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4 novembre 2014

Un exil forcé pour les Rohingyas


Jean-Philippe Doyon
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

novembre
2017
Déclaration des Nations unies sur la situation des Rohingyas au Myanmar (Birmanie)

novembre
2015
Élection au Myanmar (Birmanie) de la Ligue nationale pour la démocratie

avril
2012
Élection d'Aung San Suu Kyi à l'Assemblée du peuple au Myanmar (Birmanie)

novembre
2010
Libération d'Aung San Suu Kyi au Myanmar (Birmanie)

mai
2008
Cyclone au Myanmar (Birmanie)

septembre
2007
Début des manifestations de moines bouddhistes au Myanmar (Birmanie)

septembre
1988
Renversement du gouvernement de Maung Maung en Birmanie (Myanmar)

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

mars
1962
Renversement du gouvernement de U Nu en Birmanie (Myanmar)

novembre
1961
Entrée en fonction de U Thant au poste de secrétaire général des Nations unies

septembre
1961
Ouverture d'une conférence des pays non-alignés à Belgrade

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

janvier
1948
Proclamation d'indépendance de l'Union birmane

Loin des yeux des médias internationaux, une situation précaire pour une communauté musulmane a atteint son paroxysme dans les dernières semaines. Le 27 octobre 2014, l'Arakan Project, une organisation non gouvernementale (ONG) de la Birmanie, a rapporté que près de 10 000 Rohingyas, une minorité musulmane du pays, auraient fui par bateau en deux semaines, un chiffre sans précédent.

Une histoire mouvementée

Considéré par l'Organisation des Nations unies comme l'une des minorités les plus persécutées sur la planète (1), ce groupe vivant en Birmanie remonterait aux colonisations de l'Asie du Sud-Est. Les hypothèses varient : « Pour certains historiens, ils viennent de l'Arakan (en Birmanie) ; d'autres les voient en descendants de commerçants et de soldats arabes, mongols, turcs, bengalis, voire portugais et convertis à l'islam au XVe siècle (2). »

Le gouvernement prétend qu'ils seraient liés à une politique d'immigration britannique pour mieux diviser la région. En 1982, cette interprétation sert les intérêts du général Ne Win qui mène une politique « de nationalité » en classant les ethnies de la Birmanie sous le terme « races nationales », « c'est-à-dire à celles qui étaient présentes sur le territoire avant 1823, date de l'arrivée des colons britanniques (3) ». Selon cette interprétation, les Rohingyas ne tombent pas dans cette catégorie, les rendant apatrides. Dans le dernier recensement, ils avaient la possibilité de devenir citoyens de la Birmanie s'ils acceptaient de se classifier comme Bengalis de langue, ce qui était inacceptable.

Les Rohingyas sont musulmans et représenteraient environ 800 000 à 1,3 million d'habitants sur l'ensemble de la population de la Birmanie. Ils sont présents dans la région de l'Arakan(ou Rakhine) où ils sont la cible d'hostilité de la part de la majorité bouddhiste. Ils subissent de nombreuses formes de taxations arbitraires, confiscations de terres, évictions forcées ainsi que destructions de propriété(4). Le but premier de ces politiques, supportées par le gouvernement depuis 1962, était de nettoyer les groupes ethniques de la Birmanie. En juillet 1991, une autre campagne du gouvernement a mené à la fuite de près de 250 000 Rohingyas(5). On estime qu'au total : « Les violences entre bouddhistes de la minorité rakhine et Rohingyas ont fait depuis 2012 dans l'État Rakhine plus de 200 morts et 140 000 déplacés (6).»

Cette situation s'est aggravée avec la menace d'Al-Qaïda de s'étendre vers l'Asie du Sud-Est, menant à des arrestations sous le prétexte de lutte contre le terrorisme (7). Le Projet Arakan dénonce des peines de cinq ans de prison et des actes de tortures pour ce groupe. (8)

Devant cette situation en Birmanie, les Rohingyas n'ont d'autre choix que de fuir le pays et leur exil ne fait qu'empirer. La Thaïlande, le Bangladesh ainsi que la Malaisie sont les principaux pays où ils s'exilent. Malheureusement, leur situation d'apatride rend leur arrivée en grand nombre très compliquée. Par exemple, la Thaïlande ne les accepte que pour 6 mois (9). Des allégations de traite humaine et de mauvais traitements touchent la Thaïlande et la Malaisie, un des pays qui les acceptent (10). Les terres d'accueil sont rares.

Un pays en transition démocratique

Malgré cette situation dans la région d'Arakan, la Birmanie est dans une période de changement depuis quelques années. La libération de la dissidente Aung San Suu Kyi en 2012 a été perçue par la communauté internationale comme un vent de fraîcheur sur l'ancien régime de la junte militaire. De nombreuses réformes ont été apportées par le gouvernement : «Depuis deux ans, certaines lois répressives ont été abolies. La presse s'est libérée de la censure, les manifestations sont désormais autorisées et des centaines de prisonniers politiques ont été libérés (11). » Par contre, la junte détient 25 % des sièges du Parlement, ce qui limite grandement les possibilités de changements. Même si, avec la levée des embargos contre le régime, l'économie de ce pays est dans une période de croissance : «La Birmanie a enregistré en 2013 une croissance de 6,8 %, soit une accélération après les 4,9 % obtenus en moyenne les cinq années précédentes (12). »

Par contre, comme nous l'avons vu, la situation religieuse de la Birmanie n'inspire pas la confiance. Les vagues de violence et d'exil des Rohingyas commencent à attirer l'attention internationale de certaines ONG et entravent la possibilité de changement dans la région.




Références:

(1) «Birmanie: exode «sans précédent» des Rohingyas», La Presse, 27 octobre 2014, http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/... (3 novembre 2014)

(2) MOHAMED, Warda. «Des apatrides nommés Rohingyas», Le Monde diplomatique, novembre 2014, http://www.monde-diplomatique.fr/2014/11/MOHAMED/50923, (3 novembre 2014)

(3) Ibid.

(4) « Discrimination against Rohingyas in Myanmar», New Delhi Times, 27 octobre 2014, http://www.newdelhitimes.com/discrimination-agains... (3 novembre 2014)

(5) Ibid.

(6) MOHAMED, Warda, op. cit.

(7) «Birmanie: exode record des minorités musulmanes», RFI, 28 octobre 2014, http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20141028-birmanie... (3 novembre 2014)

(8) Ibid.

(9) «Birmanie : personne ne veut des réfugiés rohingyas», La Presse, 4 juin 2013, http://www.lapresse.ca/international/asie-oceanie/... (3 novembre 2014)

(10) DUBUS, Arnaud, «Rohingyas musulmans et Bangladais en Thaïlande, l'esclavage moderne », RFI, 15 octobre 2014, http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20141014-rohingya... (3 novembre 2014)

(11) LUSSATO, Céline, «Où en est le régime birman?», L'OBS Monde, 03 mai 2013, http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130503.OBS8... (3 novembre 2014)

(12) «Présentation de la Birmanie», France Diplomatie, 13 octobre 2014, http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/bir... (3 novembre 2014)

Dernière modification: 2014-11-10 07:38:47

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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