Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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10 February 2015

Transition démocratique réussie au Burkina Faso


Maxime Joyal-Lambert
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

September
2015
Tentative de coup d'État au Burkina Faso

October
2014
Démission du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré

November
2004
Ouverture du dixième Sommet de la Francophonie

September
2002
Tentative de coup d'État en Côte d'Ivoire contre le président Laurent Gbagbo

October
1987
Renversement du gouvernement de Thomas Sankara au Burkina Faso

February
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

December
1985
Conflit entre le Burkina Faso et le Mali

August
1983
Renversement du président Jean-Baptiste Ouedraogo en Haute-Volta

November
1980
Renversement du président Sangoulé Lamizana en Haute-Volta

May
1978
Élection de Sangoulé Lamizana à la présidence de la Haute-Volta


1974
Famine au Sahel

May
1963
Signature de la Charte constituant l'Organisation de l'unité africaine

September
1961
Création de l'Union africaine et malgache

Lors de ce qu'on appelle « le printemps noir », la population du Burkina Faso s'est soulevée contre le régime politique du président de longue date, Blaise Compaoré. Après 27 années consécutives au pouvoir, celui-ci s'est vu contraint de quitter la capitale Ouagadougou sous une pluie de protestations le 30 octobre 2014 (1). Si la situation politique laissait présager une transition des plus ardues, les premiers mois après la révolution se déroulèrent presque sans accroc.

Une révolution dans un calme relatif

La colère populaire qui mena à cette révolution trouve ses racines dans le désir du président d'amender la Constitution pour pouvoir se représenter en 2015. Compaoré a soulevé l'ire de sa population qui y voyait un manque de respect envers les institutions burkinabées (2). C'est par une manifestation monstre regroupant des centaines de milliers de personnes dans les rues de la capitale que la crise a pris son envol. Par contre, si cette marche fit craindre le pire à Compaoré, c'est le saccage du Parlement et des stations de télévision publiques qui le forcèrent à démissionner (3). Bilan : près de 30 morts et 100 blessés selon les autorités locales (4).

Dès que la présidence fut laissée vacante par Compaoré, les leaders du régime tentèrent d'y imposer leur présence. Si la population demandait vivement la nomination de l'ancien général de l'armée, Kouamé Lougué, c'est plutôt l'actuel général qui s'installa au pouvoir. Chef auto-proclamé de l'État le 31 octobre 2014, Honoré Traoré fut rapidement pris à partie par la population qui le considérait comme un allié naturel de Compaoré (5). Bien qu'il démontra une certaine ouverture démocratique en étalant un plan de transition de douze mois, la population continuait de craindre un putsch militaire et une prise de contrôle de l'armée. Loin de faire l'unanimité, il dut céder sa place le lendemain et participer, avec d'autres officiers, à la nomination d'Isaac Zida comme leader de la transition (6).

S'étant engagé à remettre le pouvoir aux civils, Zida disposait d'une période maximale de 15 jours pour mettre en place un gouvernement de transition et officialiser la nomination d'un président intérimaire tel qu'exigé par l'Union africaine. Si les discussions furent plus complexes que prévu, le Burkina Faso réussit un tour de force en créant ce gouvernement de transition le 17 novembre 2014 (7).

Une transition démocratique efficace

Avec le lieutenant-colonel Zida à la tête du mouvement de transition et une population réceptive aux idées apportées, le Burkina Faso semblait en voie de réussir un sans-faute. Effectivement, outre quelques prises de bec au sujet du prochain président intérimaire, tout se déroulait sans accroc. C'est avec l'aide des présidents du Sénégal, du Nigeria et du Ghana que l'on parvint à choisir le meilleur candidat pour le poste laissé vacant (8). Le 17 novembre 2014, le choix final s'arrête sur Michel Kafando, ancien diplomate à la retraite (9).

On annonce alors la création d'un Conseil national de transition qui veillera à la mise en application des nouveaux éléments constituant la nouvelle base démocratique du pays (10). Avec Kafando comme président, il revenait à Zida, en tant que premier ministre, de mettre sur pied un conseil des ministres regroupant 26 portefeuilles (11). Malgré la crainte d'une armée surreprésentée aux postes clés du gouvernement, seulement quatre ministères lui furent attribués, dont celui de la Défense. Avec toutes les structures en place pour permettre une transition efficace, le Burkina Faso se dirigeait sans tracas vers une élection présidentielle le 11 octobre 2015.

Cependant, après un mois de décembre sans histoire, voilà que l'ancienne garde prétorienne du président Compaoré s'immisce dans les débats. Depuis longtemps malmené par la société civile, le régiment de sécurité présidentielle (RSP) n'accepte pas la décision du premier ministre de dissoudre l'organisation et exige sa démission.

S'ensuit alors un bras de fer entre le gouvernement et le RSP, avec comme événement marquant le blocage d'une rencontre ministériel par le RSP (12). Le 5 février 2015, un compromis permit de débloquer l'impasse ; la démission de Zida n'était plus exigée si le RSP demeurait intact (13). Malgré cette anicroche, la transition burkinabée se déroule dans un calme relatif et peut servir d'exemple, pour le moment, à de nombreux pays en proie à des révolutions violentes.




Références:

(1) OLLO HIEN, Romaric. « Burkina Faso : Blaise Compaoré quitte le pouvoir », La Presse, 31 octobre 2014, http://www.lapresse.ca/international/afrique/20141... (Page consultée le 8 février 2015).

(2) Loc. cit.

(3) BONKOUNGOU, Mathieu et Joe Penney. « Burkina army imposes interim government after crowd burns parliament », Reuters, 30 octobre 2014, http://www.reuters.com/article/2014/10/30/us-burki... (Page consultée le 8 février 2015).

(4) OLLO HIEN, Romaric. Op. cit.

(5) ATLANTICO. « Burkina Faso : tout juste auto-proclamé president, Honoré Traoré est déjà contesté par les manifestants », 31 octobre 2014, http://www.atlantico.fr/pepites/burkina-faso-tout-... (Page consultée le 8 février 2015).

(6) AGENCE FRANCE PRESSE. « Burkina Faso : l'opposition de ne veut pas d'homme politique pour mener la transition », Libération monde, 5 novembre 2014, http://www.liberation.fr/monde/2014/11/05/burkina-... (Page consultée le 8 février 2015).

(7) Loc. cit.

(8) FRANCE 24. « Transition timetable set for Burkina Faso after crisis », 6 novembre 2014, http://www.france24.com/en/20141105-burkina-faso-c... (Page consultée le 8 février 2015).

(9) KOACI.COM. « Burkina Faso : le diplomate Michel Kafando désigné président de la transition», 17 novembre 2014, http://koaci.com/burkina-faso-diplomate-michel-kaf... (Page consultée le 8 février 2015).

(10) Loc. cit.

(11) FRANCE 24. « Burkina Faso : un nouveau gouvernement en uniforme militaire », 24 novembre 2014, http://www.france24.com/fr/20141124-gouvernement-t... (Page consultée le 8 février 2015).

(12) KOACI.COM. « Burkina Faso : crise au sein du RSP, le président Kafando appelle au calme », 5 février 2015, http://koaci.com/burkina-faso-crise-sein-president... (Page consultée le 8 février 2015).

(13) JEUNE AFRIQUE. « Burkina : fragile compromis entre le premier ministre, Zida, et la sécurité présidentielle », 5 février 2015, http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB201502... (Page consultée le 8 février 2015).

Dernière modification: 2015-02-16 07:49:58

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