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30 octobre 2018

Le Laos : le pouvoir selon le parti communiste unique


Dorian Paterne Mouketou
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

mai
1984
Annonce du boycott des Jeux olympiques de Los Angeles par l'Union soviétique

juillet
1979
Ouverture d'une conférence internationale sur les réfugiés de la mer en Asie du Sud-Est

décembre
1975
Abdication du roi et proclamation de la République démocratique populaire du Laos

août
1967
Création de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est

mai
1958
Tenue d'élections au Laos

avril
1955
Ouverture d'une conférence internationale à Bandoeng

Le Parti révolutionnaire populaire lao (PRPL) dirige le Laos d'une main de fer depuis sa prise de pouvoir le 2 décembre 1975. Cette année marque la destitution de la monarchie constitutionnelle et le début d'une République démocratique populaire. Ce tournant historique a placé le parti unique comme le seul détenteur du pouvoir et, de ce fait, une dictature (1).

L'émergence du communisme : une politique de parti unique

Le PRPL prend racine dans le Parti communiste indochinois, mis sur pied en octobre 1930 dans le but de regrouper les communistes du Cambodge, du Laos et du Vietnam. À l'époque, le mouvement est surtout anticolonialiste. L'idéologie politique défendue par les membres du PRPL, qui sera officiellement fondé le 22 mars 1955, est basée sur le marxisme-léninisme. La plupart des membres « ont étudié les travaux de Lénine sur l'impérialisme et les tactiques utilisées par les mouvements communistes pour s'emparer du pouvoir sur le plan national (2) ».

La structure politique du parti repose sur la loyauté personnelle des membres. Sa force dépend de sa capacité à concentrer la richesse et le pouvoir. Le pouvoir, à la fois politique, économique et militaire, a permis au parti d'asseoir son autorité pendant plusieurs décennies (3). L'idéologie du parti a été façonnée par la lutte révolutionnaire commune menée avec le Vietnam. Plusieurs principaux dirigeants du parti ont des origines vietnamiennes. Alors que le secrétaire général du parti, Kaysone Phomvihan, était d'un père vietnamien, Nouhak Phoumsavan, et le prince Souphanouvong, respectivement deuxième et troisième dirigeant, avaient des femmes vietnamiennes (4).

En outre, le parti communiste unique contrôle d'une main de fer les médias du pays, étant propriétaire des journaux et des médias audiovisuels. En 2014 par exemple, le gouvernement a décrété que la critique en ligne de ses politiques ou du parti au pouvoir constitue une infraction pénale, en plus d'exiger des internautes l'utilisation de leurs vrais noms lors de la création de comptes dans les médias sociaux (5).

Le Laos est ainsi l'un des derniers États communistes du monde. Cependant, suivant le modèle vietnamien, le pays mène une politique de libéralisation économique sans ouverture politique. Vers la fin des années 80, le Laos introduit des réformes de marché. En 1997, il devient membre de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN). C'est en 2013 qu'il rejoint l'Organisation internationale du travail (OIT). Malgré quelques réformes économiques, le pays demeure toutefois pauvre et dépendant de l'aide internationale (6).

L'année 2016 marque-t-elle un tournant dans l'histoire du pays? Après avoir été nommé à la tête du PRPL le 22 janvier 2016, Boungnang Vorachit est porté à la tête de l'État le 20 avril de la même année par l'Assemblée nationale du Laos. Lors de son discours d'ouverture, il promet de lutter pour « des politiques internationales pacifiques, l'unité, l'amitié et la coopération (7) ». Il affiche une ouverture diplomatique avec les États-Unis, accueillant notamment le président Barack Obama lors d'une visite officielle en septembre 2016, une première pour un président américain (8). Globalement, Boungnang Vorachit poursuit ainsi une politique de conservatisme modéré (9).

Entre ouverture et étouffement de l'opposition

Au Laos, les opposants politiques sur le territoire sont envoyés dans des camps de « rééducation politique ». Selon deux chercheurs italiens, « [Traduction] Les porte-parole du PRP invoquent une foule d'explications pour justifier le monopole du parti sur le pouvoir - par exemple, le pays est trop sous-développé et le peuple trop peu instruit pour autoriser plus d'un parti (10) ». Ainsi, la stabilité politique du pays, assurée par le monopartisme, serait nécessaire à la croissance économique. Par-dessus tout, les membres du pays désirant garder le pouvoir rappellent la corruption de l'ancien régime pour légitimer leur contrôle (11).

La fin de la guerre froide a vu apparaitre au Laos de nouveaux entrepreneurs contestant « la poursuite de l'économie planifiée de type soviétique (12) ». C'est ainsi qu'en 1986 le pays annonce le passage à une économie de marché ouverte au commerce international (13). D'autres critiques du régime se sont enfuis en Thaïlande. Certains croient encore au retour du pouvoir royal. Les opposants exilés du régime, notamment établis en France, aux États-Unis et au Canada, dénoncent ce qu'ils appellent « la province du Vietnam communiste (14) », voyant le Laos comme une colonie vietnamienne depuis 1975.

De nombreux opposants politiques sont des royalistes qui déplorent la chute de la monarchie. Ils accusent le gouvernement communiste de multiplier « les inaugurations de statues représentant les anciens rois du pays […] à des fins nationalistes (15) ». D'autant plus que l'élite communiste n'est aucunement fascinée par la royauté. Cette volonté d'écarter l'opposition s'illustre dans les « tribunaux populaires », qui ont surtout pour responsabilité de supprimer l'opposition au régime (16).

Malgré la tenue d'élections législatives, le PRPL était le seul à présenter des candidats pour 8e législature de l'Assemblée nationale et des membres des conseils populaires provinciaux du Laos. De ce fait, les 149 députés élus sont issus du parti unique (17). Les opposants politiques du régime ont ainsi dénoncé des élections jugées non démocratiques. Selon le Mouvement mondial des droits humains : « Le cadre réglementaire répressif autorisant uniquement l'existence légale d'un seul parti empêche le développement d'un système politique multipartite (18). »

Le PRPL demeure néanmoins au cœur du système politique. L'appareil administratif de l'État est dominé par les organisations locales du parti. Il réussit à garder son emprise sur le pouvoir par le recrutement et la promotion des cadres issus des familles privilégiées du régime. Au Laos, même les entreprises privées financent les activités du parti (19). Le parti peut toujours compter également sur son grand frère vietnamien. Ainsi, « Le rôle du Viêt Nam comme allié et mentor, stipule le chercheur australien Martin Rathie, demeure important car des échanges nombreux et réguliers ont lieu entre les deux pays (20) ».




Références:

(1) Perspective Monde, Laos, URL http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BM... (consulté le 28 octobre 2018).

(2) Rathie, Martin, Histoire et évolution du Parti révolutionnaire populaire lao, dans Vanina Bouté et Vatthana Pholsena (dir.), « Laos : sociétés et pouvoirs », Les Indes savantes-Irasec, 2012, p. 17.

(3) Stuart-Fox, Martin, « Politics and Reform in the Lao People's Democratic Republic », Asia Research Centre, no 126, 2015, p. 6.

(4) Britannica, The Lao People's Democratic Republic, URL https://www.britannica.com/place/Laos/The-Lao-Peop... (consulté le 28 octobre 2018).

(5) BBC News, « Laos country profile », 24/07/2018, URL https://www.bbc.com/news/world-asia-pacific-15351898 (consulté le 28 octobre 2018).

(6) Ibid.

(7) The China Daily, « Bounnhang Vorachit elected Lao president », 20/04/2016, URL http://www.chinadaily.com.cn/world/2016-04/20/cont... ; Petty, Martin, « Laos picks new Communist Party chief », The China Daily, 22/01/2018, URL https://www.reuters.com/article/us-laos-congress-i... (consulté le 28 octobre 2018).

(8) BBC News, Loc. Cit.

(9) Torri, Michelguglielmo et Nicola Mocci, « The End of the Obama Era in Asia Edited by », Asia Maior, vol. 23, 2016, p. 227.

(10) Savada, Andrea M., Laos: A Country Study, Library of Congress, 1994, URL http://countrystudies.us/laos/ (consulté le 28 octobre 2018).

(11) Ibid.

(12) Martin Rathie, Op. cit., p. 37.

(13) Ibid., p. 38.

(14) Le Gal, Adrien, « Laos: les derniers soldats du roi », Le Monde, 15/09/2017, URL https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015... (consulté le 28 octobre 2018).

(15) Ibid.

(16) Martin Stuart-Fox, Op. cit., p. 23.

(17) Le Courrier du Vietnam, « Les résultats des élections législatives lao rendus publics », Le Courrier du Vietnam ,29/03/2016, URL https://www.lecourrier.vn/les-resultats-des-electi... (consulté le 2 novembre 2018).

(18) Mouvement mondial des droits humains, Laos : Un simulacre d'élection renforce le régime du parti-unique, URL https://www.fidh.org/fr/regions/asie/laos/laos-un-... (consulté le 2 novembre 2018).

(19) Martin Rathie, OP. Cit., p. 42-43.

(20) Ibid., p. 44.

Dernière modification: 2018-11-05 07:24:08

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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