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30 septembre 2014

L'ère nouvelle de Matteo Renzi en Italie


Sofie Lafrance
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Tenue d'élections au Parlement européen

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Élection en Italie d'un gouvernement dirigé par Silvio Berlusconi

L'arrivée de Matteo Renzi au pouvoir en Italie est synonyme de changements radicaux pour les structures économiques et politiques du pays. Depuis février 2014, Matteo Renzi est chef du Parti démocrate italien et occupe, par le fait même, la fonction de premier ministre d'Italie. Reconnu comme jeune et fougueux, il a réussi avec brio à obtenir la confiance nationale et à gagner en popularité auprès du reste de l'Europe (1).

Une lutte acharnée vers le sommet

Matteo Renzi devient premier ministre d'Italie à l'âge de 39 ans seulement. Il incarne la nouveauté et le progrès tout au long de la lutte qu'il mène pour devenir chef du Parti démocrate (2). Il est qualifié d'acteur politique charismatique, direct et vif. Renzi n'est effectivement pas passé par plusieurs détours pour mener une campagne agressive contre l'ex-premier ministre Enrico Letta. Il dénonçait ses idées et positions, les jugeant dépassées et impertinentes pour le Parti démocrate italien (3).

Depuis 2009, Matteo Renzi est maire de la ville de Florence. Il devient secrétaire général du Parti démocrate en 2013 (4). Cette même année, Renzi démontre son fort intérêt pour devenir premier ministre de l'Italie. Pour ce faire, il acquiert d'abord le poste de secrétaire général du Parti démocrate sous Letta. Constatant l'impuissance de celui-ci dans la gestion du gouvernement, Renzi revendique un vote de défiance auprès de la direction du Parti démocrate, en février 2014 (5). Celle-ci se montre favorable à ce vote et Letta se voit dans l'obligation de remettre sa démission. Il cède ainsi son rôle de chef de parti à Matteo Renzi.

Des accomplissements hâtifs

Matteo Renzi est un homme de gauche progressiste misant sur l'égale représentation des classes sociales, sans toutefois être radical (6). Selon le professeur universitaire Giuseppe Sacco : « Renzi s'est lancé dans cette aventure parce qu'il était conscient du fait qu'il fallait tout d'abord, dans un pays qui a connu un énorme progrès social jusqu'aux environs de 1980 avant que la tendance ne s'inverse, faire rentrer la gauche dans son rôle, et lui donner à nouveau sa composition naturelle, en termes d'aires culturelles et de couches sociales représentées (7). »

Depuis son arrivée au poste de premier ministre de l'Italie, Matteo Renzi a accompli plusieurs avancées politiques, économiques et sociales. En politique, il a d'abord créé une nouvelle loi électorale qui enraye la fragmentation partisane et encourage les gouvernements de coalition (8). Ceux-ci sont stables, car ils sont plus enclins à posséder une majorité au Parlement. Ensuite, il a mis en branle une réforme du Sénat et a abordé le projet d'abolition de celui-ci. À présent, le bicaméralisme absolu, qui donne les mêmes pouvoirs législatifs aux deux chambres, est aboli, ce qui accélère le processus législatif (9). Enfin, une réforme de l'administration est en vigueur depuis juin 2014 et une réforme de la justice est actuellement en développement (10).

Au niveau économique, Matteo Renzi reconnaît l'importance des relations économiques avec la Chine. Cette relation bilatérale avait été négligée par les gouvernements précédents (11). De plus, Renzi dénonce fortement la corruption et les ravages que laisse la mafia italienne sur l'économie nationale (12). Il a effectivement été en mesure de faire arrêter et condamner plusieurs criminels qui occupaient de hautes fonctions publiques (13).

En ce qui a trait aux réformes sociales, Matteo Renzi s'est engagé à investir 3,5 milliards d'euros dans le secteur de l'éducation, car il s'agit d'un enjeu qui lui est cher (14). Enfin, il désire modifier l'article 18 du Code du travail italien, qu'il considère comme un frein à l'emploi et qui restreint l'accès au travail pour une majeure partie de la population (15).

Un gain de confiance graduel

Lorsque Matteo Renzi est arrivé à la tête du Parti démocrate italien, plusieurs analystes se sont prononcés sur ses aptitudes de politicien. Susanna Camusso, directrice de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), accuse Renzi d'adopter une attitude à la Margaret Thatcher lorsqu'il est question de la modification de l'article 18 du Code du travail (16). De plus, Marcelle Padovani, journaliste pour la revue de gauche le Nouvel Observateur, a suivi de près l'avancement de Renzi. Elle juge que celui-ci est inexpérimenté en politique, qu'il n'a aucune idée de ce qu'est un ministère et de l'importance des relations italiennes avec le reste de l'Europe (17). Elle remet en doute son efficacité et sa capacité à être chef du Parti démocrate et premier ministre à la fois.

En raison de la crise financière qui affecte l'Italie, la revue The Economist critique pour sa part les idées proposées par Renzi pour réduire le budget de 2015. Selon elle, aucune solution réelle ne permettrait à Renzi d'atteindre son objectif budgétaire de réduction de 20 milliards d'euros pour 2015 (18). Elle critique également les plans de privatisations italiens et l'absence de promotion du libre-échange avec des pays étrangers (19).

Enfin, plusieurs autres analystes s'entendent sur les bienfaits qu'apporte Renzi à la politique italienne. Selon le journal Le Figaro, Renzi a réussi à économiser trois milliards d'euros sur les taux d'intérêt des Trésors italiens depuis janvier 2014 (20). Le Figaro estime également que la jeunesse et l'énergie de Renzi sont bénéfiques à l'Italie, car elles lui permettent de gagner la confiance des dirigeants étrangers (21). Enfin, selon Giuseppe Sacco, Renzi est synonyme d'espoir, d'audace et de changement pour l'Italie (22). Il juge que cet homme est là où il devrait être et qu'il demeurera dans le paysage politique italien pour longtemps.

En conclusion, les élections européennes de mai 2014 ont permis de démontrer l'intérêt de la communauté européenne et italienne pour la personnalité et les idées de Matteo Renzi. Le Parti démocrate a effectivement remporté ces élections avec 40,8% des suffrages, ce qui ne s'était pas vu en Italie depuis 1984 (23). Il est ainsi possible d'entrevoir le désir collectif italien d'un retour vers la gauche progressiste, figure que Renzi sait s'approprier.




Références:

(1) BARBIERI, Pierpaolo. « Matteo Renzi Makes Reform Popular in Italy », The Huffington Post et Bergrruen Institute on Governance, 9 août 2014. [Article en ligne], http://www.huffingtonpost.com/pierpaolo-barbieri/m... (Page consultée 27 septembre 2014).

(2) PADOVANI, Marcelle. « Italie. Matteo Renzi, "Berlusconi Light", et futur Premier ministre? », Le Nouvel Observateur, 13 février 2014, [Article en ligne], http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20140213.OBS6... (Page consultée 27 septembre 2014).

(3) Ibid.

(4) DE SANTIS, Gaël. « L'ascension de Matteo Renzi, l'homme du putsch de velours », Humanité.fr, 26 février 2014, [Article en ligne], http://www.humanite.fr/monde/l-ascension-de-matteo... (Page consultée 27 septembre 2014).

(5) Le Point. « Italie : Matteo Renzi détrône Enrico Letta », Le Point.fr, 14 février 2014, [Article en ligne], http://www.lepoint.fr/monde/italie-matteo-renzi-de... (Page consultée 27 septembre 2014).

(6) LÉGARÉ-TREMBLAY, Jean-Frédéric. « Nouveau visage, vieux système », Le Devoir, 6 août 2014, [Article en ligne], http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... (Page consultée 27 septembre 2014).

(7) SACCO, Giuseppe. « Italie. Le scandale de l'espoir », Commentaire, 2014, vol. 3, no 147, p. 514.

(8) Ibid., p. 518.

(9) Ibid., p. 519.

(10) RIDET, Philippe. « Matteo Renzi : "Changer l'Italie pour changer l'Europe" », Le Monde, 31 mai 2014, [Article en ligne], http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/201... (Page consultée 27 septembre 2014).

(11) SACCO, Giuseppe. Op. cit., p. 511.

(12) DE GASQUET, Pierre. « Ça se passe en Europe : Matteo Renzi tance la mafia? et se fait tancer par Roberto Saviano », Les Echos.fr, 16 septembre 2014, [Article en ligne], http://www.lesechos.fr/monde/europe/0203777273077-... (Page consultée 27 septembre 2014).

(13) SACCO, Giuseppe. Op. cit., p. 516.

(14) TOSSERI, Olivier. « La bonne école rêvée par la Matteo Renzi », L'Opinion, 15 septembre 2014, [Article en ligne], http://www.lopinion.fr/15-septembre-2014/bonne-eco... (Page consultée 27 septembre 2014).

(15) HEUZÉ, Richard. « Matteo Renzi croise le fer avec les syndicats », Le Figaro, 22 septembre 2014, [Article en ligne], http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/09/22/2000... (Page consultée le 27 septembre 2014).

(16) Ibid.

(17) PADOVANI, Marcelle. Op. cit.

(18) The Economist, « Renzi Redux », 20 septembre 2014, [Article en ligne], http://www.economist.com/news/europe/21618897-ital... (Page consultée 27 septembre 2014).

(19) Ibid.

(20) BOUILHET, Alexandrine. « La Renzimania gagne l'Europe », Le Figaro, 29 juin 2014, [Article en ligne], http://www.lefigaro.fr/mon-figaro/2014/06/29/10001... (Page consultée 27 septembre 2014).

(21) Ibid.

(22) SACCO, Giuseppe. Op. cit., p. 514.

(23) PADOVANI, Marcelle. « Européennes : la victoire de Renzi, porté par l'état de grâce », Le Nouvel Observateur, 26 mai 2014, [Article en ligne], http://tempsreel.nouvelobs.com/elections-europeenn... (Page consultée 27 septembre 2014)

Dernière modification: 2014-10-05 15:29:50

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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