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25 janvier 2015

Élection anticipée au Sri Lanka : un risque mal calculé


Dragana Puhalo
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
1960
Élection d'une femme au poste de premier ministre du Ceylan (Sri Lanka)

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

mars
1952
Décès du premier ministre ceylanais Don Stephen Senanayake

juillet
1951
Lancement du plan de Colombo

février
1948
Proclamation de l'indépendance du Ceylan

Le 8 janvier 2015, on assistait à une élection présidentielle au Sri Lanka, la première depuis 2010. Le président au pouvoir, Mahinda Rajapaksa, a tenté de devancer cette élection, croyant obtenir à nouveau le vote populaire. Ne croyant pas qu'une défaite était possible, il a été surpris par les résultats.

Une stratégie infructueuse

Le Sri Lanka a longtemps été marqué par de violentes tensions et des combats entre les Tigres de libération de l'Îlam tamoul et le gouvernement. En 2009, le gouvernement de Mahinda Rajapaksa, désirant mettre fin à ce conflit perpétuel, déclare une guerre sans merci aux Tamouls (1). Ces affrontements intensifs ont duré cinq mois, de janvier à mai 2009, et se sont soldés par la mort de plus de 40 000 civils tamouls. Par la suite, les conflits se sont atténués sans jamais s'estomper totalement (2).

À la suite de l'apaisement du conflit avec les Tamouls, Rajapaksa se fait réélire sans difficulté en 2010. Mais puisque la Constitution sri-lankaise limitait alors le nombre de mandats pour la présidence à deux, il la changea unilatéralement, ce qui a renforcé la perception que la population avait, à savoir que son président était un leader autocrate.

À la suite des élections locales de septembre 2014, le parti du président a perdu 20 points, soit son plus mauvais résultat depuis son accession au pouvoir en 2005. Cette baisse a fortement milité en faveur d'un déclenchement précipité de la prochaine élection présidentielle. Surtout si l'on tient compte du regain de popularité du président auprès de la population cinghalaise(3). De plus, celui-ci se trouvait à la limite légale pour déclencher une élection puisque la Constitution sri-lankaise exige de faire un minimum de quatre ans de son mandat avant que le président puisse déclencher une élection anticipée(4). Finalement, la date choisie tombe exactement cinq jours avant la visite du pape François, ce qui devait normalement militer en faveur d'élections moins violentes qui lui rapporteraient quelques appuis supplémentaires(5).

Mais contre toute attente, Maithrilpala Sirisena, alors secrétaire général du parti au pouvoir, le Sri Lanka Freedom Party (SLFP), a décidé de rejoindre le principal parti d'opposition, soit le United National Party (UNP)(6). De plus, il a obtenu l'appui de la majorité des autres partis politiques.

De son côté, le président Mahinda Rajapaksa a plutôt une image négative à la tête d'un État de non-droit. Par exemple, on l'accuse de pactiser avec la Chine pour son propre profit, sans gains réels pour les Sri-Lankais(7).

Élu en 2005 et réélu en 2010, le président Mahinda Rajapaksa a donc devancé l'élection de deux ans, car il était certain d'être réélu. Cependant, Maithrilpala Sirisena a finalement eu le dessus sur lui.

Une transition en douceur

Le résultat de cette élection a été pour le moins surprenant. Non seulement Sirisena a obtenu 51,28% des votes, prenant ainsi la tête du pays(8). Mais Rajapaksa a aussi reconnu la légitimité de l'élection et sa défaite avec 47,58% des voix, ce qui a donc mené à une transition sans violence(9). Plusieurs voient dans ce vote un rejet de l'autoritarisme, et ce, malgré le fait que Rajapaksa ait réussi à faire passer le PIB du Sri Lanka de 24 405,8 millions en 2005 à 67 164,7 millions en 2013, soit une progression de 275,27% (10).

Pour plusieurs, Maithrilpala Sirisena incarne l'espoir d'un gouvernement transparent et exempt de corruption. Par contre, tout comme son prédécesseur, il refuse toute forme d'enquête internationale sur la guerre civile avec les Tigres tamouls(11). Outre cela, le nouveau président devra rassembler le peuple sri lankais, qui est actuellement profondément divisé.




Références:

(1) OBSERVATOIRE PHAROS. Update Briefing: Sri Lanka's Presidential Election: Risks and Opportunities, International Crisis Group, [En ligne], 9 décembre 2014, http://www.crisisgroup.org/en/regions/asia/south-a... (Page consultée le 25 janvier 2015).

(2) BELGA. Election présidentielle anticipée en janvier au Sri Lanka, [En ligne], 20 octobre 2014, http://www.lalibre.be/dernieres-depeches/belga/ele... (Page consultée le 25 janvier 2015).

(3) Ibid.

(4) OBSERVATOIRE PHAROS. Op. Cit.

(5) ÉGLISE D'ASIE. POUR APPROFONDIR - Élection présidentielle du 8 janvier 2015 : « La période qui s'ouvre est une période de tous les dangers », [En ligne], 19 décembre 2014, http://eglasie.mepasie.org/asie-du-sud/sri-lanka/2... (Page consultée le 25 janvier 2015).

(6) KERIHUEL, Yves. Au Sri Lanka, une présidentielle « de tous les dangers », La Croix, [En ligne], 8 janvier 2015, http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Au-Sri-Lan... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(7) Ibid.

(8) KRISHAN Francis. Sri Lanka's elections commissioner says opposition candidate Sirisena elected president, The Globe and Mail, [En ligne], 9 janvier 2015, http://www.theglobeandmail.com/news/world/sri-lank... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(9) NAVON, Emmanuel. Ce que les élections au Sri Lanka révèlent sur l'ONU et les Palestiniens, i24News, [En ligne], 21 janvier 2015, http://www.i24news.tv/fr/opinions/58458-150121-ce-... (Page consultée le 24 janvier 2015).

EURONEWS. Élection présidentielle au Sri Lanka: Le président sortant Mahinda Rajapakse, reconnaît sa défaite, [En ligne], 9 janvier 2015, http://fr.euronews.com/2015/01/09/election-preside... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(10) GROUPE BANQUE MONDIALE. Sri Lanka, Banque mondiale, [En ligne], [s.d.], http://donnees.banquemondiale.org/pays/sri-lanka/ (Page consultée le 24 janvier 2015).

(11) ACAT - FRANCE. Des têtes de chien et des menaces de mort reçues par des partenaires de l'ACAT, [En ligne], [s.d.], http://www.acatfrance.fr/action/menaces-partenaires-acat/ (Page consultée le 24 janvier 2015).

Dernière modification: 2015-03-02 14:39:14

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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