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16 septembre 2014

Second tour de la présidentielle bissau-guinéenne : une élection démocratique ?


Virginie Desmarais
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

septembre
2003
Renversement du président Kumba Yala en Guinée-Bissau

janvier
2000
Élection de Kumba Yala à la présidence de la Guinée-Bissau

novembre
1998
Traité de paix visant à mettre un terme à la guerre civile en Guinée-Bissau

août
1994
Élection de Joao Bernardo Vieira à la présidence de la Guinée-Bissau

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

novembre
1980
Renversement du gouvernement de Luis Cabral en Guinée-Bissau

juillet
1978
Décès suspect du premier ministre de la Guinée-Bissau, Francisco Mendes

septembre
1974
Accession de la Guinée-Bissau à l'indépendance

Le 18 mai 2014, les électeurs de la Guinée-Bissau ont repris le chemin des urnes afin de participer au deuxième tour de la présidentielle de ce pays africain lusophone. Cette élection fait suite au scrutin de 2012, annulé à la suite d'un coup d'État militaire (1). Ce sont 13 candidats qui participaient au premier tour, dont un ancien ministre et un candidat soutenu par l'armée. Au final, aucun des candidats en lice n'a obtenu la majorité absolue requise afin d'être nommé président. L'attention portée par la communauté internationale envers cette élection n'a rien d'anodine étant donné le difficile passé démocratique du pays.

Des candidats expérimentés

Parmi les candidats au second tour se trouvait José « Jomav » Mario Vaz, 57 ans, ancien ministre des Finances du président Malam Bazai Sanha avant le coup d'État de 2012. Il affrontait Nuno Gomes Nabiam, 51 ans, candidat indépendant, mais soutenu favorablement par le Parti de la rénovation sociale (second parti du pays), des chefs de l'armée (2), et par l'ancien président, feu Kumba Yala (3). Nabiam était arrivé deuxième au premier tour avec 25,14%. Il est directeur de l'agence de l'aviation civile et appartient au groupe ethnique le plus important du pays, les Balanta (4). Vaz avait, lui, remporté 40,9% des voix. Il représente le parti fondateur du pays, le Parti africain pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert (PAIGC). Mentionnons aussi un troisième candidat indépendant, Paulo Gomes, ancien directeur exécutif de la Banque mondiale, éliminé au premier tour à la suite de l'obtention de 10,4% des votes (5).

Dans un discours suivant sa victoire électorale, « Jomav » promet de « vaincre la pauvreté et ramener la stabilité dans le pays (6) ». Il a fait campagne avec les promesses de réduire la pauvreté et d'accroitre l'investissement agraire (7). Nabiam, pour sa part, désirait « changer l'image du pays et le stabiliser (8) ».

Des résultats contestés

La Guinée-Bissau est une démocratie naissante. En effet, depuis son indépendance, en 1974, le pouvoir a oscillé entre gouvernements et coups d'État (9). De plus, la position géographique du pays permet le passage des drogues sud-américaines, favorisant la corruption au sein du système politique (10). Bien que les élections de 2014 semblent prometteuses, l'organisation Freedom House établit cette année l'indice de liberté du pays à 5.5 sur 7 (7 signifiant une absence de liberté) (11). Par ailleurs, selon l'indice démocratique de The Economist Intelligence Unit, la stabilité politique du pays demeure fragile, bien que l'on s'attende à ce que la formation d'un gouvernement légitime puisse graduellement apaiser les tensions internes (12).

De fait, le rapport de la mission d'observation des élections de l'Union européenne proclame un taux record de participation au premier tour (89.29%) et un déroulement des élections dans « d'excellentes conditions », avec les médias couvrant généralement bien les événements avec « transparence » (13). Aussi, le rapport du secrétaire général des Nations unies sur la restauration et le respect de l'ordre constitutionnel de la Guinée-Bissau indique notamment l'intention des deux principaux partis dominants du pays de renforcer leurs relations mutuelles (14).

Cela dit, les résultats électoraux du 18 mai n'ont toutefois pas fait l'unanimité. Lors du décompte, Vaz a récolté 61,9% des voix, alors que Nabiam n'a obtenu que 38,08%. Ce dernier, un ingénieur formé en Russie et ayant vécu 17 ans aux États-Unis (15), a initialement rejeté les résultats du deuxième tour pour cause de « fraude ». Le 20 mai 2014, le Conseil de sécurité des Nations unies appelait « les candidats et leurs partisans à respecter la volonté démocratique de la population (16)». Deux jours plus tard, Nuno Nabiam acceptait les résultats électoraux (17).

Une chose est certaine : beaucoup de choses sont attendues du nouveau chef de l'État, assermenté le 23 juin (18). Dans son discours d'ouverture du 4 juillet 2014, le président a déclaré que « L'instabilité chronique dans lequel se trouve notre pays n'est pas la cause de nos problèmes, mais plutôt une conséquence de l'extrême pauvreté (...) que nous allons tous combattre (19) ». Bien qu'il soit encore trop tôt pour tirer une conclusion, tous espèrent que les intentions du nouveau président se révèleront à la hauteur des défis qui l'attendent.




Références:

(1) AL-JAZEERA, « Guinea-Bissau to hold presidential run-off », 17 avril 2014, http://www.aljazeera.com/news/africa/2014/04/guine... (7 septembre 2014)

(2) LE MONDE, « La Guinée-Bissau élit son président », 18 mai 2014, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/05/18/l... (6 septembre 2014)

(3) LES VOIX DU MONDE, « Élections en Guinée-Bissau : Le PAIGC largement en tête », 17 avril 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20140417-elections-guine... (7 septembre 2014)

(4) LE MONDE, op. cit.

(5) PAULO GOMES, « Priorités », avril 2014, http://www.paulogomes.com/priorites/, (7 septembre 2014)

(6) BBC NEWS, « Guinea-Bissau profile », 30 juin 2014, http://www.bbc.com/news/world-africa-13444867, (7 septembre 2014)

(7) REUTERS, « Guinea-Bissau votes in post-coup presidential runoff », 18 mai 2014), http://www.reuters.com/article/2014/05/18/us-bissa... (7 septembre 2014)

(8) DW, « Candidato Nuno Nabiam quer mudra imagem externa da Guiné-Bissau », (17 avril 2014), http://www.dw.de/candidato-nuno-nabiam-quer-mudar-... (8 septembre 2014)

(9) JEUNE AFRIQUE, « Fiche pays: Chronologie », 2014, http://www.jeuneafrique.com/Chronologie-pays_66_Gu... (14 septembre 2014)

(10) FREEDOM HOUSE, « Guinea-Bissau », 2014, http://freedomhouse.org/report/freedom-world/2014/... (14 septembre 2014)

(11) Ibid.

(12) THE ECONOMIST INTELLIGENCE UNIT, « Guinea-Bissau », 8 août 2014, http://country.eiu.com/guinea-bissau, (7 septembre 2014).

(13) EUROPEAN UNION ELECTION OBSERVATION MISSION, « Guinea-Bissau-General elections 2014 », 20 mai 2014, http://www.eueom.eu/files/pressreleases/english/fi... (7 septembre 2014)

(14) UNITED NATIONS, « Report of the secretary-General on the restoration of and respect for constitutional order in Guinea-Bissau », 18 août 2014, http://www.un.org/en/ga/search/view_doc.asp?symbol... (7 septembre 2014)

(15) REUTERS, « Guinea-Bissau presidential candidate Nabiam concedes run-off defeat », http://www.reuters.com/article/2014/05/22/bissau-e... (7 septembre 2014)

(16) Ibid.

(17) JEUNE AFRIQUE, « Présidentielle en Guinée-Bissau: l'ONU appelle au respect de la « volonté démocratique »», 20 mai 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20140520085635/, (14 septembre 2014)

(18) LE MONDE, op. cit.

(19) JEUNE AFRIQUE, « Guinée-Bissau: formation du premier gouvernement du régime de José Mario Vaz », 5 juillet 2014, http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20140705... (14 septembre 2014)

Dernière modification: 2014-09-22 08:57:34

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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