Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

16 décembre 2018

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19 March 2006

Le Brésil, leader des pays en développement


Julie Addison
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

October
2018
Élection de Jair Bolsonaro à la présidence du Brésil

April
2018
Arrestation de l’ex-président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva

August
2016
Destitution de la présidente brésilienne Dilma Rousseff

August
2016
Ouverture des Jeux olympiques de Rio de Janeiro

October
2014
Réélection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

June
2013
Manifestations d'envergure au Brésil

October
2010
Élection de Dilma Rousseff à la présidence du Brésil

July
2007
Présentation de la journée Live Earth

October
2006
Réélection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

May
2006
Rébellion simultanée dans les prisons de Sao Paulo, au Brésil

October
2002
Élection de Luiz Inacio Lula da Silva à la présidence du Brésil

January
2001
Ouverture du premier Forum social mondial à Porto Alegre

April
1993
Tenue d’un référendum sur le régime et le système politique au Brésil

December
1992
Démission du président brésilien Fernando Collor

October
1992
Émeute dans la prison Carandriu de Sao Paulo, au Brésil

June
1992
Ouverture du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro

March
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

January
1985
Élection de Tancredo Neves à la présidence du Brésil

January
1984
Création du Mouvement des Sans terre au Brésil

La décennie 1990 marque la transition de la politique brésilienne du bilatéralisme au multilatéralisme. Le prédécesseur du président brésilien Luis Ignacio Lula Da Silva, José Sarney, avait entamé à cette époque le virage de la politique extérieure brésilienne, jusque là caractérisée par un attachement profond à l'autonomie nationale, vers les processus de globalisation (1). L'élection de Lula Da Silva à la présidence, le 27 octobre 2002, confirmera l'aspect fondamental que constitue désormais l'intégration régionale pour le géant sud-américain.

Initiatives régionales

Dès son entrée en fonction, le 1er janvier 2003, Da Silva fait de la relance du Mercosur (Marché commun du cône Sud regroupant depuis le 26 mars 1991, le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay) sa priorité en matière de politique extérieure (2).

Avec les potentiels énormes du Chili et de la Bolivie, membres associés du Mercosur depuis 1996, l'accord regroupe plus de 200 millions d'habitants et constitue le quatrième marché du monde après l'Accord de libre-échange de l'Amérique du Nord (ALENA), l'Union européenne et le Japon (3). En prenant la tête de la relance du processus, Brasilia tente non seulement de faciliter la coopération dans les secteurs politiques, sociaux et culturels et de favoriser l'accès de la région aux institutions multilatérales internationales; elle cherche également à s'imposer comme un leader régional et international.

Le Mercosur n'est pas le seul dossier à l'agenda du gouvernement brésilien ayant pour objectif la consolidation d'une coopération entre pays moins développés (que ceux dominants habituellement les grands forums internationaux). Plusieurs autres initiatives témoignent également d'un désir généralisé de redéfinir la politique extérieure brésilienne.

La création du G-3, en 2003, en est un bon exemple. C'est dans le but de « jouer un rôle politique et stratégique à la mesure de leur poids démographique et économique » que le Brésil, l'Inde et l'Afrique du Sud ont formé cette alliance stratégique qui revendique une influence plus grande des pays du Sud dans les décisions internationales (4).

Cette initiative à encouragé l'élargissement du G-3 à une nouvelle alliance des pays du Sud : le G-20, regroupant entre autres la Chine et le Pakistan. Cette fois encore, le Brésil se démarque comme un négociateur important pour l'ouverture des forums internationaux aux revendications des pays en développement (PED) et pour la création de nouveaux rapports de force plus favorables à ces derniers, habituellement tenus à l'écart des alliances stratégiques des grandes puissances.

Aussi, en décembre 2004, le gouvernement Da Silva lançait l'idée de la création d'un Communauté sud-américaine des nations (CSAN) qui regrouperait 360 millions d'habitants, pour un PIB de plus de 800 milliards de dollars (5). Encore une fois, les pays de l'Amérique du Sud, le Brésil en tête, unissent leurs forces pour former un bloc régional capable de négocier avec les plus grandes puissances.

Finalement, en plus de la relance économique régionale et de la consolidation d'accords excluant les grandes puissances, la stratégie du gouvernement Da Silva vise à mettre en place une stratégie commerciale offensive, basée principalement sur le potentiel exportateur du pays et le marché de consommation important que représentent les PED.

Les relations avec Washington et l'échec de la ZLEA

Véritable « locomotive économique » de l'Amérique du Sud, le Brésil fournit à lui seul 40% du PIB de la région et se classe deuxième au monde (après la Chine) pour les investissements étrangers(6). L'échec à l'établissement d'une zone de libre-échange panaméricaine ne compromettra donc pas sa stabilité économique. Cependant, les États-Unis achètent annuellement 25% des exportations brésiliennes. L'importance de la superpuissance pour l'économie nationale est donc loin d'être négligeable.

Cela n'empêche pas le Brésil de s'afficher ouvertement contre certaines politiques protectionnistes étatsuniennes dans certains dossiers épineux toujours sur la table de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), comme celui des subventions agricoles, du coton, du sucre ou des médicaments génériques. Bien entendu, une Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA) sans le Mercosur est impensable étant donné la forte proportion des activités économiques hémisphériques hors ALENA qui s'y concentre.

C'est par le multilatéralisme que le Brésil fait le plus de gains au détriment des États-Unis. En effet, face aux nombreuses initiatives multilatérales telles que le Mercosur, le G-3 et le G-20, Washington répond par la multiplication des accords bilatéraux, plaçant ses partenaires dans une position très inconfortable en les forçant à choisir leur camp. Bien entendu, le gouvernement américain n'a aucun avantage à voir le grand projet d'intégration sud-américaine se concrétiser, préférant largement « intégrer l'hémisphère selon un modèle qui s'inspire largement de l'ALENA et renforcer la coopération intergouvernementale dans le cadre de ce qui devait être une Communauté des démocraties » (7). Ces man?uvres visant à contraindre la « libéralisation compétitive » ont également pour but de mettre en concurrence les pays engagés dans des accords plurilatéraux et d'isoler ceux qui sont les moins assujettis aux politiques de libéralisation hémisphériques du gouvernement américain (8).

Redéfinition du rôle des PED sur la scène internationale

Finalement, Da Silva s'impose comme un de ceux qui réclament énergiquement une réforme en profondeur de l'Organisation des Nations Unis (ONU), notamment de son Conseil de Sécurité. Dans la même foulée, le Brésil revendique également une plus grande place pour les PED et les pays émergents dans les forums multilatéraux. En dénonçant ouvertement les alliances stratégiques conclues entre les grandes puissances au détriment du reste de la population mondiale, le Brésil se place volontairement sur la sellette et profite de cette tribune fortement médiatisée pour s'imposer comme nouveau joueur d'importance sur la scène internationale.

Maintenant que celui que la communauté sud-américaine appelle déjà affectueusement Lula a réussi à s'imposer comme du continent Sud-américain, il devra maintenant faire ses preuves au niveau national. Malgré une relative stabilité économique, le Brésil est toujours en proie à une pauvreté généralisée. De plus, au même titre que les relations extérieures du pays, certains programmes sociaux brésiliens bénéficieraient grandement d'une politique plus « agressive » de la part du gouvernement.




Références:

(1)ALMEIDA De, Paulo Roberto, « Une histoire du Brésil, pour comprendre le Brésil contemporain », Éditions l'Harmattan, 2002, p. 101

(2)FOURCAS, Nicolas, « L'élection de LULA et la politique extérieure brésilienne : changement ou continuité? », Centre d'études interaméricaines, 20 novembre 2002, page consultée [En ligne], le 16 mars 2006, adresse URL : http://www.cei.ulaval.ca

(3)Centre d'études interaméricaines, « Mercosur et Chili », page consultée [En ligne], le 16 mars 2006, adresse URL : http://www.cei.ulaval.ca

(4)PAQUIN-BOUTIN, Marie-Pierre, « La nouvelle stratégie commerciale des puissances du Sud : le G-3, le G-20 et le cas du Brésil », Réseau d'information et de solidarité avec l'Amérique latine, 18 mars 2005, page consultée [En ligne], le 16 mars 2006, adresse URL : http://risal.collectifs.net

(5) PAQUIN-BOUTIN, Marie-Pierre, « Brésil : chef de file des puissances du Sud et des pays émergents », revue Asymétries, numéro 1, Éditions Athéna, 2005, p. 79

(6)N. Fourcas, « L'élection de LULA et la politique extérieure brésilienne : changement ou continuité? », op. cit.

(7)DEBLOCK, Christian et Sylvain F. TURCOTTE, « Les négociations hémisphériques : un face à face Brésil États-Unis », octobre 2003, Observatoire des Amériques, page consultée [En ligne], le 16 mars 2006, adresse URL : http://www.ceim.uquam.ca

(8)GUAY, Alexandra et Dorval BRUNELLE, « L'échec des négociations de la ZLEA », revue Asymétries, numéro 1, Éditions Athéna, 2005, p. 53

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

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