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16 septembre 2014

Élections en Inde : victoire de la droite nationaliste


Étienne Olivier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

mai
2019
Réélection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Bharatiya Janata Party de Narendra Modi

août
2018
Début d’inondations dévastatrices en Inde

avril
2014
Élection en Inde d'un gouvernement dirigé par le Parti Bharatiya Janata de Narendra Modi

avril
2009
Tenue d'élections législatives en Inde

novembre
2008
Attentats terroristes à Bombay, en Inde

avril
2004
Tenue d'élections législatives en Inde

janvier
2001
Tremblement de terre dévastateur à Gujarat, en Inde

septembre
1999
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
1998
Explosion d'une première bombe atomique par le Pakistan

février
1998
Tenue d'élections législatives en Inde

avril
1996
Tenue d'élections législatives en Inde

mai
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novembre
1989
Élection d'un gouvernement du Front national en Inde dirigé par V. P. Singh

décembre
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Tragédie industrielle à Bhopal, en Inde

octobre
1984
Assassinat de la première ministre indienne Indira Gandhi

janvier
1980
Élection du parti du Congrès d'Indira Gandhi en Inde

octobre
1979
Attribution du prix Nobel de la paix à mère Teresa de Calcutta

mars
1977
Élection du Parti Janata en Inde

juin
1975
Proclamation de l'état d'urgence en Inde

L'Inde a subi le 16 mai 2014 un véritable tsunami politique. L'Alliance progressiste unie (UPA), au pouvoir depuis dix ans, a essuyé une cuisante défaite lors des élections législatives. La victoire revient au Bharatiya Janata Party (BJP), le Parti du peuple indien, et à son chef, le nationaliste hindou Narendra Modi. Retour sur un scrutin décisif pour la plus populeuse démocratie du monde.

Défaite historique pour la dynastie Gandhi-Nehru

C'est la première fois depuis l'indépendance de l'Inde, en 1947, qu'un parti conservateur forme un gouvernement majoritaire (1). Le BJP a en effet remporté une majorité absolue de 282 sièges à la Lok Sabha, la Chambre basse du Parlement indien. Au total, le parti a obtenu 31% des suffrages et 52% des sièges, soit un bond de 12 points par rapport aux dernières élections générales (2).

La victoire des nationalistes met fin à la domination du Parti du Congrès, dirigé depuis 1907 par la lignée Gandhi-Nehru. Créé en 1885, le Parti du Congrès a profondément influencé l'Inde contemporaine et a été l'instrument politique de la lutte pour l'indépendance face à l'Empire britannique (3).

La campagne électorale de Rahul Gandhi, l'héritier de la famille, s'est soldée par un échec cinglant, le Parti du Congrès enregistrant la pire défaite de son histoire avec 44 sièges et 20% des suffrages (4). Lors des élections en 2009, le Parti du Congrès avait réussi à reconduire l'UPA au pouvoir en remportant 206 des 262 sièges de cette coalition. Les nationalistes du BJP formaient alors l'opposition officielle avec 116 sièges, 152 avec leurs alliés (5).

Le triomphe de Narendra Modi

Comment expliquer une telle débâcle? Il faut comprendre que la coalition, menée par le Parti du Congrès, s'est avérée incapable de relancer l'économie du pays. Celle-ci a atteint une croissance de 4,6% en 2013, alors qu'elle était à plus de 9% durant la dernière décennie (6).

Selon le politologue Christophe Jaffrelot, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, le Congrès paie le coût politique du ralentissement économique, d'autant plus que ce parti a été ébranlé par de nombreux scandales de corruption au cours des dernières années (7).

Pour ce spécialiste de l'Inde, les élections de 2014 constituent un « tournant » pour la scène politique indienne. L'absence d'un leader charismatique et dynamique, en la personne de Rahul Gandhi, a finalement dissuadé l'électorat d'appuyer le traditionnel parti au pouvoir. Dans un contexte économique difficile et face à ce manque de leadership, les Indiens se sont tournés vers celui qui prétend incarner le changement, Narendra Modi (8).

Modi est un personnage hautement controversé en Inde. Ministre en chef de l'État du Gujarat depuis 2001, il a été accusé d'avoir encouragé les émeutes antimusulmanes de 2002 dans la capitale régionale, Ahmedabad (9). Son implication dans les affrontements n'a jamais été formellement établie.

Modi s'est finalement imposé sur la scène politique fédérale en adoptant un style beaucoup plus populiste et consensuel qui rappelle vaguement les campagnes de Barack Obama (10). D'une part, il a beaucoup misé sur les réseaux sociaux et les dons en ligne. Le marketing politique mis de l'avant par Modi a joué un grand rôle dans son élection et a contribué à établir son image de « self-made-man » en politique (11). D'autre part, Modi a orienté sa campagne sur le développement économique et sur l'emploi, en défendant notamment le bilan économique du Gujarat, un État industrialisé qui affiche une croissance de l'ordre de 10% par année (12).

Pour sa part, Rahul Gandhi a donné sa démission comme vice-président du parti au lendemain de sa défaite (13). Ce dernier s'est avéré un candidat plutôt terne, voire « léthargique » (14), durant la campagne. Certains estiment que le parti, présidé par sa mère Sonia Gandhi, a fait un pari risqué en le catapultant au sommet, lui qui n'a pratiquement aucune expérience en politique. Gandhi a effectivement paru faible dans sa maîtrise des enjeux (15). D'autres affirment que le parti devra tôt ou tard mettre à l'écart la famille Gandhi-Nehru à la tête du parti afin de renouer avec les électeurs (16).




Références:

(1) GANGULY, Sumit. « India's Missing Right », Foreign Affairs, [En ligne], 3 juin 2014, http://www.foreignaffairs.com/articles/141514/sumi... (Page consultée le 6 septembre 2014)

(2) BOBIN, Frédéric. « En Inde, "les libéraux doivent faire leur introspection" », Le Monde, [En ligne], 23 mai 2014, http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/... (Page consultée le 6 septembre 2014)

(3) CHAKRAVERTY, Clea. « La saga des Gandhi », Le Monde diplomatique, [En ligne], mai 2014, http://www.monde-diplomatique.fr/2014/05/CHAKRAVERTY/50378 (Page consultée le 8 septembre 2014)

(4) BBC. « India's Congress party rejects Gandhi resignations », BBC News, [En ligne], 19 mai 2014, http://www.bbc.com/news/world-asia-india-27465577 (Page consultée le 6 septembre 2014)

(5) STIENNE, Agnès. « Élections législatives 2009 en Inde par État et territoire », Le Monde diplomatique, [En ligne], mai 2014, http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/electionsinde (Page consultée le 11 septembre 2014)

(6) SANIAL, Amandine. « En Inde, les défis qui attendent Narendra Modi », Le Monde, [En ligne], 16 mai 2014, http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/... (Page consultée le 6 septembre 2014)

(7) BONAL, Cordélia. « Inde : "Modi a tellement promis qu'il ne pourra que décevoir" », Libération, [En ligne], 16 mai 2014, http://www.liberation.fr/monde/2014/05/16/inde-mod... (Page consultée le 8 septembre 2014)

(8) TALLÈS, Olivier. « Christophe Jaffrelot : "L'Inde est à un tournant politique" », La Croix, [En ligne], 8 avril 2014, http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Christophe... (Page consultée le 8 septembre 2014)

(9) CHANDA, Tirthankar. « La montée en puissance de l'hindouiste Narendra Modi inquiète l'opposition indienne », RFI, [En ligne], 17 juin 2013, http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20130617-inde-mon... (Page consultée le 8 septembre 2014)

(10) SONDARJÉE, Maïka. « Le vendeur de thé qui a changé la face des élections indiennes », L'Asie en 1000 mots : Bulletin d'analyse sur l'Asie de l'Est et du Sud-Est, [En ligne], 25 juillet 2014, http://asie1000mots-cetase.org/Le-vendeur-de-the-q... (Page consultée le 8 septembre 2014)

(11) Cordélia BONAL, op. cit.

(12) Tirthankar CHANDA, op. cit.

(13) BBC, op. cit.

(14) Frédéric BOBIN, op. cit.

(15) GANGULY, Sumit. « The Reign of Rahul », Foreign Affairs, [En ligne], 30 janvier 2013, http://www.foreignaffairs.com/articles/138795/sumi... (Page consultée le 6 septembre 2014)

(16) Frédéric BOBIN, op. cit.

Dernière modification: 2014-09-22 08:24:27

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