Depuis plus de 20 ans, l'État du
Sri Lanka, situé au sud de l'
Inde, est aux prises avec une
guerre civile, conflit qui a fait plus de 60 000 morts et environ 1,2 millions de déplacés (1). Après une période d'accalmie entre 2002 et 2006, cette région du monde est revenue dans l'actualité cet été avec la reprise des hostilités.
Les origines du conflit
La composition ethnique du
Sri Lanka est à la source de ce conflit. La majorité cinghalaise constitue 75% de la population totale sri lankaise (2). De confession bouddhiste, elle domine toutes les sphères de l'État depuis l'accession du pays à l'indépendance, en 1948. Pour leur part, les Tamouls, minorité ethnique hindouiste peuplant la zone nord-est du pays, s'opposent au pouvoir de la majorité cinghalaise.
Cette opposition de la part des Tamouls contre le pouvoir cinghalais vient de politiques discriminatoires élaborées principalement au cours des années 1950 et 1960 par le
gouvernement (3). Le partage inéquitable du pouvoir au sein de la société sri lankaise provenant de ces politiques est le moteur du mouvement tamoul.
Les Tigres
Les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) est une organisation politico-militaire ayant pour principal objectif la création d'un État indépendant dans le nord-est du
Sri Lanka. La création des LTTE remonte à 1976 mais la militarisation de l'organisation coïncide avec un événement bien spécifique. Le 24 juillet 1983, une douzaine de soldats cinghalais ont été tués dans la ville de Jaffna, au nord du pays, par des assaillants non identifiés (4). Des émeutes violentes éclatèrent alors dans la zone; les Tamouls en furent la cible. À la suite de ces attaques envers la population tamoule, les Tigres de libération prirent les armes pour se défendre et faire valoir leurs revendications.
Détérioration de la situation
Depuis le déclenchement des hostilités, en 1983, plusieurs tentatives de règlements du conflit ont échoué. Malgré des interventions de la communauté internationale et une implication militaire de l'
Inde, en 1987, un compromis était introuvable (5). Finalement, en février 2002, une tentative de médiation initiée par la
Norvège aboutit à un cessez-le-feu (6) et une mission pour surveiller la trêve dans le nord-est du pays fut créée suite à l'accession de la minorité tamoule à une plus grande autonomie sur son territoire.
Suite à quatre années de cessation des hostilités, la situation se détériora rapidement à la fin juillet 2006. Les LTTE accusèrent les forces
gouvernementales de pénétrer trop profondément dans la zone rebelle au nord-est du pays; des combats sanglants s'enclenchèrent alors entre troupes
gouvernementales et rebelles tamouls (7). De plus, les Tigres de libération bloquèrent une source d'approvisionnement en eau dans le nord-est du pays le 20 juillet. Ce
blocus de 19 jours avait pour principal objectif d'obtenir auprès du
gouvernement la satisfaction des besoins des habitants des villages rebelles tamouls (8). Enfin, les rebelles ont imposé un ultimatum au
gouvernement sri lankais en demandant le départ pour le 1er septembre 2006 des
observateurs de la mission de surveillance du cessez-le-feu (9).
Depuis le 20 juillet dernier, le
Sri Lanka a basculé de nouveau dans une logique de guerre. Les combats entre les forces rebelles tamoules et du
gouvernement dans le nord-est du pays ont forcé quelque 204 000 personnes à quitter leur domicile pour fuir la violence (10). En outre, les combats firent un millier de morts, dont 200 civils (11).
Enfin, le conflit au
Sri Lanka entre les Tigres de libération et les forces
gouvernementales perdure depuis plusieurs décennies et aucun règlement n'a encore été trouvé. Suite à la détérioration rapide de la situation en juillet, la région sera à surveiller de près car le pays pourrait basculer de nouveau dans un gouffre de violence.