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17 novembre 2015

Al-Sissi : de l'armée à la présidence égyptienne


Megan Leschier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

janvier
2014
Référendum sur une nouvelle Constitution en Égypte

juillet
2013
Renversement du président Mohamed Morsi en Égypte

décembre
2012
Référendum constitutionnel en Égypte

septembre
2012
Manifestations anti-américaines dans plusieurs pays arabes

juin
2012
Annonce de l'élection de Mohamed Morsi à la présidence de l'Égypte

février
2011
Démission du président égyptien Hosni Moubarak

juin
2009
Discours de Barack Obama à l'université du Caire

septembre
2005
Élection de Hosni Moubarak à la présidence de l'Égypte

janvier
1992
Entrée en fonction de Boutros Boutros-Ghali au poste de secrétaire général des Nations unies

février
1986
Ouverture du premier Sommet de la francophonie

octobre
1981
Assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate

septembre
1978
Signature des accords de camp David entre Israël et l'Égypte

novembre
1977
Discours historique du président Anouar el-Sadate devant la Knesset

octobre
1973
Début du premier «choc pétrolier»

octobre
1973
Déclenchement de la guerre du Kippour au Moyen-Orient

avril
1971
Proclamation de l’Union des Républiques arabes

septembre
1970
Décès du président égyptien Gamal Abdel Nasser

août
1967
Ouverture d'un sommet des pays arabes à Khartoum

juin
1967
Début de la guerre des Six jours au Moyen-Orient

Abdel Fattah al-Sissi, ancien caporal puis maréchal des Forces armées d'Égypte, a destitué le président islamiste Mohamed Morsi et exerce le rôle de président depuis le 8 juin 2014. Al-Sissi est perçu comme un « héros » capable de ramener la stabilité après trois années de crises sécuritaire et économique.

Une arrivée en force au pouvoir

L'Égypte fut pendant 30 années, soit de 1981 à 2011, dirigée par le même président dictateur; Hosni Moubarak, réélu tous les six ans par voie référendaire, et ce, « démocratiquement. » C'est en 2005 seulement que les élections législatives sont ouvertes à d'autres candidats.

Les choses changent vraiment après le printemps arabe de 2011 et le départ de Moubarak. L'élection présidentielle de 2012 porte au pouvoir Mohamed Morsi, un islamiste. Les pays occidentaux espèrent alors que cette élection ouvrira la voie à la démocratie, mais ils n'en perçoivent que des fragments. En effet, ce président a été accusé d'incompétence économique, mais aussi de vouloir imposer les principes islamistes des Frères musulmans, un groupe religieux auquel il appartient. Il est destitué le 3 juillet 2013 par l'armée, d'ailleurs, sous le commandement d'al-Sissi (1).

À la suite de ce coup d'État et après plusieurs mois de manifestations populaires, les Égyptiens élisent al-Sissi à forte majorité, soit à 96,9 %, tout en considérant qu'un peu moins de la moitié de la population s'est présentée aux urnes (2). Al-Sissi avait prédit que son élection allait être assurée, il a d'ailleurs omis volontairement de présenter un programme électoral. Cependant, il a tout de même promis qu'il créerait des emplois et qu'il améliorerait le niveau de vie de tous les Égyptiens (3).

Dès son arrivée au pouvoir, les opinions divergent. Certains le perçoivent comme un sauveur capable de redresser l'instabilité politique et économique du pays, d'autres le considèrent comme un moindre mal.

Bilan économique de la première année : un pays difficile à relever

En apparence, al-Sissi a déjà réussi en termes économiques où les anciens dirigeants ont échoué. Effectivement, il a gagné la confiance d'investisseurs étrangers en mettant en oeuvre des réformes telles que réduire les subventions de carburants et de denrées alimentaires ou encore la lutte contre la bureaucratie (4).

La situation intérieure de l'Égypte et les conditions générales du Moyen-Orient rendent difficile l'évaluation du bilan présidentiel d'al-Sissi depuis son arrivée au pouvoir; que ce soit sur les plans de l'économie, de la politique tant intérieure qu'extérieure, la démocratie et les droits de l'Homme ainsi que sur les élections législatives (5).

Dès son premier jour en tant que président, al-Sissi est aux prises avec des problèmes économiques qui ont débuté bien avant qu'il ne prenne en main le contrôle du pays. Ces derniers sont suffisants pour engendrer des ennuis au dirigeant étant donné qu'il est responsable d'offrir aux citoyens des services publics adéquats.

De plus, ce pays qui n'a pas de Parlement présente indubitablement une absence de transparence. Dans une telle situation politique, il n'est pas adéquat de parler de la confiance dans la sphère économique.

Tout d'abord, la crise économique que vit l'Égypte est présentée sous différentes formes : corruption généralisée, déficit budgétaire, hausse du chômage, crise de l'énergie, baisse des réserves en liquide ainsi que chute de la moyenne du taux de croissance. D'ailleurs : « [...] ces crises rendent inutile (sic) tous les efforts des institutions pour améliorer la situation économique du pays et les conditions de vie des citoyens (6) ». Par contre, certains pays arabes du sud du golfe Persique ont sauvé l'économie égyptienne au lendemain de la révolution en fournissant une aide financière très généreuse. De ce fait, ils ont empêché la crise de s'aggraver, surtout en matière d'énergie et de carburant.

Ensuite, afin de redresser l'économie et de replacer le pays sur l'échiquier mondial, le dirigeant compte sur ses propres ressources. Il espère voir le pays augmenter ses revenus de 5,5 à environ 13 milliards d'euros par an d'ici 2023 en élargissant le canal de Suez; cela permettrait d'accroître le nombre de marchandises qui transitent via ces eaux. Ce projet pourrait, selon al-Sissi, contribuer à une croissance du pays supérieure ou égale à 5 %, un niveau qui n'a pas été atteint depuis 2010 (7).

Enfin, al-Sissi a annoncé une politique d'austérité drastique qui consistera à hausser les taxes sur les produits de consommation, tels le tabac et l'alcool, ainsi qu'une réduction des subventions à l'énergie. Cette politique a pour but de réduire le déficit budgétaire de 14 à 12 % du produit national brut (PNB), tout en améliorant rapidement les conditions de vie des Égyptiens. À cet égard, al-Sissi est bien conscient que la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Les droits et libertés exclus du programme politique

Plusieurs opinions divergent quant au programme politique que présente al-Sissi. Les dénigreurs de ce dernier le critiquent également dans le domaine de la démocratie et des droits de l'Homme et disent qu'il fait régresser le pays, se dirigeant vers une reproduction du modèle Moubarak. Ses militants, eux, appuient sa politique de lutte contre le terrorisme (8).

Le président du Réseau arabe d'informations sur les droits de l'Homme, Gamal Aïd, a déclaré dans une entrevue avec la Radio francophone d'Iran que : « La première année de la présiden[ce] d'al-Sissi était la pire année de l'histoire de l'Egypte (9). » De plus, il ajoute que, dans un pays où seule une personne dirige, les libertés sont plus facilement bafouées et la démocratie stagne, voire recule. Voici quelques exemples de répercussions : durant la première année de règne d'al-Sissi, les Égyptiens ont pu assister à une lutte affaiblie contre la corruption, à plusieurs cas de violation de la Constitution ainsi qu'à un nombre élevé de journalistes arrêtés, emprisonnés et condamnés.

En outre, Gamal Aïd ajoute que les méthodes entreprises par al-Sissi sont similaires à celles que Hosni Moubarak utilisait durant ses 30 années de dictature pour appliquer un état d'urgence permanent et ainsi violer sans arrêt les libertés des individus. Il prétend que la lutte contre le terrorisme est désormais devenue un prétexte pour violer les droits de l'Homme et, par conséquent, retarder le processus démocratique du pays, surtout en matière d'organisation d'élections parlementaires (10).

D'ailleurs, al-Sissi avait promis qu'il modifierait la loi portant sur la tenue des manifestations afin de supprimer les restrictions imposées aux rassemblements populaires, mais cette promesse n'a pas été tenue. Toujours concernant les droits de l'Homme, plusieurs peines de mort ont été prononcées sans procès préalable, la plupart à l'endroit des partisans des Frères musulmans. Nous pouvons chiffrer les peines de mort à 109 en 2013 et 509 en 2014. Cette sanction semble devenir un outil régulier pour éliminer l'opposition politique (11). Ne maîtrisant pas ses forces de sécurité, al-Sissi ne cherche pas à poursuivre en justice les responsables de ces homicides illégaux, même s'il se dit protecteur des droits de la personne et « peiné par la perte de la moindre vie (12) ».

Bref, même si al-Sissi avait promis que « Sous [s]a présidence, il n'y aura[it] pas de place pour les Frères musulmans », cette absence d'un système démocratique et ces constantes violations des droits de l'Homme semblent faire crouler l'alliance politique et sociale qui avait pris place en Égypte pour écarter les Frères musulmans de la scène politique (13).




Références:

(1) REUTERS, « Al-Sissi accède à la présidence de l'Égypte », ICI Radio-Canada, 8 juin 2014, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (Page consultée le 14 novembre 2015)

(2) AGENCE FRANCE-PRESSE, « Egypte : Al-Sissi proclamé officiellement président » Journal Le Monde, 3 juin 2014, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2014/06/03/e... (Page consultée le 12 novembre 2015)

(3) BAYOUMY, Yara, « Year into Sisi's power, Egyptians lament persistent hardships », Reuters, 1er juillet 2015, http://www.reuters.com/article/2015/07/01/us-egypt... (Page consultée le 14 novembre 2015)

(4) IRIB, « Règne Sissi An I », Iran ? Radio Francophone, 11 juin 2015, http://frenchold.ws.irib.ir/component/k2/item/3723... (Page consultée le 13 novembre 2015)

(5) Loc.cit.

(6) Loc.cit.

(7) DIRECT MATIN, « Tout savoir sur Al-Sissi, l'homme fort de l'Egypte », 18 octobre 2015, http://www.directmatin.fr/monde/2015-10-18/tout-sa... (Page consultée le 15 novembre 2015)

(8) IRIB, op.cit.

(9) Loc.cit.

(10) Loc.cit.

(11) Loc.cit.... SAHRAOUI, Hassiba , « Il faut se méfier des promesses de liberté du président al Sissi », Amnistie Internationale, 4 juin 2015, http://www.amnistie.ca/sinformer/communiques/inter... (Page consultée le 13 novembre 2015)

(13) Loc.cit.

Autres références

GUESNARD, Marion, « Egypte : al-sissi imperator? », Revue politique internationale, numéro 145, http://www.politiqueinternationale.com/revue/artic... (Page consultée le 8 novembre 2015)

LOMBARDI, Roland, « Égypte : Al-Sissi en guerre...économique! », Econostrum : actualité économique en Méditerranée », 23 juin 2014, http://www.econostrum.info/Egypte-Al-Sissi-en-guer... (Page consultée le 8 novembre 2015)

RICHIERI, Agnès, « En Égypte, l'armée au coeur de la politique économique de Sissi », Actualités La-Croix, 12 juin 2014, http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/En-Egypte-... (Page consultée le 9 novembre 2015)

Dernière modification: 2015-11-23 07:52:05

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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