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19 janvier 2016

L'élection présidentielle de 2015 au Guatemala: un gagnant inattendu


François Charles Morissette
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2015
Élection de Jimmy Morales à la présidence du Guatemala

décembre
1996
Signature des accords mettant fin à la guerre civile au Guatemala

février
1987
Dévoilement du plan Arias pour la paix en Amérique centrale

août
1983
Renversement du président Rios Montt au Guatemala

mars
1966
Tenue d'élections au Guatemala

décembre
1960
Création d'un Marché commun de l'Amérique centrale

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

juillet
1957
Assassinat du président du Guatemala Carlos Castillo Armas

juin
1954
Renversement du président guatémaltèque Jacobo Arbenz

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

mars
1945
Accession de Juan Jose Aravelo à la présidence du Guatemala

À la suite des scandales de corruption qui ont affligé le Guatemala et après la résignation, puis l'arrestation, du président Otto Pérez Molina (1), les Guatémaltèques ont été conviés aux urnes le 6 septembre 2015 dans une ambiance de méfiance vis-à-vis l'élite politique de leur pays.

Un poste d'importance

Dès le premier tour, une figure populaire de la télévision du Guatemala se pointe en première place. Il s'agit de Jimmy Morales, portant les couleurs du tiers parti de droite Front de Convergence Nationale, qui remporte le premier tour de l'élection présidentielle avec 23,85 % des voix. Derrière, arrive l'ex-première dame du pays, Sandra Torres, associée au parti de gauche Unité nationale de l'Espérance. Elle récolte 19,76 %. Au deuxième tour, qui s'est tenu le 25 octobre 2015, Jimmy Morales triomphe avec 67,44 % des voix sur Sandra Torres, qui ne récolte que 32,56 % du suffrage (2).

Président du pays depuis le 14 janvier 2016, Jimmy Morales se retrouve avec des pouvoirs nombreux et importants puisque le gagnant de l'élection présidentielle devient le chef d'État. Ses pouvoirs sont grands car il n'y a pas de premier ministre. Selon la Constitution du Guatemala, le président fait exécuter les lois, maintient l'ordre public, dirige les forces armées et les forces de sécurité, et nomme tous les ministres d'État, vice-ministres, les secrétaires et les ambassadeurs, en plus de diriger la politique étrangère du pays (3).

Le candidat de « l'anti-politique »

Au niveau des idées, Morales se définit comme «conservateur» et provient d'une famille catholique pratiquante (4). Il a fait des études en théologie et en administration (5). Jimmy Morales est associé au parti de droite Front de la Convergence Nationale. Cependant, ce qui a fait couler le plus d'encre depuis son élection, c'est le fait qu'il soit une figure connue de la télévision (6), lui qui était la tête d'affiche de la populaire série «Moralejas».

Tirant profit du dédain du peuple guatémaltèque vis-à-vis de l'élite politique du pays, Jimmy Morales l'emporte en se présentant comme le candidat de «l'anti-politique» (7), sous le slogan «ni corrompu, ni voleur (8)». Parmi les enjeux de sa campagne, et donc de sa présidence, il y a l'intégrité, notamment à la suite des scandales de corruption qui ont affligé l'administration sortante du président Molina.

Il y a aussi le contentieux territorial avec le Belize, qui devra être amené devant la Cour internationale de justice (9). En marge de la reconnaissance par la Cour suprême du Guatemala du génocide des Mayas Ixils, les candidats présidentiels ont également dû se positionner sur ce sujet. Pour sa part, Jimmy Morales refuse de reconnaître ce génocide. Pour ce qui est des problèmes économiques qui affligent le pays actuellement, Morales prétend qu'il n'existe «aucune solution magique (10)». Il pointe cependant du doigt la corruption comme étant un boulet pour l'économie du pays. «La corruption siphonnerait environ 30 % du budget du gouvernement» et Morales promet d'être «extrêmement sévère» pour contrer ce phénomène.

Mais cela ne sera pas facile. Si Jimmy Morales fut élu président, son parti n'est que la cinquième force en importance au Congrès, avec seulement 11 sièges sur 158. Le président devra conclure des pactes avec les autres partis, dont certains sont embourbés dans des scandales de corruption (11). Avec un mandat de 4 ans non renouvelable, le président Jimmy Morales aura-t-il le temps de changer la culture de l'élite politique guatémaltèque?




Références:

(1) Francisco Goldman, «From President to prison: Otto Pérez Molina and a day for hope in Guatemala», The New Yorker, 4 septembre 2015, http://www.newyorker.com/news/news-desk/from-presi... (page consultée le 18 janvier 2016)

(2) Tribunal Supremo Electoral, Guatemala C.A., « Elección de Presidente y Vicepresidente de la República», 26 octobre 2015, http://resultados2015.tse.org.gt/2v/resultados-201... (page consultée le 11 janvier 2016)

(3) «Political Constitution of the Republic of Guatemala», http://www.right2info.org/resources/publications/l... (page consultée le 11 janvier 2016)

(4) Jose Elias, «Jimmy Morales, el candidato sorpresa», El Pais, 22 octobre 2015, http://internacional.elpais.com/internacional/2015... (page consultée le 11 janvier 2016)

(5) loc. cit.

(6) Nash Jenkins, «Comedian Jimmy Morales Wins Guatemalan Presidential Election by Landslide», Time, 26 octobre 2015, http://time.com/4086607/jimmy-morales-guatemala-president (page consultée le 18 janvier 2016)

(7) El Pais, op. cit.

(8) loc. cit.

(9) Rowland A. Parks, «Guatemalan presidential candidate says loss of Belize is deplorable», Amandala, 15 septembre 2015, http://amandala.com.bz/news/guatemalan-presidentia... (page consultée le 11 janvier 2016)

(10) Juan Montes, «Guatemala's Jimmy Morales Assumes Presidency With Vow to Fight Corruption», The Wall Street Journal, 15 janvier 2016, http://www.wsj.com/articles/guatemalas-morales-ass... (page consultée le 18 janvier 2016)

(11) loc. cit.

Dernière modification: 2016-01-29 16:14:48

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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