupes terroristes. Parmi les pays faisant partie de cette coalition internationale contre l'État islamique (EI) se retrouve le Qatar. Depuis quelque temps, malgré sa position, celui-ci est écrasé sous de nombreux soupçons de la part de plusieurs pays l'accusant de financer certains groupes terroristes.

Une évolution positive

L'État du Qatar est un émirat du Moyen-Orient dont la majorité de la population est de religion musulmane (1). L'idéologie dominante de ce pays est une branche du wahhabisme qui est un mouvement religieux réformateur issu de l'islam sunnite (2). Par son ouverture, l'islam qatarien est considéré comme un islam moins rigide comparativement à celui d'Arabie Saoudite. En effet, ce courant fondamentaliste de l'islam permet, par exemple, une place plus importante et plus grande aux femmes sur la scène publique. En 2005, le droit de vote ainsi que l'éligibilité à être candidates furent accordés aux Qatariennes (3).

Indépendant depuis 1971, le Qatar accède à la catégorie des pays les plus riches au monde grâce à ses ressources en combustibles fossiles. En effet, ce pays est le quatrième producteur de gaz naturel suivant les États-Unis, la Russie et l'Iran (4). Le Qatar est reconnu comme l'un des pays les plus prospères grâce à Hamad ben Khalifa Al Thani qui fut au pouvoir entre 1995 et 2013 (5). Cet émir a effectivement contribué à l'émergence de son pays par l'implantation de nombreuses institutions, par de nombreuses réformes du système politique et par son ouverture aux relations politiques et économiques à l'étranger.

Un pays influent

En septembre 2014, le Trésor américain a dévoilé un rapport contenant des enquêtes sur le financement de groupes terroristes, dont l'État islamique et Al-Qaïda (6). Ce document révèle que le Qatar serait l'un des grands donateurs de l'EI. Il y est dévoilé que de nombreux Qatariens financent ce groupe terroriste afin d'aider des individus à travers le monde à rejoindre les djihadistes de l'EI. Parmi l'un des bénéficiaires de cette aide se retrouve Djihad John, un des bourreaux se retrouvant dans les vidéos de décapitations par l'EI, ainsi que d'autres Britanniques qui par cette aide ont réussi à se rendre en Syrie pour combattre auprès des djihadistes. De plus, ce financement contribue à aider ce groupe terroriste à accueillir les combattants étrangers ainsi qu'à armer ces derniers. Ce rapport met aussi en lumière que près de 2 millions de dollars ont été remis par des donateurs provenant du Qatar à des membres de l'EI en Syrie. Cette somme a été versée à la seule condition que l'argent soit utilisé à fin d'opération militaire seulement.

Dans un document sur le terrorisme émis par le département d'État américain se retrouvent de nombreuses critiques à l'égard du manque de vigilance de l'État qatarien (7). Ce rapport révèle en effet que les lois contre le blanchiment d'argent et le financement de groupe ne sont qu'illusion puisque leur application n'est pas démontrée. Les enquêtes et les sanctions de la part des autorités qatariennes sont jugées comme étant peu sévères puisque, jusqu'à présent, des fonds sont détournés du Qatar vers la Syrie, et ce, par des membres du pouvoir qatarien.

Parmi les noms figurant dans ce rapport se trouve celui de Tariq Al-Harzi, l'un des gestionnaires du détournement de fonds du Qatar vers la Syrie et l'Irak pour des groupes terroristes de l'EI (8). De plus, on retrouve dans ce rapport le nom de Mohammed Al-Arifi, un imam radical expulsé du Royaume-Uni pour avoir préparé des jeunes au djihad. Cet homme a par la suite été invité à de nombreuses reprises au Qatar pour différents évènements organisés par les autorités qatariennes.

Une relation tendue entre le Qatar et les Occidentaux

Mis à part ce rapport, les États-Unis et le Qatar entretiennent de fortes relations politiques et économiques. En effet, les Américains sont les principaux fournisseurs représentant près de 14% des importations au Qatar (9). De plus, les relations entre ces deux pays s'étendent jusqu'au domaine militaire puisque la plus grande base militaire des États-Unis se retrouve au Qatar (10). Les autorités qatariennes ont aussi effectué, en juillet 2014, une transaction de près de 11 milliards de dollars avec leur allié de l'Occident pour l'achat de missiles et d'hélicoptères d'attaque. Selon certains analystes, le poids de cette relation semble prendre le dessus sur les actes criminels du Qatar et le financement de groupes terroristes. Les États-Unis ont effectivement dénoncé ces actes dans ce rapport, mais ont très peu parlé des sanctions qu'ils imposeraient à leur allié du Moyen-Orient.

Toutefois, les autorités américaines tiennent à préciser que ce rapport a principalement été émis dans l'objectif d'aider le Qatar à identifier les donateurs locaux qui financent des groupes terroristes. Les États-Unis proposent plusieurs approches afin d'encadrer les transactions qui se font dans le territoire qatarien et de punir sévèrement les donateurs (11). De plus, une alliance est offerte au gouvernement qatarien pour combattre le terrorisme non seulement au Qatar, mais aussi dans les pays sources de terrorisme, soit la Syrie et l'Irak.

L'EI est une organisation terroriste qui possède une richesse grandissante de jour en jour. Les sources de revenus de ces groupes ne proviennent pas principalement des dons, mais plutôt d'actes criminels commis par les djihadistes (12). Ces derniers ont recours, entre autres, à la contrebande de pétrole revendu dans la région. Selon Ali Ediboglu, député turc d'opposition, certains rebelles de groupes djihadistes auraient vendu près de 800 millions de dollars de pétrole au gouvernement turc. L'ampleur du contexte entourant le terrorisme devient hors contrôle puisqu'il y a un grand manque de coopération entre États. Le soutien du Qatar dans ce combat contre le terrorisme est donc nécessaire, selon le gouvernement américain.

Les États-Unis ne sont pas les seuls aux prises avec ce dilemme. La France, un autre des principaux alliés du Qatar, rejette pour sa part toutes les accusations portées vers ce pays (13). Les autorités françaises, dont le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, appuient leur position par des enquêtes menées par leurs services de sécurité. Or, ceux-ci n'ont trouvé aucune preuve démontrant que le Qatar subventionne des terroristes. Encore une fois, de nombreux analystes expliquent cette position par les relations entre le Qatar et la France. Cette dernière considère non seulement le Qatar comme étant «un pays ami», mais aussi comme un partenaire d'affaires très important, et ce, dans plusieurs domaines.

Malgré certaines évidences, les pays alliés du Qatar sont timides à l'idée d'imposer des sanctions aux autorités qatariennes, puisque les dommages économiques qui en suivront seront très lourds. Pourtant, pendant ce temps, les preuves de ces financements aux groupes terroristes s'accumulent.




Références:

(1) CHAIGNE-OUDIN, Anne-Lucie. «Qatar», Les clés du Moyen Orient, 1 février 2010, [En ligne], http://www.lesclesdumoyenorient.fr/Qatar.html, 16 mars 2015.

(2) BORDELEAU, Stéphane. «Sunnites, chiites ou wahhabites ?», Radio-Canada, 1 février 2010, [En ligne], http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/actualite/att... 22 mars 2015.

(3) RTBF. «Qatar: une seule femme élue lors des élections municipales», Women Living Under Muslim Laws, 5 décembre 2011, [En ligne], http://www.wluml.org/fr/node/7123, 22 mars 2015.

(4) HERVE, Pierre-André. «Entretien avec Nidal Shoukeir - La politique étrangère du Qatar», Les clés du Moyen Orient, 28 octobre 2013, [En ligne], http://www.lesclesdumoyenorient.com/Entretien-avec... 16 mars 2015.

(5) France diplomatie. «Présentation du Qatar», 25 mars 2014, [En ligne], http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/qat... 16 mars 2015.

(6) Courrier international. «Qatar. Le Club Med des terroristes», 30 septembre 2014, [En ligne], http://www.courrierinternational.com/article/2014/... 16 mars 2015.

(7) Loc. cit.

(8) Loc. cit.

(9) France diplomatique. Op. cit.

(10) CALDICHOURY, Arnaud. «Qatar. Le Club Med des terroris Le Qatar : "valet des Américains" ou "club Med des terroristes" ?», 15 janvier 2015, [En ligne], http://www.challenges.fr/economie/20150113.CHA2188... 16 mars 2015.

(11) P. BOGHARDT, Lori. « Qatar and ISIS Funding: The U.S. Approach», The Washington Institute for Near East Policy, août 2014, [En ligne], http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis... 11 avril 2015.

(12) Le Grand Soir. «Le Qatar Les alliés des États-Unis financent et soutiennent le groupe djihadiste de l'EIIL/ISIS !», 29 août 2014, [En ligne], http://www.legrandsoir.info/les-allies-des-etats-u... 11 avril 2015.

(13) Agence France Presse. «Le Qatar ne finance pas le terrorisme, soutient Paris», La Presse, 21 janvier 2015, [En ligne], http://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/... 16 mars 2015.

Dernière modification: 2015-04-13 07:50:27

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