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18 novembre 2014

Élections en Ouzbékistan : une formalité pour le régime en place


Étienne Olivier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2016
Décès du président de l'Ouzbékistan, Islom Karimov

décembre
1991
Création de la Communauté des États indépendants

Des élections législatives sont fixées au 21 décembre 2014 en Ouzbékistan, le pays le plus enclavé du monde. Riche en hydrocarbures, cette ex-république soviétique est dominée depuis plus de vingt ans par le président Islam Karimov, une situation qui ne risque guère de changer pour le pays le plus peuplé d'Asie centrale (1).

Une domination sans réelle opposition

Le 10 octobre 2014, la Commission centrale électorale a autorisé la participation de quatre partis politiques qui convoiteront 135 des 150 sièges de la Qonunchilik palatasi, la Chambre basse du Parlement ouzbek (2). Les 15 derniers sièges sont réservés d'office au Mouvement écologique d'Ouzbékistan, qui représente près d'une centaine d'associations et d'organisations non-gouvernementales (ONG) (3). La plupart des observateurs internationaux le considèrent comme une organisation pro-Karimov (4).

La campagne actuelle met en scène les mêmes formations politiques qu'aux élections précédentes (5). Il y a d'abord le Parti libéral-démocrate (UzLiDeP), le parti des entrepreneurs et des gens d'affaires du pays. Vient ensuite le Parti populaire démocrate (PDPU), ancien parti communiste, qui prétend défendre les intérêts des travailleurs. Le PDPU était dirigé jusqu'en 1996 par Karimov, date à laquelle il a choisi d'être « neutre et impartial en tant que Président de la République (6) ». Une autre formation est le Parti démocrate du renouveau national (Milliy Tiklanish), qui représente l'intelligentsia ouzbèke. Finalement, il y a le Parti social-démocrate, dit « Adolat » (Justice), qui a pour cheval de bataille la lutte contre la corruption et les « décadences morales » telles que la prostitution. Chaque parti avait officiellement soutenu la candidature de Karimov lors de la dernière élection présidentielle de 2007 (7).

Il n'existe pas de réelle opposition politique en Ouzbékistan. Les seuls partis légaux ont été créés avec le soutien du régime Karimov. Bien que les députés soient élus au suffrage universel direct, leur fonction n'est pas de proposer d'autres visions politiques, mais plutôt de représenter les différentes couches de la société ouzbèke. De fait, les seuls vrais partis d'opposition qu'a connus l'Ouzbékistan, « Erk » et « Birlik », ont été interdits par le gouvernement et leurs anciens dirigeants ont été emprisonnés ou condamnés à l'exil (8).

L'Ouzbékistan possède un régime présidentiel très centralisé. Un coup d'oeil rapide sur le texte constitutionnel permet de comprendre à quel point le président ouzbek contrôle l'appareil d'État (9). Lui seul peut nommer et démettre les membres du gouvernement, les juges de la Cour suprême, le président de la Banque centrale, les gouverneurs des provinces, etc. Il peut, entre autres, dissoudre le Parlement et proclamer l'état d'urgence. En tant que commandant en chef des forces armées, le président possède également le pouvoir de déclarer la guerre. La liste des pouvoirs présidentiels semble illimitée.

Une démocratisation difficile

Depuis la chute de l'Union soviétique, l'évolution du régime ouzbek est marquée par la stagnation, voire même la régression en matière de démocratisation (10). Les réélections successives du président Karimov, dans des proportions allant jusqu'à la 95% des suffrages, démontrent un monopole du pouvoir politique digne de l'ère soviétique. Karimov a vite réduit au silence toute forme d'opposition politique réelle. L'information médiatique est filtrée par le régime, qui s'appuie également sur une police omniprésente pour maintenir son autorité.

Comme l'explique Thierry Kellner, docteur en relations internationales et enseignant à l'Université libre de Bruxelles et à l'Université de Genève, l'autoritarisme du président s'est renforcé après la vague de révolutions « multicolores » qui a traversé l'espace ex-soviétique depuis 2003 (11). Convaincu que cette vague démocratique fut induite par les États-Unis, le président Karimov a accéléré le rapprochement avec la Russie et la Chine. De plus, toutes les ONG occidentales ont été contraintes de cesser leurs activités.

La répression de Karimov a atteint un sommet lors du massacre d'Andijan, en mai 2005. L'armée avait alors ouvert le feu sur des centaines de manifestants, considérés comme des islamistes radicaux par le gouvernement. Cet épisode a contribué à l'isolement diplomatique et commercial de l'Ouzbékistan sur la scène internationale. Isolement qui risque de perdurer malgré l'élection présidentielle d'avril 2015 qui n'aura vraisemblablement aucun impact sur la scène politique ouzbèke.




Références:

(1) Université Laval. « Ouzbékistan », CEFAN, [En ligne], 17 septembre 2010, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/ouzbekistan.htm (Page consultée le 16 novembre 2014)

(2) Ministry of Foreign Affairs of the Republic of Uzbekistan. « Uzbekistan's All Political Parties Granted Access To Elections », Ministry of Foreign Affairs of the Republic of Uzbekistan, [En ligne], 10 octobre 2014, http://mfa.uz/en/press/elections/2014/10/2584/ (Page consultée le 16 novembre 2014)

(3) Farida CHARIF. « Élections législatives en Ouzbékistan : Dans l'attente du second tour », Revue Regard sur l'Est, [En ligne], 1er janvier 2010, http://www.regard-est.com/home/breve_contenu.php?i... (Page consultée le 16 novembre 2014)

(4) Union interparlementaire. « Ouzbékistan », PARLINE : base de données sur les parlements nationaux, [En ligne], 2012, http://www.ipu.org/parline-f/reports/1343_E.htm (Page consultée le 16 novembre 2014)

(5) Farida CHARIF, op. cit.

(6) Loc. cit.

(7) Union interparlementaire, op. cit.

(8) France Diplomatie. « Présentation de l'Ouzbékistan », Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, [En ligne], 18 septembre 2014, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/ouz... (Page consultée le 16 novembre 2014)

(9) The Governmental portal of the Republic of Uzbekistan, « Powers of the President », The Governmental portal of the Republic of Uzbekistan, [En ligne], 2014, http://www.gov.uz/en/president/1216 (Page consultée le 16 novembre 2014)

(10) Thierry Kellner. « Évolution des régimes politiques d'Asie centrale : dérive autoritaire, violences politiques et perspectives incertaines », Diploweb, [En ligne], octobre 2006, www.diploweb.com/forum/asiecentr06102.htm (Page consultée le 16 novembre 2014)

(11) Loc. cit.

Dernière modification: 2014-11-24 07:46:45

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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