Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

15 décembre 2018

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3 November 2015

Premier tour à la présidentielle en Argentine: Kirchner contrainte de rester spectatrice


Jean-Christophe Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

August
2018
Rejet de la décriminalisation de l’avortement par un vote du Sénat argentin

December
2001
Démission du président argentin Fernando de la Rua

June
2001
Arrestation de l'ex-président argentin Carlos Menem

March
1992
Attentat contre l'ambassade d'Israël en Argentine

March
1991
Signature du traité menant à la création du Mercosur

October
1983
Premières élections libres après la dictature militaire en Argentine

April
1982
Invasion des îles Malouines/Falkland par l'Argentine

August
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

April
1977
Première marche des mères de la Plaza de Mayo en Argentine

March
1976
Renversement de la présidente Isabel Peron en Argentine

November
1975
Déclenchement de l'opération Condor

July
1975
Démission du ministre argentin José Lopez Rega

June
1973
Fusillade lors du retour de Juan Peron en Argentine

March
1973
Retour à la démocratie en Argentine et élection à la présidence de Hector J. Campora

January
1970
Création du mouvement Montoneros en Argentine

May
1969
Déclenchement d'une grève majeure à Cordoba, en Argentine

February
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

December
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

December
1959
Signature d'un traité international protégeant l'Antarctique

Le 25 octobre 2015, les Argentins sont appelés pour un premier tour aux urnes afin de déterminer qui sera le nouveau président du pays. Le terme «nouveau» est juste puisque Cristina Kirchner, présidente depuis 2007, ne peut se présenter de nouveau en 2015 (1). À la suite de résultats surprenants, la population argentine est appelée, pour la première fois de son histoire, à voter pour un deuxième tour de scrutin.

De Kirchner en Kirchner

Depuis 2003, la présidence en Argentine allait toujours de pair avec le nom Kirchner. C'est en effet Nestor Kirchner qui prend le pouvoir au cours de cette année, laissé aux prises avec un pays effondré économiquement. Il gagne l'appui de la population avec des politiques keynésiennes; si elles ne sont pas forcément à l'origine de la relance économique du pays, elles coïncident au moins avec la même période (2). Son mandat prend fin en 2007, et c'est Cristina Kirchner, sa femme, qui remporte l'élection présidentielle. Elle sera également réélue en 2011.

Plus à gauche que son mari, elle augmente les dépenses publiques et n'hésite pas à faire imprimer de l'argent face à des réserves monétaires qui s'essoufflent. Parmi les nombreuses critiques adressées à Cristina Kirchner, on lui reproche notamment un taux annuel d'inflation avoisinant les 25 % (3). Des allégations de corruption sont également faites à son endroit, et on lui reproche d' «acheter» des votes en gérant les fonds publics à mauvais escient dans une optique populiste (4).

La mort suspecte du procureur général la veille d'un témoignage est également perçue d'un mauvais oeil par les détracteurs de l'ex-présidente (5). Celui-ci aurait vraisemblablement fait part de ses observations quant au possible rôle de Kirchner dans un attentat antisémite en 1994.

Kirchner est loin de faire l'unanimité, mais elle détient tout de même un appui populaire substantiel. Toutefois, outre un bilan mitigé après 8 ans de présidence, un obstacle se pose devant son espoir d'accomplir un troisième mandat: la Constitution argentine prévoit en effet un maximum de deux mandats consécutifs pour un président (6). Ainsi, Kirchner doit céder sa place à Daniel Scioli, gouverneur de la province de Buenos Aires, à la tête du Parti justicialiste (7).

Un premier tour surprenant

Le relais du Parti justicialiste étant laissé à un ancien chauffeur de bateau de course menant une campagne relativement faible, la compétition est plus féroce que prévue pour la présidentielle (8). Scioli obtient 36,7 % des voix et Mauricio Macri, le maire de Buenos Aires critiquant le protectionnisme légué par les Kirchner, obtient 34,5 % (9). Tous deux se retrouveront face à face lors du second tour du scrutin, et ils tenteront de récolter les 21,3 % obtenus par Sergio Massa du Front du Renouveau lors du premier tour.

Macri est à la tête de la coalition Changeons et est également maire de Buenos Aires. Pour l'emporter, il mise sur le ras-le-bol populaire face à la présidence justicialiste ininterrompue depuis 12 ans (10). Apprécié pour avoir modernisé l'économie de la capitale, Macri est politiquement actif depuis 2003 et n'a cessé d'augmenter son nombre d'alliés et d'élargir sa base électorale d'année en année (11). Aujourd'hui à la tête de la coalition Changeons, il est davantage à droite sur l'échiquier politique et préconise une libéralisation progressive de l'économie argentine, sans trop toucher aux acquis sociaux des citoyens (12).

Étant donné qu'aucun candidat n'a obtenu 45 % des voix, il s'agit de la première fois de l'histoire que la population argentine doive retourner aux urnes pour un second tour de scrutin. Non seulement ce second tour était inattendu, mais les contours d'une éventuelle alternance politique commencent également à s'esquisser dans cette élection présidentielle pour la moins surprenante.

Scioli n'ayant qu'une très faible avance, la campagne du second tour sera farouche. Les deux candidats restants se disputeront les parts de vote de Massa (13). L'élection est particulièrement éprouvante pour le successeur de Kirchner puisqu'elle n'endosse pas en totalité sa candidature. Voyant Scioli comme un obstacle à la poursuite de la réalisation de son projet politique, Cristina Kirchner, selon les analystes politiques, ne serait pas forcément déçue de la défaite de ce candidat puisqu'elle pourrait de nouveau se présenter à la présidentielle de 2019 (14).

Selon les plus récents sondages, Macri aurait une avance d'environ 4 % sur Scioli. Le taux d'indécision avoisinerait les 10 %, tout n'est donc pas encore joué (15).




Références:

(1) PEYRILLE, Alexandre. «Coup de théâtre au pays du péronisme», Le Devoir, le 27 octobre 2015, http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... (page consultée le 1er novembre 2015).

(2) GUILLAUME, Mathilde. «Les Argentins s'apprêtent à tourner la page du kirchénisme», Le Devoir, le 24 octobre 2015, http://www.ledevoir.com/international/actualites-i... (page consultée le 1er novembre 2015).

(3) POUYAT, Alice. «L'Argentine boude l'héritage des Kirchner», Le Figaro, le 26 octobre 2015, http://www.lefigaro.fr/international/2015/10/26/01... (page consultée le 1er novembre 2015).

(4) GUILLAUME, Mathilde. «L'Argentine en panne économique dit adios à Cristina Kirchner», Libération, le 23 octobre 2015, http://www.liberation.fr/planete/2015/10/23/l-arge... (page consultée le 1er novembre 2015).

(5) LEGRAND, Christine. «La mort suspecte d'un procureur embarasse Cristina Kirchner», Le Monde, le 28 janvier 2015, http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/01/28... (page consultée le 1er novembre 2015).

(6) BBC News. «Argentine election: Kirchner era draws to a close», le 23 octobre 2015, http://www.bbc.com/news/world-latin-america-34580287, (page consultée le 1er novembre 2015).

(7) LEGRAND, Christine. «En Argentine, un revers pour la présidente Cristina Kirchner», Le Monde, le 26 octobre 2015, http://www.lemonde.fr/international/article/2015/1... (page consultée le 1er novembre 2015).

(8) ROMERO, Simon. «Argentina election shakes assumptions on departing leader's clout», New York Times, le 26 octobre 2015, http://www.nytimes.com/2015/10/27/world/americas/r... (page consultée le 1er novembre 2015).

(9) PEYRILLE, Alexandre, op. cit.

(10) BUCHET, Jean-Louis. «Primaires décisives en Argentine en vue de l'élection présidentielle», RFI, le 9 aout 2015, http://www.rfi.fr/ameriques/20150809-primaires-dec... (page consultée le 1er novembre 2015).

(11) Le Parisien. «Argentine: Mauricio Macri, de boca Juniors à la course présidentielle», le 27 octobre 2015, http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/arg... (page consultée le 1er novembre 2015).

(12) The Economist. «Macri-Economics», le 31 octobre 2015, http://www.economist.com/news/americas/21677250-pr... (page consultée 1er novembre 2015).

(13) PEYRILLE, Alexandre, op. cit.

(14) L'Express. «Coup de théâtre électoral, du changement dans l'air en Argentine», le 26 octobre 2015, http://www.lexpress.fr/actualites/1/actualite/pres... (page consultée le 1er novembre 2015).

(15) Merco Press. «Macri ahead of Scioli, with 8,8% still undecided shows first poll following sunday's vote», le 29 octobre 2015, http://en.mercopress.com/2015/10/29/macri-ahead-of... (page consultée le 1er novembre 2015).

Dernière modification: 2015-11-16 07:41:40

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