Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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23 September 2014

Présidentielle brésilienne 2014: une lutte plus serrée que jamais


Louis Lalonde
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

October
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

April
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

August
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

August
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

October
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

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Manifestations d'envergure au Brésil

October
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Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

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Présentation de la journée Live Earth

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2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

May
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Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

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Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

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1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

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1992
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March
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

January
1985
Élection de Tancredo Neves à la présidence du Brésil

January
1984
Création du Mouvement des Sans terre au Brésil

La prochaine élection présidentielle au Brésil aura lieu le 5 octobre 2014. Secoué par un ralentissement économique d'envergure et de grandes manifestations au cours de la dernière année, ce pays est marqué par une course à la présidence d'un nouveau genre. En effet, le Brésil qui a connu dans les 20 dernières années des luttes présidentielles essentiellement entre des représentants de deux partis politiques, est aujourd'hui le théâtre d'une campagne impliquant trois visages principaux (1).

Une présidentielle qui détonne avec le passé

Le Brésil est doté d'un système présidentiel. Pouvant gouverner sans avoir nécessairement l'appui de la branche législative, le président brésilien est élu au suffrage universel à deux tours (2). Le 5 octobre 2014, les électeurs du Brésil seront appelés aux urnes pour décider qui sera leur dirigeant ou dirigeante pour les quatre prochaines années.

Une des candidates est la présidente sortante Dilma Rousseff. Affiliée au Parti travailliste (PT) et de gauche syndicaliste (3), elle présente un programme qui est dans la continuité des actions entreprises sous sa gouvernance. Lors de ses apparitions médiatiques, la travailliste défend son bilan en soulevant que le chômage n'a jamais été aussi bas au Brésil avec un taux de 5%. Cette dernière se félicite aussi de l'essor de l'exploitation des réserves pétrolières offrant selon elle de nouvelles perspectives de développement (4). De plus, Rousseff argumente que son premier mandat « a posé les bases d'un nouveau cycle économique (5) ». Malgré la tourmente économique et sociale qu'a connue le Brésil dans la dernière année, l'ancien président Inacio Lula da Silva a réitéré son appui à celle qui lui a succédé, soutenant qu'elle était la personne à élire (6).

Une autre candidate en lice pour la présidence est Marina Silva. Cette dernière est apparue dans la course de manière plutôt imprévue, alors que le décès dans un accident d'avion du chef du Parti socialiste du Brésil (PSB) Eduardo Campos, le 13 août 2014 dernier, l'a placée à la tête du parti (7). Cette métisse du nord-ouest du Brésil est une environnementaliste (8), qui défend aussi un discours politique fortement teinté par sa ferveur religieuse chrétienne évangélique. Confrontée aux deux partis étant habituellement les seuls véritables prétendants à la présidence, Marina Silva se présente comme l'alternative permettant l'élaboration d'une nouvelle politique conciliant stabilité économique et justice sociale (9).

Un autre aspirant à la présidence est le candidat du Parti social-démocrate du Brésil (PSDB) Aecio Neves. Anciennement sénateur et gouverneur du second plus gros État du pays, le Minas Gerais, ce politicien de centre droit focalise sa campagne sur le sentiment d'insatisfaction dans la population. Ce mécontentement provient du faible rendement économique actuel à la suite d'une décennie qui a été si bénéfique pour la croissance du pays. Neves s'affiche comme étant pro-entreprises et se dit en faveur d'une réduction de la taille de l'État pour relancer une économie brésilienne quelque peu essoufflée (10).

Des opposants contrastant avec Dilma Rousseff

La soudaine montée de la socialiste Marina Silva en a étonné plus d'un. Cependant, certains n'y voient qu'une demi-surprise, alors que l'environnementaliste est loin d'être une ingénue en politique. Cela est attribuable à sa longue expérience au Sénat qui lui a permis de nouer plusieurs alliances politiques. Surnommée « la panthère », Marina Silva a su mener une campagne agressive, capitalisant sur une forte présence dans les médias sociaux et des attaques portées sans relâche à l'endroit de la présidente sortante qui fut contrainte à la défensive lors des débats télévisés. Silva a aussi comme avantage d'être l'une des seules personnes n'ayant pas été touchées par quelconque scandale de corruption lors des mandats de l'ex-président Lula, alors qu'elle était au ministère de l'Environnement de 2003 à 2010 (11).

Toutefois, Marina Silva pourrait perdre des plumes en raison de certaines positions personnelles en conflit avec son propre parti. Les sympathies de l'électorat chrétien à son égard, en raison de ses positions religieuses, se sont quelques peu effritées lorsqu'il a été découvert dans son programme que son parti était en faveur du mariage homosexuel et de l'avortement. S'opposant à son parti sur ces questions, Silva a simplement rayé la section du programme y faisant mention. De surcroît, les intentions de Silva suscitent toujours de grandes interrogations, alors que le déploiement de sa politique sociale reste encore très floue (12).

De son côté, Aecio Neves du PSDB a à son avantage la possibilité de miser à la fois sur son expérience et sa jeunesse. Petit-fils du politicien autrefois très aimé Tancredo Neves, il tente de miser sur ses succès politiques passés en tant que gouverneur, mais aussi sur une image de vigueur pour séduire un pays à la population très jeune. L'homme de centre droit peut aussi miser sur un fort appui de la communauté des affaires (13).

Par contre, Neves reste rattaché malgré lui à l'ancienne garde politique, ce qui vient morceler ses espoirs auprès de la jeunesse brésilienne. Aecio Neves est aussi très peu incisif à l'égard de Silva, laissant croire qu'il a abandonné la course à la présidence et ne prépare plus que son appui à l'environnementaliste au second tour (14).

Un résultat assurément serré

Actuellement, les sondages portent Rousseff en avance avec 35%, suivie de très près par Silva à 34%, puis de Neves qui s'éloigne de la tête avec plus que 14% (15). La faible avance de la présidente sortante s'inscrit dans un contexte de très grande volatilité politique, pouvant faire basculer la campagne. La seule résurgence d'allégations de corruption, chose commune au Brésil, serait suffisante pour remodeler les sondages (16). Cependant, l'éventualité d'un second tour, le 26 octobre 2014, semble de plus en plus probable entre la travailliste et l'environnementaliste.

L'élection présidentielle brésilienne de 2014 a le potentiel de marquer un virage important dans l'histoire politique du pays si Marina Silva est portée au pouvoir. Cependant, peu importe l'issue du suffrage du 5 octobre, la montée fulgurante de l'environnementaliste a ébranlé l'habituelle dualité partisane des courses à la présidence du Brésil des 20 dernières années.




Références:

(1) AFP. Présidentielle au Brésil : Marina Silva tient tête à Dilma Rousseff, Libération.fr, [En ligne], 27 août 2014, http://www.liberation.fr/monde/2014/08/27/presiden... (page consultée le 22 septembre 2014).

(2) PERSPECTIVE MONDE. Brésil, [En ligne], 2014, http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/pays/BRA/fr.html (page consultée le 22 septembre 2014).

(3) DE GRANDI, Michel et Thierry Ogier. « Au Brésil, l'incroyable percée de la « panthère » Marina Silva », Les Échos, 22 septembre 2014, p. 13 (consulté le 22 septembre 2014).

(4) AFP, op. cit.

(5) Ibid.

(6) RAMOS, Natalia. « Brazil's Ex-Leader Lula Key To Rousseff Re-Election Bid», AFP, 20 septembre 2014 (consulté le 22 septembre 2014)

(7) LENOIR, Vincent. « Élection présidentielle au Brésil : Les enjeux de la campagne », Le JDD, 11 septembre 2014, (consulté le 22 septembre 2014).

(8) DE GRANDI, Michel et Thierry Ogier, op. cit.

(9) AFP, op. cit.

(10) STAUFFER, Caroline et Brian Winter. Brazil's Neves : An Insider In An Election About Change, World News Digest, [En ligne], 16 septembre 2014, http://wnd.infobaselearning.com.ezproxy.usherbrook... (page consultée le 21 septembre 2014).

(11) DE GRANDI, Michel et Thierry Ogier, op. cit.

(12) Ibid.

(13) STAUFFER, Caroline et Brian Winter, op. cit.

(14) Ibid.

(15) LENOIR, Vincent, op. cit.

(16) STAUFFER, Caroline et Brian Winter, op. cit.

Dernière modification: 2014-10-13 08:14:06

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