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6 octobre 2015

La justice mexicaine impuissante face à l'affaire des étudiants disparus


Jean-Christophe Morin
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

juillet
2018
Élection d’Andrés Manuel Lopez Obrador à la présidence du Mexique

septembre
2017
Tremblement de terre dévastateur au Mexique

juillet
2012
Élection d'Enrique Pena Nieto à la présidence du Mexique

juin
2009
Confirmation d'une pandémie de grippe A (H1N1) par l'OMS

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2006
Élection de Felipe Calderon à la présidence du Mexique

juillet
2000
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janvier
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décembre
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1985
Tremblement de terre meurtrier au Mexique

juillet
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1980
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juin
1975
Ouverture d'une conférence internationale sur les femmes à Mexico

octobre
1968
Répression d'une manifestation étudiante sur la Place des trois cultures à Mexico

février
1960
Signature du traité de Montevideo créant l'Association de libre-échange de l'Amérique latine

décembre
1959
Création de la Banque interaméricaine de développement

mars
1948
Création de l'Organisation des États américains

septembre
1947
Signature du Traité interaméricain d'assistance réciproque à Rio de Janeiro

Le 26 septembre 2015 marque au Mexique l'anniversaire de la disparition de 43 étudiants dans des circonstances nébuleuses. Même si le gouvernement mexicain affirme que les écoliers auraient étés assassinés par des membres du cartel Guerreros Unidos (1), des milliers de manifestants insatisfaits de la version officielle paradent en cette journée de deuil (2).

La police et la mairie liées aux cartels

Durant la nuit du 26 septembre 2014, une centaine d'élèves de l'école d'Ayotzinapa veulent commémorer un massacre survenu en 1968 durant lequel des étudiants manifestants sont morts sous les balles des policiers (3). Afin d'orchestrer les manifestations visant à commémorer cet événement, les étudiants repèrent 4 autobus scolaires non surveillés et tentent de s'en emparer pour parader. Cependant, ceux-ci appartiennent à un puissant cartel mexicain et sont chargés de drogues leur appartenant (4). Des policiers sur le terrain remarquent l'usurpation et, étant liés aux narcotrafiquants qui possèdent alors les autobus, ils soupçonnent les étudiants d'être des membres d'un cartel rival.

Soucieux d'éviter un vol de drogue, les policiers corrompus font feu et tuent 3 étudiants, puis livrent les autres au cartel concerné (5). Des témoignages révèlent que l'ordre aurait été donné par le maire lui-même, José Luis Abarca (6).

Plusieurs mois après le drame, le gouvernement d'Enrique Pena Nieto, le président du Mexique, «confirme» la mort des 43 étudiants et prétend que ces derniers auraient été incinérés lors de l'incident (7). Néanmoins, une enquête réalisée par des experts indépendants mène à croire qu'il serait fort improbable que les étudiants soient morts brûlés puisqu'il n'y a aucune trace d'un feu de cette ampleur ni de résidus génétiques des étudiants possiblement assassinés (8). La lumière n'est toujours pas faite en totalité sur les circonstances entourant cet événement.

Le maire, son épouse et les policiers étant des suspects clés dans cette enquête, la population mexicaine craint que le pays abrite un réseau de corruption plus vaste que soupçonné. Des slogans tels que «Dehors Pena» étaient d'ailleurs scandés lors des manifestations du 26 septembre dernier (9).

Cas isolé ou pointe de l'iceberg?

C'est alors que le pays est aux prises avec l'un des plus grands réseaux de narcotrafiquants au monde que le gouvernement mexicain lance une stratégie de «lutte contre le narcotrafic (10)» il y a près de 8 ans. Se révélant infructueuse, elle coïncide avec une période durant laquelle quelque 80 000 morts et 22 000 disparus sont recensés.

«El Chapo» Guzman, chef du cartel de drogue le plus puissant du pays, a été capturé et emprisonné en 2014. Il s'est toutefois échappé de prison le 11 juillet dernier. Il s'agit de la deuxième évasion réussie de la part de Guzman, et ce, dans une prison à sécurité maximale (11). Pour Laurent Laniel, chercheur à l'Observatoire européen des drogues et de la toxicomanie, cet événement est emblématique de la faiblesse de l'État; ce dernier n'est vraisemblablement pas en mesure de garder emprisonné l'homme le plus recherché du pays (12). Laniel croit alors que les cartels ne peuvent que se sentir encore plus en contrôle devant cette faiblesse et cette incapacité d'agir, ce qui pourrait représenter un danger potentiel encore plus grand pour le pays.

Qui plus est, des petits cartels appelés «cartelitos», établis de façon plus locale, gagnent en puissance et tiennent des réseaux de corruption régionale; c'est d'ailleurs ce genre d'organisation qui corrompt les maires et les policiers comme ceux impliqués dans l'histoire du 26 septembre 2014 (13).

De l'autre côté de la médaille, le président Nieto a l'an dernier évoqué la diminution du taux d'assassinats depuis son arrivée au pouvoir, celui-ci passant de 18,6 à 13,1 par 100 000 habitants (14). La stratégie de lutte au cartel de son gouvernement fait toutefois craindre que, même si les assassinats diminuent pour le moment, des guerres de contrôle territorial surviennent en cas d'arrestation des grandes têtes comme «Chapo» Guzman.

L'avenir est brumeux pour la sécurité au Mexique. Il est difficile de prévoir si l'État sera capable d'améliorer progressivement la situation ou si elle empirera dans les mois et années à venir. Pour le moment, le constat en matière de corruption et de faiblesse de l'État est peu encourageant.




Références:

(1) REUTERS. «Mexique: le gouvernement confirme la mort des 43 étudiants disparus», Ici Radio-Canada, le 28 janvier 2015, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international... (page consultée le 27 septembre 2015).

(2) ORTEGA, Yemeli. «Un an après, le Mexique se souvient des 43 étudiants disparus», La Presse, le 26 septembre 2015, http://www.lapresse.ca/international/amerique-lati... (page consultée le 27 septembre 2015).

(3) STOLLZ, Joëlle. «Le massacre de Mexico en 1968, symbole de l'impunité», Le Monde, le 2 octobre 2008, http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/10/02... (page consultée le 27 septembre 2015).

(4) SALIBA, Frédéric. «Au Mexique, un rapport accablant relance l'affaire des étudiants disparus», Le Monde, le 9 septembre 2015, http://www.lemonde.fr/international/article/2015/0... (page consultée le 27 septembre 2015).

(5) ORTEGA, Yemeli. «Le Mexique marque le 1er anniversaire de la disparition des 43 étudiants», Agence France Presse (via Eureka), le 26 septembre 2015, (page consultée le 27 septembre 2015).

(6) STEELS, Emmanuelle. «Disparition des 43 étudiants: Mexico s'en lave les mains», La Presse (via Eureka), le 21 novembre 2014, http://www.lapresse.ca/international/amerique-lati... (page consultée le 27 septembre 2015).

(7) REUTERS, op. cit.

(8) STEELS, Emmanuelle. «La version officielle sur les étudiants mexicains disparus est contredite», Le Temps (via Eureka), le 8 septembre 2015, http://www.letemps.ch/monde/2015/09/08/version-off... (page consultée le 27 septembre 2015).

(9) ORTEGA, op. cit.

(10) SALIBA, Frédéric. «Mexique: le chef du cartel sanguinaire des Zetas a été capturé», Le Monde, le 5 mars 2015, http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2015/03/05... (page consultée le 27 septembre 2015).

(11) JOUVE, Arnaud. «Mexique: le tout puissant cartel de Sinaloa du «Chapo» Guzman», RFI, le 7 août, http://www.rfi.fr/hebdo/20150807-mexique-drogue-et... (page consultée le 27 septembre).

(12) loc. cit.

(13) VERDEAU, Paul. «Mexique: la malédiction des cartels», Le Point, le 14 juillet 2015, http://www.lepoint.fr/monde/mexique-la-malediction... (page consultée le 27 septembre 2015).

(14) loc. cit.

Dernière modification: 2015-10-13 09:38:30

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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Pour la liste complète de nos bulletins sur l'actualité, consultez la rubrique analyse. Ces bulletins sont rédigés par des étudiants et étudiantes du programme d'Études politiques appliquées de l'Université de Sherbrooke. La recherche et la rédaction sont supervisées par notre rédacteur en chef Serge Gaudreau.

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