Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

17 décembre 2018

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27 January 2015

Algérie 2015: la fin de l'époque Bouteflika?


Jordan Lavigne-Pelletier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

April
2007
Attentats terroristes en Algérie

April
2001
Début du « printemps noir » en Algérie

September
1999
Tenue d'un référendum sur la politique d'amnistie en Algérie

September
1998
Création du Groupe salafiste pour la Prédication et le Combat en Algérie

November
1995
Élection de Liamine Zéroual à la présidence de l'Algérie

February
1995
Émeute dans la prison de Serkadji, en Algérie

February
1992
Proclamation de l'état d'urgence en Algérie

January
1992
Démission du président algérien Chadli Bendjedid

October
1988
Émeutes en Algérie

November
1982
Manifestation islamiste d'envergure en Algérie

April
1980
Début du «printemps berbère» en Algérie

February
1979
Élection de Chadli Bendjedid à la présidence de l'Algérie

April
1975
Visite en Algérie du président français Valéry Giscard d’Estaing

October
1973
Début du premier «choc pétrolier»

September
1973
Tenue d'une conférence des pays non-alignés à Alger

January
1971
Implantation d'une réforme agraire en Algérie

August
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

June
1965
Renversement du président Ahmed Ben Bella en Algérie

October
1963
Déclenchement de la guerre des sables entre le Maroc et l'Algérie

C'est le 23 janvier 2015 que s'est éteint le roi de l'Arabie Saoudite, Abdallah Ibn Abdelaziz Al Saoud. Alors que l'élite politique du globe se réunit à Riyad pour assister aux obsèques du monarque saoudien, le président algérien, Adbelaziz Bouteflika, a décrété trois jours de deuil national en guise de soutien (1). Le nouveau roi saoudien, Salmane Ibn Abdelaziz, pourrait fort bien être contraint de lui rendre la pareille dans un futur proche, étant donné la santé plutôt fragile du dirigeant algérien.

Une santé plus que précaire

S'il est vrai que les spéculations entourant l'état de santé du président Bouteflika ne datent pas d'hier, force est d'admettre qu'aujourd'hui il en est probablement à ses derniers jours (2). Le voir terminer son quatrième mandat venant à échéance en 2019 serait fort surprenant selon plusieurs analystes (3). Les problèmes de santé du président font les manchettes, et ce, de façon récurrente depuis 2005, alors qu'il avait été hospitalisé en France (4).

Depuis ce temps sa santé est sur la pente descendante, ses problèmes se succèdent au rythme de ses hospitalisations à l'étranger (5). Ulcères, maladies cardio-vasculaires et attaques cérébrales ont certainement affecté ses facultés cognitives, mais le camp Bouteflika clame haut et fort qu'il est toujours apte à gouverner (6). Ses absences prolongées et ses rares apparitions publiques sèment cependant le doute (7).

Un ardent nationaliste

Les allures d'homme affaibli par la maladie que nous inspire la vue du président Bouteflika contrastent nettement avec celle du farouche militant nationaliste qu'il était dans sa jeunesse (8). En 1956, il rejoint l'Armée de libération nationale (ALN) alors qu'il est âgé de 19 ans seulement (9). C'est au cours de ses années dans la lutte pour l'indépendance qu'il tisse les liens qui lui ouvriront les portes de la vie politique algérienne (10).

Une fois l'Algérie indépendante, il devient député à l'Assemblée constituante en 1962 et occupe le poste de ministre de la Jeunesse et des Sports ainsi que du Tourisme (11). Dans les années suivantes, il gravit rapidement les échelons et devient ministre des Affaires étrangères (12). Ses nouvelles fonctions lui permettent de se faire valoir sur la scène internationale comme étant un fin diplomate et un grand tribun (13).

En 1981, il s'exile en Suisse alors que pèsent sur sa tête des poursuites concernant des fraudes qu'il aurait commises (14). Bouteflika affirme pour sa part qu'il a quitté le pays afin d'échapper à un climat politique extrêmement hostile (15).

Ce n'est que six ans plus tard que le futur président remet les pieds en Algérie. La situation politique du pays y est alors très instable, une situation qui mène au déclenchement de la guerre civile en 1991 (16). Au cours de cette période, Bouteflika est constamment courtisé par les militaires afin de prendre la tête du pays, ce qu'il fait en 1999 en remportant une élection controversée avec 73,8% des suffrages (17).

Dès son arrivée au pouvoir, il organise un référendum en présentant un projet de loi de «concorde civile » visant à donner une porte de sortie pacifique aux combattants des divers camps (18). Le référendum qui lui est favorable marque le début de la fin de la guerre civile (19). Si celle-ci finit officiellement en 2002, ses répercussions sur la nation algérienne vont continuer de se faire sentir au cours des années qui suivent (20). Benjamin Stora, spécialiste du Maghreb à l'université Paris-XIII, souligne que Bouteflika risque fort probablement de rester dans les annales du pays comme étant le restaurateur de la paix civile (21). Cependant, cette soi-disant paix civile est possible par un contrôle ferme et c'est là que le bilan de Bouteflika commence à se noircir(22).

De multiples critiques

Profitant du prétexte que la guerre civile lui procure, combiné au traumatisme qu'elle a engendré au sein de la population, Bouteflika raffermit sa mainmise sur le pouvoir en adoptant des mesures de répression brutales. Par exemple, les émeutes en Kabylie sont durement réprimées dans des bains de sang (23). Les grèves sont illégales, le droit de manifester est purement factice et tout cela est rendu possible par l'état d'urgence qui perdure depuis 1991 et qui ne sera levé qu'en 2011, en raison de la grogne populaire qui souleva le Moyen-Orient (24).

Le président Bouteflika fut souvent critiqué pour ne pas diversifier suffisamment l'économie du pays en ne se fiant que sur la rente pétrolière (25). Il s'attira d'autant plus les critiques lorsqu'il utilisa les réserves monétaires du pays pour noyer le soulèvement populaire de 2011 dans un océan de pétrodollars injectés allégrement dans l'économie (26). Ces accusations d'irresponsabilité s'additionnent à un lot d'incriminations de fraudes et de corruption massive (27).

L'après Bouteflika: entre optimisme et pessimisme

Il est évident que, pour bien des Algériens, la fin de l'époque Bouteflika se veut synonyme d'un vent de changement. Cependant, des nuages se profilent à l'horizon, car le spectre de la guerre civile refait toujours surface lorsqu'on évoque une Algérie sans Bouteflika (28). L'opposition est déterminée à ravir le pouvoir afin de mettre fin au long règne du président, toutefois on peut se demander si elle sera en mesure de maintenir l'unité nationale advenant qu'elle y parvienne (29). D'autant plus que pour renverser le gouvernement, elle devra vraisemblablement former une coalition (30). Dans le contexte actuel, il serait plutôt difficile pour une coalition nouvellement formée et peu homogène d'assurer la stabilité du pays (31).

Bref, même si à long terme elle peut sembler souhaitable pour plusieurs Algériens, la fin de la présidence de Bouteflika n'est peut-être pas la meilleure avenue pour l'Algérie à court terme. Selon certains, la chute du prix du pétrole ainsi que la menace des groupes islamistes confèrent actuellement un attrait considérable au statu quo (32).




Références:

1. LE TEMPS D'ALGÉRIE, « Mort du roi Abdallah : le président Bouteflika décrète un deuil national de trois jours », 23 janvier 2015, http://www.letempsdz.com/content/view/141968/1/, (page consultée le 25 janvier 2015).

2. LE MONDE, «En 2015, une nouvelle donne géopolitique», 31 décembre 2014, http://www.lemonde.fr/international/article/2014/1... (page consultée le 25 janvier 2015).

3. Ibid.

4. RFI, «Le président Abdelaziz Bouteflika de retour à Alger», 16 novembre 2015, http://www.rfi.fr/afrique/2min/20141114-algerie-le... (page consultée le 25 janvier 2015).

5. JALAL ZERDOUMI, Amir et GALL, Carlotta, «Discontent Swells as President of Algeria Seeks a Fourth Term», THE NEW YORK TIMES, 13 avril 2014, http://www.nytimes.com/2014/04/14/world/africa/dis... (page consultée le 25 janvier 2015).

6. RFI, op.cit.

7. RFI, «Abdelaziz Bouteflika: questions autour d'une hospitalisation», 19 novembre 2014, http://www.rfi.fr/afrique/20141116-algerie-boutefl... (page consultée le 25 janvier 2015).

8. PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE, «Biographie officielle», http://www.el-mouradia.dz/francais/president/biogr... (page consultée le 25 janvier 2015).

9. Ibid.

10. MANDRAUD, Isabelle, «Les cinq visages d'Abdelaziz Bouteflika», LE MONDE, 29 avril 2014, http://www.lemonde.fr/international/visuel/2014/04... (page consultée le 25 janvier 2015).

11. Ibid.

12. Ibid. ... DE LA RÉPUBLIQUE, op.cit.

16. Ibid.

17. MANDRAUD, Isabelle, op.cit.

18. AREFI, Armin, «Algérie - Présidentielle : autopsie du bilan Bouteflika »,LE POINT AFRIQUE, 4 avril 2014, http://afrique.lepoint.fr/actualites/algerie-presi... (page consultée le 25 janvier 2015).

19. Ibid.

20. Ibid. ... Isabelle, op.cit.

26. AREFI, Armin, op.cit.

27. Ibid.

28. TOSSA, Mustapha, «Algérie, l'après Bouteflika», ATLASINFO, 15 novembre 2014, http://www.atlasinfo.fr/Algerie-l-apres-Bouteflika... (page consultée le 25 janvier 2015).

29. MANDRAUD, Isabelle, op.cit.

30. LE MONDE, op.cit.

31. TOSSA, Mustapha, op.cit.

Dernière modification: 2015-02-02 07:51:41

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