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25 février 2019

La douce revanche de Vladimir Poutine


Gilles Vandal
historien,
Ph.D.
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2018
Rencontre à Helsinki entre le président des États-Unis, Donald Trump, et le président russe Vladimir Poutine

mars
2018
Réélection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

septembre
2016
Réélection en Russie du parti Russie unie

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2015
Attentat contre un avion de la compagnie russe Metrojet

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2015
Chute importante du prix du baril de pétrole

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Écrasement d'un avion de la Malaysia Airline au-dessus du territoire ukrainien

mars
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Tenue d'un référendum en Crimée

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Élection en Russie du parti Russie unie de Vladimir Poutine

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2007
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septembre
2004
Dénouement d'une prise d'otages dans une école de Beslan, en Russie

mars
2004
Élection de Vladimir Poutine à la présidence de la Russie

décembre
2003
Élection du parti Russie unie en Russie

décembre
1999
Annonce de la démission du président russe Boris Eltsine

Depuis trois ans, des rumeurs grandissantes circulent concernant une interférence russe dans les élections américaines de 2016. Ces rumeurs se sont amplifiées avec les révélations de Robert Mueller, procureur spécial chargé d'enquêter sur l'existence ou non d'une collusion de la Russie avec le comité de campagne de Donald Trump.

L'interférence dépassa toutes les espérances du président russe. À la surprise de tous, Trump fut élu président des États-Unis. Moscou allait avoir pour quatre années un président malléable, considéré pour le moins sympathique aux positions politiques du Kremlin. Mais au-delà de certaines affinités qu'il peut avoir avec Trump, Vladimir Poutine avait plusieurs autres raisons de se réjouir.

En 2009, Poutine se montra très sympathique à la politique de réinitialisation des relations russo-américaines. Toutefois, le président Obama, soutenu fortement par la secrétaire d'État Hillary Clinton, poursuivit néanmoins les politiques mises en place par les précédentes administrations américaines favorisant l'expansion de l'OTAN en Europe orientale. Aussi, le désappointement russe fut très important.

Cette désillusion s'accentua avec le printemps arabe. L'administration Obama passa outre aux objections russes concernant la Libye et la Syrie, deux alliés traditionnels de Moscou. Dans le cas de la Libye, Washington parraina même une résolution de l'ONU soutenant une intervention militaire contre le régime Kadhafi.

Comme Clinton fut la principale architecte de l'intervention de l'OTAN en Libye, Poutine, alors premier ministre, en garda un souvenir amer. Lui et son ministre des Affaires étrangères se sont sentis floués par la secrétaire d'État. L'intervention autorisée consistait à protéger les populations civiles. Il n'avait jamais été question d'enclencher une opération visant à renverser le régime Kadhafi.

La plupart des gens ont une mémoire courte. Aussi, les médias américains ne semblent pas se rappeler comment en 2011 et 2012, l'administration Obama, sous l'influence d'Hillary Clinton et Zbigniew Brzezinski, tenta de provoquer un printemps russe. Pour ce faire, la stratégie américaine était simple : financer à coup de centaines de millions de dollars des dizaines de milliers de groupes prodémocraties par l'intermédiaire de l'agence américaine de développement international (USAID).

Cette stratégie aboutit à l'automne 2011 à une montée de la grogne populaire visant à prévenir un retour au pouvoir de Poutine comme président. Moscou et plusieurs villes russes furent alors secouées par des émeutes anti-Poutine lors des élections parlementaires. Néanmoins, Poutine réussit à se faire élire en mars 2012.

Dès lors, l'administration Poutine envoya un signal d'alarme en signant en juillet 2012 une loi prévenant l'adoption d'enfants russes par les familles américaines. Mais Washington passa outre à la grogne grandissante du Kremlin. Le Congrès américain répliqua avec la loi Magnitski, une mesure imposant des sanctions aux personnes ou groupes russes impliqués dans la mort du dissident Sergueï Magnitski.

Plus encore, à partir de 2012, le Département d'État et l'USAID commencèrent à soutenir très activement les groupes prodémocratie en Ukraine, y compris des groupes fascistes ouvertement très antirusses. Cette approche aboutit aux graves émeutes de 2013-2014 et finalement au renversement du régime prorusse à la fin février 2014. Comme le renversement du régime prorusse déclencha une guerre civile en Ukraine et mena à l'annexion de la Crimée par Moscou en mars 2014, les États-Unis et leurs alliés occidentaux répliquèrent en imposant de nouvelles sanctions encore plus lourdes à la Russie. Le Kremlin était mis sur la défensive.

Pour Poutine, Clinton fut la première responsable de l'attitude antirusse prévalant au sein de l'administration Obama. Même si celle-ci quitta le Département d'État en 2013, elle continua de critiquer ouvertement Poutine et ses politiques. Lors de l'annexion de la Crimée, elle n'hésita pas même à comparer Poutine à Hitler. Aussi, elle milita pour l'imposition de sanctions sévères à la Russie.

En conséquence, Poutine était personnellement rébarbatif à voir Clinton devenir présidente. Il entretenait assurément à son égard une aversion viscérale. Pour lui, son élection signifiait une période encore plus houleuse dans les relations russo-américaines.

La décision d'intervenir dans les élections américaines fut d'autant plus facile que Trump avait développé depuis les années 1980 des relations très cordiales avec les autorités russes. Or, en 2016, Trump poursuivait, en dépit de la campagne électorale, son grand objectif de doter son empire immobilier d'un mégaprojet à Moscou. Plus encore, il louangeait ouvertement le président russe, tout en promettant, s'il était élu, de lever les sanctions américaines.

Les États-Unis se permettent depuis plus de 70 ans d'interférer régulièrement dans des élections étrangères supposément pour promouvoir les valeurs démocratiques dans le monde. Or, lors des élections américaines de 2016, les Russes ont démontré qu'ils étaient tout aussi habiles à le faire par l'entremise des réseaux sociaux.

À la mi-février 2019, les services américains de renseignement affirmaient que des entreprises russes, soutenues par le Kremlin, financent présentement des médias sociaux ciblant particulièrement les jeunes Américains. Ces derniers cherchent à réfuter les accusations d'interférence russe en 2016 et à préparer la table pour les élections de 2020.

En somme, Hillary Clinton a ouvert une boîte de Pandore. Si elle pensait pouvoir empêcher le retour de Poutine au pouvoir, ce dernier, ancien agent du KGB, a démontré qu'à ce jeu, il était plus habile. Les services russes ont piraté son courriel, répandu de la désinformation tout en la présentant comme une politicienne imprudente et corrompue. Les élections de 2016 ont permis à Poutine d'en découdre avec Clinton, obtenant ainsi une douce revanche.



Dernière modification: 2019-05-06 15:30:16

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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