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26 octobre 2015

Portugal : la coalition de droite conserve le pouvoir


Louis-Philippe Duhaime
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

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2017
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2009
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1999
Tenue d'élections au Parlement européen

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1976
Tenue d'élections multipartites au Portugal

novembre
1975
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août
1975
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juin
1975
Proclamation d'indépendance de la République populaire du Mozambique

septembre
1974
Accession de la Guinée-Bissau à l'indépendance

avril
1974
Renversement du gouvernement (révolution des oeillets) au Portugal

Le 4 octobre 2015, les électeurs portugais se sont rendus aux urnes dans le cadre des l'élections législatives. Il s'agissait du premier scrutin depuis que le Portugal est sorti du plan d'aide de l'Union européenne (1). La coalition de droite Portugal en avant, composée du Parti social-démocrate et du Parti populaire (CDS-PP, conservateur), a remporté le scrutin et formera un gouvernement minoritaire.

Référendum sur l'austérité

La coalition de droite menée par Pedro Passos Coehlo est restée en poste et formera le prochain gouvernement du Portugal. La victoire de Coehlo, au pouvoir depuis 2011, comporte toutefois une part de défaite : la coalition de droite, qui formait un gouvernement majoritaire, forme désormais un gouvernement minoritaire (2). Afin d'obtenir ce résultat, il ont récolté 38,6 % des voix, comparativement à 51 % lors des élections législatives de 2011 (3).

La coalition de droite, formée du Parti social-démocrate et du Parti populaire (CDS-PP, conservateur) a fait campagne sur un programme d'austérité. Le message porté reposait sur la reprise économique et les bienfaits des politiques d'austérité mises en place par le premier ministre Pedro Passos Coehlo (4). En effet, ce dernier a suivi à la lettre les plans d'aide de la « troïka » (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne), ce qui a permis au Portugal de connaître une croissance économique depuis 2014 (5).

Ayant remporté la deuxième place, le Parti socialiste formera l'opposition. Ce dernier a récolté 32 % des votes, ce qui représente une augmentation de 4 % par rapport aux dernières élections de 2011 (6). Ce parti était au pouvoir avant les élections remportées par la coalition Portugal en avant en 2011. En 2015, le discours électoral du Parti socialiste consistait à s'attaquer à l'austérité. Ce dernier propose un plan considéré comme « complexe » par le journal Le Monde. Il veut notamment « prévoir des baisses de charges patronales et salariales, compensées notamment par la création de droits de succession, ou un système pénalisant les entreprises employant trop de contrats courts (7) ».

Deux autres partis de « gauche » étaient en lice pour les élections. Premièrement, le Bloc de gauche, considéré par le journal The Guardian comme étant une version portugaise du parti politique grec anti-austérité Syriza, a récolté 10,2 % des suffrages (8). De plus, la Coalition démocratique unitaire (Parti communiste et Verts) a obtenu 8,3 % des votes.

Au final, l'alliance gouvernementale a récolté 104 sièges, le Parti socialiste 85, le Bloc de gauche 19, la Coalition démocratique unitaire 17 et le Parti Personnes, animaux, nature (PAN) 1 siège. Le taux d'abstention a atteint 43,1 %, ce qui établit un nouveau record pour le Portugal (9).

Une victoire à saveur de défaite

Bien que déclarée grande gagnante des élections, la Coalition de droite a perdu sa majorité au Parlement avec la perte de 32 sièges. Selon le journal britannique The Telegraph, les élections du 4 octobre avaient des allures de référendum sur l'austérité (10). Cet enjeu majeur a été un élément déterminant au moment du vote, tant du côté de la victoire de la Coalition de droite, que de la montée du Bloc de gauche. Selon Le Monde, les Portugais ont en mémoire les mesures d'austérité que le gouvernement de Pedro Passos Coehlo a fait subir à la population, notamment des coupes budgétaires et des hausses d'impôt historiques (11).

Un autre facteur pouvant expliquer la perte de votes de la Coalition de droite est le faible taux d'abstention. Les élections de 2015 ont fracassé un nouveau record en matière d'abstention de vote. Il était de 43,1 %, comparativement à 41,9 % en 2011 (12). Ce faible taux de participation s'est ressenti tout au long de la campagne. La semaine avant les élections, 20 à 30% des électeurs ne savaient toujours pas pour qui voter (13).

Toujours selon The Telegraph, le chef du Parti socialiste, Antonio Costa, a admis que son parti a sa part de responsabilité dans la défaite. Après la sortie des résultats, Costa a dit à ses partisans après l'annonce de la défaite, que son parti a dévié de l'objectif initial (14), ce qui a causé une déroute.

La « gauche » divisée

Plusieurs experts croyaient en une coalition de tous les partis de gauche. Cela leur aurait permis d'obtenir une majorité de sièges (15). Or, le vote s'est divisé, créant une montée du Bloc de gauche qui a pris tout le monde par surprise. Avec une récolte de 19 sièges et 10,2 % des votes, il s'agit des meilleurs résultats de son histoire. Pour la première fois, il a battu la Coalition démocratique et unitaire (Parti communiste et Verts). Le parti associé à Syriza par son eurosceptisme a fait campagne sur le rappel de la douleur qu'ont vécue les Portugais lors de la période d'austérité (16).

L'impressionnant nombre de votes du Bloc de gauche est un effet de la division au sein de la « gauche » portugaise. Selon le candidat du Parti socialiste, Antonio Costa, les électeurs se sont fait marteler par les partis adverses que de voter pour le Parti socialiste était un vote pour l'instabilité et le retour de la dette (17). L'effet s'est fait ressentir dans le vote de la « gauche » (18).




Références:

(1) Le Monde, « Portugal : la coalition de droite se maintient au pouvoir », 4 octobre 2015,http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/10/... (page consultée le 26 octobre 2015)

(2) Courrier International, « Portugal. La coalition de droite remporte les élections après quatre ans d'austérité », 4 octobre 2015 http://www.courrierinternational.com/article/portu... (page consultée le 26 octobre 2015)

(3) The Guardian, « The Guardian view on the Portuguese election: winning by losing », 5 octobre 2015 http://www.theguardian.com/commentisfree/2015/oct/... (page consultée le 26 octobre 2015)

(4) Le Monde, « Au Portugal, des élections sous le signe de la crise », 3 octobre 2015, http://www.lemonde.fr/international/article/2015/1... (page consultée le 26 octobre 2015)

(5) Le Monde, « Le Portugal a appliqué à la lettre les réformes exigées par la troïka », 4 octobre 2015, http://www.lemonde.fr/argent/article/2015/10/02/le... (page consultée le 26 octobre 2015)

(6) The Guardian, op. cit.

(7) Le Monde, « Au Portugal, des élections sous le signe de la crise », op. cit.

(8) The Guardian, op. cit.

(9) Le Monde, « Portugal : la coalition de droite se maintient au pouvoir », op. cit.

(10) The Telegraph, « Portugal election: centre-right coalition retains power but could lose majority », 5 octobre 2015, http://www.theguardian.com/world/2015/oct/04/portu... (page consultée le 26 octobre 2015)

(11) Le Monde, « Portugal : la coalition de droite se maintient au pouvoir », op. cit.

(12) Loc. cit.

(13) Loc. cit.

(14) The Telegraph, op. cit.

(15) Le Monde, « Au Portugal, des élections sous le signe de la crise », op. cit.

(16) The Telegraph op. cit.

(17) Le Monde, « Au Portugal, des élections sous le signe de la crise », op. cit.

(18) Le Monde, « Portugal : la coalition de droite se maintient au pouvoir », op. cit.

Dernière modification: 2015-11-02 08:46:52

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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