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29 novembre 2014

La réforme finlandaise couronnée de succès


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

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Il y a 40 ans, les États-Unis possédaient le meilleur système d'éducation au monde, alors que la Finlande se classait loin en arrière. Aujourd'hui, la situation s'est inversée. La Finlande est considérée comme ayant un des meilleurs systèmes d'éducation au monde selon le PISA (Program for International Student Assessment), alors que les États-Unis se classent 21e parmi les 34 pays de de l'OCDE, soit 17e en lecture, 20e en sciences et 27e en mathématiques. Pourquoi un tel changement dans les systèmes éducatifs américains et finlandais?

Pour des millions de parents américains qui passent chaque semaine de nombreuses heures à chercher à aider leurs enfants pour leur permettre d'obtenir de meilleurs résultats scolaires et à s'impliquer pour créer de meilleures écoles, le succès de la Finlande représente une sorte d'énigme. Jusqu'au début des années 1970, le système d'éducation était médiocre. Une commission finlandaise concluait en 1971 que la prospérité du pays passait prioritairement par une amélioration de son système d'éducation.

Le gouvernement finlandais a décidé alors de réduire la taille des classes et d'exiger un diplôme de maîtrise pour tous les enseignants. De plus, le salaire des enseignants a été majoré pour s'assurer que les revenus de ces derniers soient compétitifs par rapport à ce qu'ils recevraient dans l'entreprise privée.

Ainsi, la profession d'enseignant en Finlande devint vite très recherchée. Seulement 10 % des candidats qui soumettent une demande d'admission afin de poursuivre des études en vue de devenir enseignants sont acceptés dans les universités finlandaises.

La situation est bien différente aux États-Unis. Non seulement un enseignant américain n'est pas obligé de détenir une maîtrise pour obtenir un poste d'enseignant, mais les enseignants américains ayant 15 ans d'expérience ne gagnent en moyenne que 65 % des salaires qu'ils obtiendraient s'ils étaient dans l'entreprise privée.

De plus, l'imposition de tâches d'enseignement beaucoup trop lourdes décourage un grand nombre de jeunes enseignants américains. Le système d'éducation américain souffre ainsi d'un taux élevé de renouvellement des enseignants, ce qui affecte la qualité des enseignements.

Par ailleurs, le système d'éducation finlandais se démarque par plusieurs éléments qui le différencient du système américain. Les autorités politiques font confiance aux directions de leurs écoles et appuient les politiques éducatives de réformes décidées par les instances locales. De plus, les enfants en Finlande ne commencent pas à aller à l'école avant l'âge de sept ans.

Plus encore, les élèves finlandais sont soumis à un seul test standardisé qu'ils doivent prendre à la fin de leurs études secondaires. L'examen finlandais cible la maturité scolaire générale des élèves en leur demandant de démontrer leur capacité d'analyse de problèmes liés à l'évolution, la drogue, le sexe, la malbouffe ou des questions politiques comme la guerre et la violence.

Contrairement aux examens américains, le test finlandais n'hésite pas à aborder des sujets controversés et à faire appel à des connaissances et compétences multidisciplinaires. Le système scolaire finlandais, contrairement à celui des États-Unis, tend à renforcer l'équité en éducation. Ceci signifie que la performance scolaire des enfants finlandais est beaucoup moins affectée par leur origine socioéconomique. Le gouvernement finlandais finance toutes les écoles sur la même base, ce qui signifie que les directions des écoles sont en mesure de répondre adéquatement aux besoins éducatifs spéciaux des enfants qui leur sont confiés.

Le programme finlandais de formation met aussi l'accent sur le développement global de l'enfant plutôt que sur le rendement scolaire.

De plus, les enseignants travaillent en collaboration. Le système finlandais encourage chez les jeunes enseignants la création de réseaux professionnels où ils peuvent partager des idées et des pratiques.

Pour ce faire, les jeunes enseignants sont responsables de groupes d'élèves qui sont 50 % plus petits que s'ils étaient aux États-Unis. Cette pratique permet aux jeunes enseignants d'améliorer rapidement la qualité de leur enseignement.

Le système finlandais a mis fin aux pratiques qui, tout en grugeant les temps d'enseignement, s'avéraient contreproductives.

La politique de punition a été repensée entièrement, à l'opposé du système américain, et les examens routiniers ont été abolis permettant ainsi aux enseignants de consacrer leur temps à l'apprentissage réel. Les enseignants disposent ainsi plus de temps pour planifier leur enseignement et collaborer avec leurs collègues.

L'école finlandaise a aussi adopté une approche pédagogique distincte. Par exemple, le nombre d'élèves dans les cours de sciences est plafonné à 16 et chaque cours est suivi d'une séance de laboratoires.

De plus de la première à neuvième année, les élèves passent de quatre à neuf périodes par semaine dans des cours en art, en musique, en cuisine, en menuiserie, en ferronnerie et en textile. Ces périodes constituent des lieux naturels où les élèves font l'apprentissage concret des sciences et des mathématiques tout en développant des compétences en esprit critique et en cultivant le respect d'autrui.

La place accordée au jeu et à la détente représente un autre aspect distinct du système finlandais.

Non seulement la journée de classe est plus courte, mais le système finlandais se démarque par des pauses de quinze minutes entre chacune des classes. Par ailleurs, les devoirs sont limités au minimum. Les élèves disposent ainsi plus de temps à consacrer à leurs propres activités, à leurs loisirs et à leurs amis.

Le système finlandais mise avant tout sur la croissance individuelle et l'apprentissage personnel qui peut être acquis hors des salles de classe.

Par comparaison, le système d'éducation américain se démarque du système finlandais non seulement par une plus grande diversité et une inégalité sociale, mais aussi une importance beaucoup trop grande accordée à l'imposition de tests et d'examens qui souvent accaparent le tiers du temps d'apprentissage. D'autre part, le système d'éducation américain repose trop sur un système d'école privée qui dévalue les écoles publiques qui sont trop souvent sous-financées.

Les spécialistes américains en pédagogie s'interrogent depuis des années sur les échecs de leur système d'éducation. Le président Obama a convié ses concitoyens, lors de son dernier discours sur l'état de l'Union, à repenser le système d'éducation américain. Les États-Unis pourraient peutêtre s'inspirer de l'expérience finlandaise dans la refonte de leurs pratiques éducationnelles.



Dernière modification: 2015-03-16 10:53:29

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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