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4 novembre 2014

Élections législatives en Tunisie : une victoire du parti laïc Nidaa Tounès


Samuel Sauvé
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

janvier
2011
Démission du président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali

avril
2002
Attentat terroriste en Tunisie

février
2000
Manifestations et grèves en Tunisie

août
1992
Début de procès collectifs en Tunisie

novembre
1987
Destitution du président tunisien Habib Bourguiba

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

décembre
1983
Déclenchement des émeutes du pain en Tunisie

janvier
1978
Déclenchement d'une grève générale en Tunisie

janvier
1974
Dévoilement des accords de Djerba entre la Tunisie et la Libye

juin
1967
Émeutes à Tunis

mai
1963
Adoption d'une réforme agraire en Tunisie

mai
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

juillet
1961
Crise de Bizerte, en Tunisie

mars
1956
Proclamation de l'indépendance de la Tunisie

Le 26 octobre 2014, des élections législatives ont eu lieu en Tunisie. En effet, les électeurs se sont rendus aux urnes pour une seconde fois depuis la révolution tunisienne qui avait forcé le départ du président Zine El-Abidine Ben Ali, en 2011(1). La chute de cet ex-dictateur avait permis la création d'une Assemblée constituante élue qui a porté au pouvoir le parti islamiste Ennahda. Ce dernier avait remporté 90 sièges sur 216, soit 41,47% des élus(2). Tel que prévu par la nouvelle loi électorale, les législatives sont caractérisées par un système proportionelle à un tour par circonscription.

Une victoire en demi-teinte

Selon les résultats préliminaires des élections législatives, le parti laïc Nidaa Tounès a remporté 85 sièges sur les 217 à pourvoir. Son principale rival, le parti islamiste Ennahda, a réussi à faire élire 69 de ses représentants(3). L'Union partriotique libre(UPL), parti du multi-millionaire Slim Riahi(4), est en voie de devenir la troisième force politique tunisienne avec 16 sièges, suivie de près par le Front populaire, avec 15 sièges(5).

Selon l'Instance supérieure indépendante pour les élections(ISIE), les législatives tunisiennes ont été marquées par un faible de taux de participation. En effet, 69% des électeurs inscrits sur les listes électorales auraient exercé leur droit de vote. En 2011, 84% des inscrits se seraient mobilisés pour élire l'Assemblée chargée d'écrire la nouvelle Constitution(6).

Dans la situation actuelle, Nidaa Tounès devra faire des alliances post-électorales puisqu'il est nécessaire d'obtenir l'appuie de la majorité absolue des membres du Parlement pour former le gouvernement. Selon la presse tunisienne, le meilleur scénario serait de voir une alliance entre Nidaa Tounès et Ennahda(7). Celle-ci garantirait un gouvernement stable pour les cinq prochaines années puisque ces partis rassemblent plus du deux tiers des élus. Malgré que plusieurs divergences idéologiques subsistent entre les deux partis, Béji Caïd Essebsi, le chef du parti arrivé en tête, n'a pas écarté cette option. De fait, Nidaa Tounès prône la laïcité et Ennahda est un parti islamiste. Toutefois, le parti Nidaa Tounès ne pourra pas compter sur le Front populaire, un coalition à gauche sur l'échiquier politique, en raison de son opposition au niveau économique(8)

Fondé en 2012, Nidaa Tounès est un parti composite regroupant plusieurs candidats avec des idéologies différentes qui se sont réunis sous la banière de la stabilité et l'expérience. On y retrouve des candidats de gauche que de droite. De plus, quelques membres avaient des fonctions importantes dans l'ancien régime de Ben Ali, dont Béji Caïd Essebsi(9).

Une présidentielle à l'horizon

La campagne électorale pour la présidentielle de novembre a déjà été amorcée. Sur 70 candidatures, 27 ont été retenues pour le premier tour de l'élection présidentielle qui se déroulera du 21 au 23 novembre prochain. Parmi elles, se retrouvent le président sortant Moncef Marzouki, la magistrate Kalthoum Kannou ainsi que Béji Caïd Essebsi, chef de Nidaa Tounès et ex-premier ministre, qui part favori dans cette course(10). La deuxième force politique tunisienne, Ennahda, n'a toujours pas présenté de candidat. Abdelhamid Jelassi, haut responsable de ce mouvement, a déclaré en entrevue: «Nous cherchons toujours un candidat qui va réaliser les objectifs de la révolution(11).»

Alors que le Yémen, la Libye, l'Égypte et la Syrie sont toujours dans des situations conflictuelles, la Tunisie représente l'espoir de voir la démocratie s'instaurer dans des États marqués par la domination de régimes autoritaires. Cependant, l'instabilité pourrait renaître dans le pays qui souffre toujours d'une économie fragile et d'un taux de chômage chronique, notamment chez les jeunes diplômés. Il est important de se rappeler que ces deux enjeux étaient au coeur des revendications lors du Printemps arabe(12).




Références:

(1)Le Monde, «Révolution du jasmin : une expression qui ne fait pas l'unanimité», en ligne le 17 janvier 2011, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2011/01/17/r... (page consultée le 1 novembre)

(2)OBERLÉ, Thierry, « 90 islamistes dans l'Assemblée constituante tunisienne», Le Figaro, en ligne le 27 octobre 2011, http://www.lefigaro.fr/international/2011/10/27/01... (page consultée le 1 novembre 2014)

(3)Instance supérieure indépendante pour les élections, « Communiqué de presse : l'ISIE annonce les résultats préliminaires des élections législatives», 30 octobre 2014, http://www.isie.tn/index.php/fr/2014-06-10-04-24-0... (page consultée le 1 novembre 2014)

(4)GAILLARD, Barthélémy, « Slim Riahi, le Berlusconi tunisien», Europe1, en ligne le 28 octobre 2014, http://www.europe1.fr/international/slim-riahi-le-... (page consultée le 1 novembre 2014)

(5)Instance supérieure indépendante pour les élections, Op. Cit.

(6)DEFORGE, Quentin et TARHOUNI, Nadia, « Nidaa Tounès en tête, recul de Ennahda : un pays en voie de bipolarisation?», OBS, en ligne le 30 octobre 2014 http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1266838-t... (page consultée le 1 novembre)

(7) AFP, « Tunisie : la presse s'interroge sur la future coalition après les législatives», en ligne le 29 octobre 2014, http://www.huffpostmaghreb.com/2014/10/29/tunisie-... (page consultée le 1 novembre 2014)

(8) Loc. Cit.

(9) Express, «Législatives en Tunisie : le parti laïc Nidaa Tounàs remporte les élections», en ligne le 30 novembre 2014, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/leg... (page consultée le 1 novrembre 2014)

(10) GHARBI, Aymen, «Elections en Tunisie: Kennou, Zenaidi, Caïd Essebsi ou Marzouki, les candidats donnent le tempo de la campagne présidentielle», HuffPost Tunisie, en ligne le 3 novembre 2014, http://www.huffpostmaghreb.com/2014/11/03/candidat... (page consultée le 3 novembre 2014

(11) Loc. Cit.

(12) HuffPost Tunisie, « Tunisie : début de la campagne présidentielle», en ligne le 1 novembre 2014,http://www.huffpostmaghreb.com/2014/11/01/tun... presidentielle_n_6086080.html, (page consultée le 3 novembre 2014)

Dernière modification: 2014-11-11 15:10:07

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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