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3 février 2015

La Grèce et l'Union européenne de retour à la table de négociation


Yoan Lebel Gaudreault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Le 25 janvier 2015, les électeurs grecs ont envoyé un message clair à l'Union européenne (UE) : le plan de sauvetage imposé par la « troïka », que forment la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne, ne sera pas reconduit. Près de 65% d'entre eux ont effectivement voté pour un parti qui s'opposait aux mesures d'austérité appliquées depuis cinq ans en Grèce (1). Ayant obtenu 149 sièges avec 36,3% des votes, Syriza, le parti de gauche radicale mené par Alexis Tsipras, formera le gouvernement en compagnie du parti des Grecs indépendants (2).

Un mandat précis qui s'annonce difficile

À première vue, force est de constater que les mesures d'austérité, mises de l'avant par le précédent gouvernement conservateur Nouvelle démocratie, n'ont pas apporté les résultats escomptés. La dette de 321,7 milliards d'euros représente 175% du PIB, le taux de chômage a atteint 27,6 % et le taux de croissance, bien que se rapprochant de zéro, est toujours négatif (3).

C'est pourquoi Syriza se présente aujourd'hui comme une alternative de gauche à l'austérité. Les solutions qu'il propose vont ainsi en opposition directe avec ce qui était entendu au préalable entre la troïka et Nouvelle Démocratie, soit de diminuer massivement les dépenses. En effet, Tsipras ainsi que son ministre des Finances, Yannis Varoufakis, prévoient, par exemple, augmenter le salaire minimum, embaucher des fonctionnaires et mettre fin au processus de privatisation du port du Pirée (4). Le gouvernement prévoit financer ces futures dépenses, évaluées à près de 12 milliards d'euros sur deux ans, en s'attaquant notamment à l'évasion fiscale (5).

Le jeune gouvernement n'entend d'aucune façon reconduire le plan de sauvetage dont l'extension était prévue pour février 2015 (6). L'idée est donc de s'asseoir à la table de négociation, mais cette fois avec l'UE et sans la « troïka », afin de renégocier les conditions de la dette, voire même les possibilités de l'annuler (7).

Le gouvernement grec attendu de pied ferme

Ce changement de cap est loin de faire l'unanimité au sein de l'UE, d'autant plus qu'elle vient tout juste d'accorder un prêt de 240 milliards à la Grèce afin qu'elle rembourse ses créanciers (8). Si l'annulation de la dette ou d'une partie de celle-ci semble utopique pour les principaux représentants de l'UE, certains, comme le ministre des Finances des Pays-Bas, avancent l'idée de la reconduire (9). Cette proposition pourrait être le point de départ des négociations puisque Syriza a déjà ouvert la porte à la possibilité que le paiement de la dette s'effectue selon la croissance du PIB, soit sur une période plus longue (10).

Par voie diplomatique, l'Allemagne a fait part de sa volonté de coopérer avec le nouveau gouvernement grec, mais tout indique qu'elle sera son plus farouche opposant (11). Bien que la chancelière allemande Angela Merkel se dise ouverte à négocier la restructuration de la dette, il est hors de question que son gouvernement accepte que les mesures d'austérité préalablement négociées soient supprimées. En d'autres mots, le géant économique de l'UE est tout à fait contre l'annonce de l'augmentation des dépenses telle qu'avancée par Syriza (12). Pour Nils Pratley, éditorialiste et spécialiste des questions financières au Guardian, il serait « politiquement inacceptable (13)» pour Merkel d'accepter que la Grèce, qui ne représente que 2% du PIB de l'UE, mette fin aux mesures d'austérité qui lui ont été imposées.

La Grèce aura certainement de la difficulté à se trouver des alliés au sein de l'UE. Néanmoins, à l'extérieur de celle-ci, le gouvernement semble tisser des liens avec la Russie, ce qui pourrait s'avérer utile lors des négociations. En effet, le nouveau gouvernement grec a déjà fait savoir qu'il pourrait appliquer son veto à toutes nouvelles sanctions que désirent imposer les pays membres de l'UE à la Russie pour son implication dans la crise ukrainienne (14). En échange, le gouvernement russe est ouvert à l'idée de lever l'interdiction d'entrée de marchandises grecques sur son territoire, une mesure qui est actuellement appliquée à tout produit d'exportation provenant de l'UE (15).




Références:

(1) GUILLOT, Adéa et Alain SALLES. « À Athènes, le peuple de gauche fête Syriza », Le Monde, 26 janvier 2015, [En ligne], http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/26/a-... (page consultée le 30 janvier 2015).

(2) Ibid.

(3) GUICHARD, Catherine. « Tsipras tente l'épreuve de force avec l'UE », Courrier international, 29 janvier 2015, [En ligne], http://www.courrierinternational.com/article/2015/... (page consultée le 1er février 2015).

(4) AFP. « Le ministre des finances grec avance sa venue à Paris », Libération, 31 janvier 2015, [En ligne], http://www.liberation.fr/monde/2015/01/31/grece-an... (page consultée le 1er février 2015)

(5) AFP. « La Grèce se dit prête à se passer de 7 milliards d'euros de l'UE », Le Monde, 31 janvier 2015, [En ligne], http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/31/la... (page consultée le 1er février 2015).

(6) AFP et REUTERS. « La Grèce ne veut pas discuter avec commission branlante de la troïka », Le Monde, 30 janvier 2015, [En ligne], http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/01/30/at... (page consultée le 1er février 2015).

(7) Ibid.

(8) Ibid.

(9) PRATLEY, Nils. « Why Germany may prefer Grexit », The Guardian, 27 janvier 2015, [En ligne], http://www.pressdisplay.com/pressdisplay/fr/viewer.aspx, (page consultée le 30 janvier 2015).

(10) Ibid.

(11) Ibid.

(12) BUSSE, Nicolas. « L''Europe attend Tsipras au tournant », Courrier international, 29 janvier 2015, [En ligne], http://www.courrierinternational.com/article/2015/... (page consultée le 30 janvier 2015).

(13) PRATLEY, Nils. op. cit.

(14) GUICHARD, Catherine. op. cit.

(15) Ibid.

Dernière modification: 2015-02-09 07:49:51

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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