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11 octobre 2014

L'arbre qui cache la forêt


Khalid Adnane
économiste,
enseignant à l'École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




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Au fil du temps

Depuis quelques années, les Émirats de Dubaï et du Qatar exercent une fascination presque démesurée chez nombre d'observateurs, et pour cause. Des projets grandioses quasi pharaoniques y ont vu le jour : la presqu'île artificielle en forme de palmier (Plam Islands) ou encore Burj Khalifa, l'immeuble le plus haut au monde, en sont de bons exemples. Il y a aussi les prises de contrôle que ces deux Émirats ont effectué dans des entreprises un peu partout dans le monde (notamment dans les équipes européennes de soccer) et surtout, l'afflux sans précédent d'investisseurs financiers qui raffolent de tout ce qui s'y passe.

Cependant, cette réussite économique ne reflète nullement la réalité des autres économies du monde arabe et demeure encore très localisée et plutôt singulière. Plus encore, le poids que représente le monde arabe dans l'espace économique mondialisé demeure assez marginal et a peu progressé depuis les années 80, surtout lorsqu'on le compare aux avancées réalisées dans les autres régions du monde, notamment l'Asie.

Beaucoup de disparités

Le premier constat à dresser est la très grande hétérogénéité des économies arabes. En effet, personne ne s'étonnera d'apprendre que dans ce groupe, ce sont les pays exportateurs de pétrole qui détiennent le plus haut classement en termes de richesse. Par exemple, l'Arabie saoudite, avec un PIB de plus de 900 milliards $ PPA (parité de pouvoir d'achat), représente à elle seule plus de 26 % de l'ensemble des 22 économies du monde arabe. En comparaison, le poids économique des Émirats arabes unis dans ce groupe se situe à 8 %, celui du Qatar à 6 %, celui de la Tunisie à 3 % et enfin, celui du Liban à moins de 2 % (FMI, World Economic Outlook Database, 2014).

Ces disparités apparaissent à nouveau lorsqu'on examine la richesse exprimée individuellement. Ainsi, les citoyens du Qatar occupent la première place du groupe avec un PIB per capita avoisinant les 110 000 $ PPA. Ils sont suivis, sans grande surprise, par les citoyens des Émirats arabes unis avec un revenu de plus de 50 000 $ PPA, alors que le revenu médian du groupe franchit à peine les 10 000 $ PPA et que des pays comme l'Égypte ou le Maroc ont un revenu par habitant d'à peine 6000 $ PPA.

Peu de diversification

On comprendra que ces disparités sont étroitement liées à la structure économique de ces différents pays et que dans celle-ci, la variable «pétrole» est déterminante. Premièrement, tous les pays du groupe sont peu diversifiés et leur économie repose principalement sur les exportations de produits miniers, agricoles et d'énergie. Elles continuent de représenter, encore aujourd'hui, plus des trois quarts de l'ensemble des exportations du groupe.

Deuxièmement, tous les pays non exportateurs de pétrole dans le groupe, sans exception, présentent des déficits chroniques de la balance courante depuis 1980 (au moins). En fait, aucun pays non exportateur de pétrole n'a présenté une balance courante équilibrée ou excédentaire depuis cette période. C'est assez significatif sur le poids de la variable «pétrole» dans toute la dynamique économique de ce groupe de pays.

Autre fait intéressant, les économies du monde arabe comptent parmi les moins intégrées au monde. Certes, les rivalités et conflits politiques entre plusieurs pays ne font rien pour atténuer ce phénomène, au contraire, ils tendent à l'intensifier. D'ailleurs, plusieurs barrières tarifaires et non tarifaires persistent et limitent, par le fait même, la fluidité des échanges intra-arabes, si bien que ces derniers peinent à dépasser le 10 % des échanges globaux du monde arabe, alors que ce chiffre se situe à 60 % dans l'Union européenne.

Poids économique

Enfin, le poids économique du monde arabe a peu progressé depuis les années 1980. Il continue de jouer un rôle marginal, aujourd'hui encore, dans l'espace économique mondialisé. À preuve, la part de la richesse mondiale détenue par l'ensemble des pays arabes, qui était à environ 4 % en 1980, se situe encore au même niveau en 2014. Pendant cette même période, la Turquie, un pays voisin de la région, a vu sa part progresser de 30 %. Plus encore, l'Inde a vu son poids doubler dans l'économie mondiale, passant de 2,5 % à 6 % et celui de la Chine a littéralement explosé passant de 2,1 % à 16 %.

En ce sens, la fièvre économique qui touche certains endroits comme Dubaï et le Qatar est loin de toucher l'ensemble des économies arabes et que la vieille expression «l'arbre qui cache la forêt» n'aura jamais été aussi juste!



Dernière modification: 2015-03-16 13:53:38

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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