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27 janvier 2015

La gouverne de Mahmoud Abbas à bout de souffle ?


Amina Muminovic
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

août
2014
Annonce d'un cessez-le-feu mettant fin à un conflit dans la bande de Gaza

novembre
2012
Annonce d'un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas

janvier
2005
Élection de Mahmoud Abbas à la présidence de l'Autorité palestinienne

novembre
2004
Décès de Yasser Arafat

septembre
2000
Début d'un deuxième soulèvement (intifada) en Palestine

octobre
1998
Signature des accords de Wye Plantation entre Israël et l'Autorité nationale palestinienne

janvier
1996
Élection de Yasser Arafat à la présidence de l'Autorité palestinienne

septembre
1993
Signature d'un accord de paix israélo-palestinien à Washington

novembre
1988
Proclamation de la création d'un État palestinien

décembre
1987
Début d'un soulèvement dans la bande de Gaza et en Cisjordanie

juin
1982
Déclenchement de l'offensive israélienne « Paix en Galilée » au Liban

avril
1975
Déclenchement d'une guerre civile au Liban

novembre
1974
Premier discours de Yasser Arafat devant l'Assemblée générale des Nations unies

mai
1964
Création de l'Organisation de libération de la Palestine

avril
1950
Annexion de la Cisjordanie et proclamation du Royaume hachémite de Jordanie

Après dix années au pouvoir qui s'étendent de 2005 à 2015, dont six après la fin de son mandat officiel, Mahmoud Abbas occupe toujours la présidence fragile de l'État palestinien. Confronté à la complexité que représentent les défis et enjeux de cet État du Proche-Orient, le président Abbas laisse présager par ses actions politiques qu'il joue ses dernières cartes.

Le conflit israélo-palestinien perdure et s'intensifie alors que les solutions pour en arriver à un consensus de paix s'épuisent. L'échec de nombreuses années de négociation laissent place à un discours plus ferme de la part de Mahmoud Abbas, qui se tourne maintenant vers les organes des Nations unies (ONU) et de la communauté internationale afin d'espérer une avancée considérable pour l'État palestinien qui recule depuis longtemps(1).

Dans l'ombre de Yasser Arafat

S'engageant dans la cause palestinienne à un jeune âge, Mahmoud Abbas, appelé également Abou Mazen en référence à son nom de combattant, érige les bases de sa carrière politique aux cotés de Yasser Arafat, activiste et futur homme d'État(2). En 1959, ils allient leurs efforts pour créer le Fatah, « un mouvement de résistance à Israël né de la fusion de plusieurs groupuscules d'obédiences politiques diverses(3)».

Quelques années plus tard, soit en 1964, c'est au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), mise en place par la Ligue arabe, que les deux hommes vont poursuivre leurs objectifs. Mahmoud Abbas réussit à se distinguer individuellement quelque temps alors qu'il est nommé à la tête de la plus haute instance décisionnelle de l'OLP(4).

Un des instigateurs des accords d'Oslo de 1993, qui prévoyaient la reconnaissance mutuelle entre Israël et l'OLP ainsi que les étapes d'une résolution du conflit (5), Mahmoud Abbas apparaît comme un homme pacifique cherchant le dialogue avec la gauche israélienne. Il condamne notamment l'utilisation de la violence armée entre Israël et la Palestine, ce qui engendra une fragilisation de sa relation avec Yasser Arafat, mais une considération favorable de la part des Américains(6).

En effet, dans le tournant des événements du 11 septembre 2001, Arafat est suspecté, par les Israéliens et les Américains, de soutenir des groupes terroristes. Désirant l'isoler de la scène politique, ils créent, en 2003, le poste de premier ministre palestinien et nomment Mahmoud Abbas pour en occuper les fonctions(7). Son approche conciliatrice face à l'État hébreu et les tensions avec le leader de l'Autorité palestinienne lui valent d'être la cible de menaces des extrémistes : il est forcé à la démission(8).

En 2004, à la suite du décès d'Arafat, Abbas reprend la gouvernance d'une Palestine en deuil. Le Conseil national palestinien le nomme d'abord président de l'OLP, puis, le 9 janvier 2005, il est élu officiellement par la population de la bande de Gaza et de la Cisjordanie(9).

Les espoirs de voir naître une résolution entre Israël et la Palestine s'éveillent pendant un court laps de temps avant d'être assombris par les divisions internes entre le Hamas, mouvement islamiste, et le Fatah. Les populations regrettent déjà la perte d'Arafat, symbole incontesté de l'unification de la lutte à l'indépendance, dans l'ombre de qui Mahmoud Abbas doit faire ses preuves(10).

Avec des fusils, mais sans rameau d'olivier

Les principaux observateurs dressent un bilan relativement sombre de la gouverne de Mahmoud Abbas, même s'ils lui concèdent quelques rares bons coups, comme l'obtention du statut d'État observateur non-membre à l'ONU(11). D'abord, les critiques reprochent au président, depuis le début de son mandat, son incapacité de rallier à une même cause le Hamas et le Fatah. En effet, la division interne de la Palestine fractionne la bande de Gaza et la Cisjordanie rendant difficile la possibilité d'une sortie de crise(12). Même le récent rapprochement entre les deux factions palestiniennes sous un gouvernement d'union nationale est accueilli de façon mitigée. Puisque le Fatah perd des plumes auprès de l'opinion publique et que le Hamas « est financièrement asphyxié et politiquement fragilisé (13)», ils ont avantage à s'allier ; la crédibilité de cette alliance reste à prouver.

Ensuite, l'enlisement du processus de négociation avec Israël, les multiples attentats, la construction du mur de sécurité, l'expansion des colonies, la corruption au sein du Fatah sont d'autres enjeux auxquels Abbas n'a pas su trouver de solution(14). De surcroît, sa position plutôt pacifiste envers Israël a causé une remise en question de sa légitimité. À deux reprises le président a tardé à condamner les offensives israéliennes contre la bande de Gaza, donnant l'impression au peuple palestinien qu'il supportait le camp hébreu(15).

Lors de son discours historique de 1974 à l'ONU, Yasser Arafat s'était exclamé : «je suis venu porteur d'un rameau d'olivier et d'un fusil de révolutionnaire, ne laissez pas tomber le rameau de ma main(16)». Dans l'État palestinien d'aujourd'hui, où il n'y a ni révolution ni rameaux d'olivier, cette déclaration n'est que l'écho d'une paix qui peine à s'installer.

Élections reportées

Depuis l'élection présidentielle de 2005, qui a amené Abbas au pouvoir, les Palestiniens n'ont pas été conviés aux urnes. Cela n'a pas empêché le président sortant d'annoncer des élections à quelques reprises pendant son mandat(17). Mahmoud Abbas avait décidé en 2010 qu'il ne serait pas candidat dans la course à la présidence pour un suffrage qui devait se dérouler le 24 janvier de cette année-là(18).

Pour certains analystes, il paraît clair que cette nouvelle n'est qu'un «coup de poker politique(19)», parce que des élections ne peuvent avoir lieu sans l'accord du Hamas. Ce dernier a systématiquement rejeté tous les décrets pour des raisons d'illégalité et d'inconstitutionnalité(20), jugeant même que la décision allait à l'encontre de la démocratie et qu'elle allait provoquer davantage de tensions. La date de l'élection fut reportée sine die.

Ainsi, la sortie de l'impasse passe par un accord de réconciliation du Hamas et du Fatah. Cette résolution, enfin conclue en avril 2014, prévoit que le gouvernement d'union nationale doit s'assurer de préparer les élections législatives et présidentielle(21). Le décompte des années de Mahmoud Abbas à la présidence s'arrêtera-t-il à 10?




Références:

(1) CYRILLE, Louis, « Les Palestiniens cherche le soutien de l'ONU contre l'occupation israélienne », Le Figaro, 18 décembre 2015, [En ligne], http://www.lefigaro.fr/international/2014/12/18/01... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(2) ENCYCLOPÉDIE LAROUSSE, « Mahmud Abbas», [En ligne], http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Mah... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(3) SIGNOLES, Aude, « Abbas Mahmoud (1935-) », Encyclopaedia Universalis, [En ligne], http://www.universalis-edu.com.ezproxy.usherbrooke... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(4) Loc. cit.

(5) HERSHORN, Gary, « 20 ans des Accords d'Oslo : les raisons d'un échec vues par deux négociateurs», RFI, 13 septembre 2009, [En ligne], http://www.rfi.fr/moyen-orient/20130913-20-ans-acc... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(6) SIGNOLES, Aude. Op. cit.

(7) Loc. cit.

(8) Loc. cit.

(9) Loc. cit.

(10) BENHAIDA, Sarah, « Arafat reste un symbole en Palestine 10 ans après sa mort », La Presse, 8 novembre 2014, [En ligne], http://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(11) NAPIER, Joyce, « La Palestine devient État observateur de l'ONU », Radio-Canada, [En ligne], 29 novembre 2012, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(12) BARTHET, Élise, « Le bilan de Mahmoud Abbas est totalement catastrophique », Le Monde, [En ligne], 5 novembre 2009, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/1... , (Page consultée le 24 janvier 2015).

(13) CYRILLE, Louis, « Palestine : Hamas et OLP annoncent un accord de réconciliation», Le Figaro, [En ligne], 23 avril 2014, http://www.lefigaro.fr/international/2014/04/23/01... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(14) HERSHORN, Gary. Op. cit.

(15) SIGNOLES, Aude. Op. cit.

(16) BENHAIDA, Sarah, Op.cit.

(17) AGENCE FRANCE PRESSE, « Palestine : élections générales en janvier », Le Figaro, [En ligne], 23 octobre 2010, http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/23/01011... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(18) McCARTHY, Rory, « Mahmoud Abbas will not seek re-election as Palestinian president », The Guardian, [En ligne], 5 novembre 2009, http://www.theguardian.com/world/2009/nov/05/mahmo... (Page consultée le 24 janvier 2015).

(19) BARTHET, Élise. Op. cit.

(20) AGENCE FRANCE PRESSE. Op. cit.

(21) SALLON, Hélène, « Que prévoit l'accord de réconciliation palestinienne? », Le Monde, [En ligne], 25 avril 2014, http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2014/0... (Page consultée le 24 janvier 2015).

Dernière modification: 2015-02-02 07:46:51

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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