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9 septembre 2006

Les hydrocarbures boliviens : richesse du peuple ou de multinationales étrangères?


Noémie Giguère
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Balado: Le monde en perspective




Nouveauté. Écoutez en baladodiffusion les rencontres qu'animent les professeures Isabelle Lacroix et Karine Prémont sur des questions qui touchent les enjeux démocratiques, les relations internationales ou les modes de scrutin. Des rencontres de 20 minutes dans un style simple et ouvert avec des spécialistes, des personnes présentes sur le terrain et aussi des étudiantes et étudiants de second cycle.

Au fil du temps

décembre
2005
Élection d'Evo Morales à la présidence de la Bolivie

juillet
2004
Référendum sur la gestion des hydrocarbures en Bolivie

octobre
1982
Accession de Hernan Siles Zuazo à la présidence de la Bolivie

août
1980
Signature du traité de Montevideo entre les pays de l'Alalc

juillet
1978
Renversement du gouvernement de Hugo Banzer en Bolivie

novembre
1975
Déclenchement de l'opération Condor

août
1971
Coup d'État contre le président Jose Torres en Bolivie

mai
1969
Création du Pacte andin

avril
1969
Décès du président bolivien René Barrientos Ortuño

octobre
1967
Exécution d'Ernesto «Che» Guevara

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

avril
1952
Accession de Victor Paz Estenssoro à la présidence de la Bolivie

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

juillet
1946
Renversement du président bolivien Gualberto Villarroel

Alors que la question de la nationalisation des hydrocarbures en Bolivie a entraîné la démission de l'ancien président Carlos Mesa, en juin 2005, le nouveau dirigeant bolivien, Evo Morales Ayma, en a fait son cheval de bataille (1). En pleine campagne électorale, en 2005, il déclarait déjà que « [...] la Bolivie, malgré le pillage, est encore riche et les ressources appartiennent au peuple qui doit pouvoir exercer son droit de propriété. Nous annulerons les lois qui ont livré les hydrocarbures aux multinationales, car elles sont illégales, n'ayant pas été approuvées par le Parlement [...] et nous devons industrialiser les ressources naturelles pour soutenir le développement (2) ». Cette idée de nationaliser les hydrocarbures n'est donc pas nouvelle et le peuple bolivien a témoigné son appui à cette cause lors de nombreuses manifestations. C'est donc en réponse aux pressions exercées par son peuple que le président bolivien a présenté, le 1er mai dernier, le décret 28701 qui stipule que tous les hydrocarbures du pays seront nationalisés (3).

À qui profite l'argent généré par les hydrocarbures?

La Bolivie est le pays le plus pauvre du continent sud-américain. En fait, 70 % de ses 9 millions d'habitants vivent sous le seuil de la pauvreté (4) et le produit intérieur brut (PIB) per capita est de 949 $ (5), et ce, malgré ses richesses naturelles importantes. En effet, la Bolivie possède les deuxièmes réserves de gaz naturel de l'Amérique du Sud après le Venezuela, soit 1550 millions de mètres cubes (6). Selon Morales, la nationalisation aidera à diminuer cet écart tout en rapportant des revenus supplémentaires à l'État de 400 millions de dollars américains (7).

À la suite de l'annonce de la nationalisation des hydrocarbures, en mai 2006, un délai de 180 jours a été accordé aux vingt-six compagnies étrangères établies en Bolivie afin de négocier de nouvelles ententes avec le gouvernement bolivien de manière « juste et équitable » (8). À la demande d'Evo Morales, les forces armées ont aussitôt occupé les gisements de gaz naturel et de pétrole afin de faire respecter cette nouvelle mesure (9). En outre, cette restructuration majeure s'effectue sous la supervision de la compagnie bolivienne YPFB (Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos) qui s'occupe de régulariser les prix et les volumes d'exportation des hydrocarbures des multinationales étrangères.

Il va sans dire que cette décision ne plaît pas à tout le monde, notamment au Brésil, dont la moitié de la consommation de gaz naturel provient de la Bolivie (10). L'Union européenne et les États-Unis ont aussi émis leur crainte quant à cette décision qui pourrait faire augmenter le prix du baril de pétrole. D'autant plus que l'ambition du président bolivien ne s'arrête pas là; « Nous avons commencé à nationaliser les hydrocarbures, demain ce seront les mines, les forêts et toutes les ressources naturelles (11). »

Un tournant vers la gauche

La nationalisation des hydrocarbures n'est pas seulement une décision économique, mais elle s'inscrit aussi dans une stratégie politique plus globale. En fait, lors de son séjour à la Havane, en avril 2006, Morales a signé avec le dirigeant cubain Fidel Castro et le président vénézuelien Hugo Chavez, le Traité de commerce des peuples (TCP). Ce document est en fait une alternative au libre-échange signé par la Colombie et le Pérou avec les États-Unis, en plus d'être une façon de contrer l'impérialisme américain dans la région andine (12). La signature de ce traité multilatéral est considérée par certains comme un rapprochement idéologique avec les « régimes de gauches nationalistes (13)». En fait, cet accord n'a pas seulement des impacts économiques, mais aussi une grande portée politique.

La pression exercée par le peuple bolivien à l'égard de son gouvernement a permis de nationaliser les hydrocarbures du pays. Cette décision a permis aux Boliviens de s'approprier cette ressource naturelle ainsi que de diminuer l'ingérence étrangère dans l'économie du pays. Finalement, la nationalisation a rapproché le gouvernement bolivien de Cuba et du Venezuela afin de créer une potentielle zone de libre-échange sud-américaine et ainsi contrer la puissance américaine. Il reste maintenant à savoir si cette prise en main de l'économie du pays par Evo Morales et le rapprochement de la Bolivie avec certains régimes de gauche auront les effets escomptés à long terme ou si les impacts seront de courte durée.




Références:

(1) CHAVEZ, Walter, Crise en Bolivie, http://risal.collectifs.net/aricle.php3?id_article=1396, (page consultée le 31 août 2006)

(2) Gérard Devienne, L'Humanité, 17 décembre 2005

(3) Sylvie, DUGAS, La Chronique des Amériques, juin 2006, no 23, Observatoire, Université du Québec à Montréal

(4) CIA, The World Factbook, Bolivia, 2003, http://www.bartleby.com/151/bl.html, ( page consultée le 31 août 2006)

(5) BOLIVIE, Instituto Nacional de Estadistica, Principales indicadores economicos de los paises miembros de la ALADI, 2004, juin 2004, http://www.ine.gov.bo/cgi-bin/piwdie1xx.exe/TIPO?G... (page consultée le 31 août 2006)

(6) AFP, « La Paz croit que les pétrolières resteront », Le Devoir, mercredi 3 mai 2006, p.B-3 Lamia, OUALALOU, « Evo Morales nationalise les hydrocarbures en Bolivie », Le Figaro, 2 mai 2006

(7) BLOOMBERG, « Saisie des champs pétroliers par la Bolivie », La Presse, jeudi le 4 mai 2006, Presse Affaires 2.

(8)Sylvie, DUGAS, La Chronique des Amériques, juin 2006, no 23, Observatoire, Université du Québec à Montréal

(9) Lamia, OUALALOU, op.cit, Le Figaro, 2 mai 2006

(10) BlOOMBERG, op.cit, La Presse, jeudi le 1 mai 2006, Presse Affaires 2

(11)Raul, BURGUA, « La Bolivie nationalise le pétrole », La Presse, mardi le 2 mai 2006, p.A-15.

(12) Christian, GALLOY, Cuba-Venezuela-Bolivie : Le Traité ce commerce des peuples, Latinreporters.com

(13) Sylvie, DUGAS, op.cit

Dernière modification: 2007-05-02 07:13:22

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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