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11 novembre 2014

Le Venezuela de Nicolas Maduro: l'essoufflement d'une révolution


Louis Lalonde
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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décembre
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avril
1958
Début de la visite du vice-président américain Richard Nixon en Amérique latine

À la suite du décès de l'ancien président du Venezuela Hugo Chavez, le 5 mars 2013, Nicolas Maduro, alors vice-président, s'est vu confier le mandat de prendre les rênes du pays. Devenant chef du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) selon la volonté de Chavez, Maduro a accédé à la présidence par intérim le 8 mars 2013, avant que son élection ne le confirme dans ses fonctions le 14 avril de la même année. Cet ancien syndicaliste a ainsi reçu la lourde tâche de « combler le vide » laissé par son charismatique prédécesseur et poursuivre la révolution bolivarienne (1).

Une transition agitée

Dès son accession au pouvoir, Nicolas Maduro a connu des difficultés importantes. Malgré sa promesse de marcher dans les pas d'Hugo Chavez, il lui a été impossible de susciter un appui populaire aussi large. Maduro a donc atteint la présidence du Venezuela avec un faible mandat, ne récoltant que 50,66% du suffrage (2). De surcroît, cette reprise ardue du pouvoir exécutif par le socialiste a été bouleversée par des contestations de l'opposition, appuyées par les États-Unis, réclamant un recomptage. S'en suivirent des manifestations d'envergure dans les rues de la capitale, Caracas. D'importants dégâts matériels ainsi que l'assassinat de sept élus et militants chavistes ont été rapportés. Bien que la reconnaissance et le soutien de l'armée envers Nicolas Maduro ont été acquis dès l'annonce des résultats de la présidentielle (3), la société vénézuélienne reste aujourd'hui toujours aussi polarisée et agitée (4).

Alors que le Venezuela « traverse sa pire crise en plus d'une décennie (5) », le manque de charisme ainsi que plusieurs mauvaises décisions de Maduro empêchent une véritable stabilisation du pays. Bien que l'actuel président ait adopté le discours révolutionnaire bolivarien, « ce qui était magique dans la bouche de Chavez apparaît ridicule dans celle de Maduro » commente Stephen Launay, auteur et maître de conférence à l'université Paris-Est (6). Par conséquent, les tensions sociales contenues par la prestance de Chavez submergent le pays depuis la dernière élection présidentielle.

L'insécurité chronique a d'ailleurs amené les Vénézuéliens dans la rue, alors que, malgré les tentatives des socialistes, Caracas reste l'une des villes les plus dangereuses au monde et que la situation se dégrade à l'échelle nationale. Les manifestations à travers le pays ont été violemment réprimées par l'administration Maduro, ce qui a d'ailleurs été décrié par Amnistie internationale. L'émergence de milices pro-gouvernementales a aussi contribué au cycle de violence dénoncé (7).

Les contestations populaires sont aussi alimentées par des problèmes de corruption minant le Venezuela depuis plusieurs années. Voulant combattre ce fléau, Maduro a obtenu du Parlement une loi lui permettant de gouverner par décret, lui conférant un pouvoir d'action plus grand devant cette problématique. Toutefois, il semblerait bien que tout reste encore à faire. Un peu plus de 30 milliards de dollars en subventions ont été accordés à des entreprises inexistantes dans les deux dernières années et aucune enquête n'a été déclenchée, laissant bon train à la pratique (8).

Le Venezuela connaît aussi une sévère crise économique ajoutant à la déstabilisation du pays. Encore une fois, des signes avant-coureurs étaient perceptibles à la fin de la présidence de Chavez. Selon Carlos Romero, professeur en sciences politiques à l'Université centrale du Venezuela à Caracas, « dès l'année 2012 les indicateurs économiques laissaient présager la crise économique à venir (9) ». Cet État, dont 50% des revenus sont assurés par l'exportation pétrolière, est aujourd'hui affligé par une hausse d'inflation majeure de 63,4% (10). La stagnation du prix du pétrole et de la production nationale sont notamment responsables de la crise économique traversée par ce pays membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP). Le manque de devises et la chute du pouvoir d'achat du Venezuela provoquent actuellement des manques chroniques de biens de consommation, venant par le fait même souffler sur les braises de la colère populaire (11).

Une politique étrangère calquée

Une politique étrangère particulièrement active a caractérisé la présidence de Nicolas Maduro depuis son entrée en fonction. Toujours dans la continuité des efforts déployés par son mentor, celui-ci applique une politique étrangère calquée sur celle d'Hugo Chavez. Ce suivisme est d'abord observable par la préservation des mêmes acteurs politiques ayant composé l'équipe en charge de la diplomatie avant l'arrivée de Maduro à ses fonctions présidentielles. Ainsi, Elías Jaua est toujours ministre des Relations internationales, poste qu'il occupe depuis 2000, soit dès les débuts des gouvernements bolivariens. Cette stratégie permet de garder le consensus autour de l'utilisation des relations extérieures pour légitimer la politique intérieure (12).

Cet autre élément clé de la politique étrangère vénézuélienne a été particulièrement mis à contribution alors que le pays est secoué de l'intérieur par des crises sociale et économique. Par un activisme diplomatique très entreprenant et le rappel de son statut légal au sein d'organisations internationales, l'administration actuelle du pays a contribué à son maintien au pouvoir (13).

Un autre aspect marquant de la politique extérieure de Maduro consiste dans le maintien d'une diplomatie sud-sud. Se rapprochant d'acteurs tels que la Russie et la Chine, le Venezuela préserve une approche radicale, tiers-mondiste et perturbatrice. Il conteste ouvertement les politiques des pays développés, plus particulièrement les États-Unis. Favorisant toujours ses partenaires régionaux, le président a tout de même ouvert sa politique étrangère à d'autres États afin de trouver de nouveaux partenaires pour atténuer les effets de la crise économique à l'interne. Cela a aussi donné un plus grand poids politique à l'administration bolivarienne dans sa lutte contre l'établissement d'une scène internationale dominée par les pays les plus développés (14).

Une révolution en perte de vitesse

Le bilan des débuts de la présidence de Nicolas Maduro en laisse plusieurs perplexes, notamment en ce qui a trait à sa reprise de la révolution bolivarienne. Emiliana Duarte, analyste et blogueuse sur Caracas Chronicles, soutient à ce propos que le président a passé la plus grande partie de sa jeune gouvernance « [...] à essayer de limiter les dégâts, à essayer de contrôler les diverses factions du gouvernement Chavez qui étaient auparavant sur la même longueur d'onde (15) ».

L'actuel gouvernement du Venezuela est aussi fortement critiqué par ses opposants qui l'accusent de dérives dictatoriales. La gestion musclée du président des épisodes de convulsions de la société vénézuélienne est au coeur d'une telle critique (16). De plus, le support populaire aux troupes de Maduro semble aussi s'effriter, alors que le président chaviste a connu une chute d'approbation importante depuis son élection, ayant maintenant un appui à 30,2% au sein de la population. D'ailleurs, la gouvernance du dirigeant est assombrie par une perception défavorable à 80,1% (17).

La situation actuelle du pays, ayant à sa tête un dirigeant qui peine à reporter la révolution à caractère socialiste des dernières années, vient en quelque sorte démontrer les limites du projet chaviste. Aujourd'hui affligé par une « économie de pénurie », le Venezuela semble stagner. Après avoir profité de ses immenses ressources pétrolières pour soutenir les politiques sociales des révolutionnaires bolivariens, l'ensemble du modèle étatique du PSUV est remis en question (18). Si certains entrevoient la fin d'un « socialisme pétrolier », il est assurément possible de questionner la viabilité de la révolution bolivarienne (19).




Références:

(1) AGENCE FRANCE-PRESSE. « Qui est Nicolas Maduro, le successeur d'Hugo Chavez? », Huffington Post, [En ligne], 6 mars 2013, http://www.huffingtonpost.fr/2013/03/05/nicolas-ma... (page consultée le 1 novembre 2013).

(2) ALLEMANDOU, Ségolène. « Nicolas Maduro, le nouveau gardien de la « révolution bolivarienne » », France 24, [En ligne], 15 avril 2013, http://www.france24.com/fr/20130415-nicolas-maduro... (page consultée le 1 novembre 2013).

(3) JEAN, Gisèle. « Venezuela de l'après-Chavez, une transition difficile », Éditions du Croquant, vol. 2, no. 24, février 2013, p. 114.

(4) BÉRUBÉ, Nicolas. « Un an après Chavez : le Vénézuela plus « polarisé » », La Presse, [En ligne], 5 mars 2014, http://www.lapresse.ca/international/amerique-lati... (page consultée le 1 novembre 2014).

(5) Ibid.

(6) ALLEMANDOU, Ségolène, op. cit.

(7) SCHÜLER, Stephanie. « Un an après son arrivée au pouvoir, Maduro face à la crise », RFI, [En ligne], 18 avril 2014, http://www.rfi.fr/ameriques/20140418-venezuela-an-... (page consultée le 1 novembre 2014).

(8) BÉRUBÉ, Nicolas, op. cit.

(9) SCHÜLER, Stephanie, op. cit.

(10) REUTERS. « Venezuela's Maduro Approval Rating Drops to 30 Percent, Poll Says », [En ligne], 20 octobre 2014, http://wnd.infobaselearning.com.ezproxy.usherbrook... (page consultée le 1 novembre 2014).

(11) SCHÜLER, Stephanie, op. cit.

(12) BRUN, Élodie. « Une continuité à toute épreuve, la politique étrangère de Maduro », Sciences Po., [En ligne], 20 juin 2014, http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/une-conti... (page consultée le 1 novembre 2014).

(13) Ibid.

(14) Ibid.

(15) BÉRUBÉ, Nicolas, op. cit.

(16) SCHÜLER, Stephanie, op. cit.

(17) REUTERS, op. cit.

(18) JEAN, Gisèle, op. cit.

(19) SCHÜLER, Stephanie, op. cit.

Dernière modification: 2014-11-17 07:53:16

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