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15 septembre 2015

Accord de libre-échange Chine-Australie : entre espoir et désillusion


Philippe Antoine Régnier
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

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Au terme d'une décennie de négociations, la Chine et l'Australie ont conclu un accord de libre-échange. Signé par les deux pays le 17 juin 2015, cet accord vise principalement les secteurs des ressources minières, l'agriculture et les investissements. L'entente garantit une ouverture inédite aux marchés respectifs des deux nations (1). Très satisfait de cette entente, le premier ministre Tony Abbott a qualifié l'accord de «Jour historique» pour les deux pays.

Une entente «historique»

Il aura fallu 10 ans et 21 séances de négociations pour que les deux pays s'entendent finalement sur les dispositions générales définissant l'accord (2). Ce sont certaines exigences de la Chine qui ont principalement ralenti l'aboutissement de l'entente. Malgré que l'accord soit approuvé par les dirigeants des deux pays, il faut encore l'approbation du Parlement australien.

L'accord de libre-échange vise à permettre un accès facilité aux marchés des deux nations. Il prévoit entre autres que près de 85% des biens australiens exportés vers la Chine soient exemptés de frais de douane. Ainsi, les ressources minières, les produits agricoles et le secteur des investissements se transigeraient sans droits de douanes entre les deux pays (3). Cet aspect de l'accord profite principalement à l'Australie. Effectivement, la Chine est la principale destination des produits exportés australiens. Éventuellement, lorsque le traité sera appliqué dans son ensemble, c'est 99% des produits australiens qui seront dispensés de frais de douane (4).

De son côté, l'Australie s'engage à supprimer les taxes d'entrée de 5% des produits électroniques et facilite les investissements chinois (5). Autrement dit, les investisseurs chinois pourront investir jusqu'à un milliard de dollar dans des projets d'infrastructures. Ces investissements n'auront pas à être approuvés par le conseil de surveillance des investissements étrangers australiens. L'assouplissement des conditions d'investissements permettra aux Chinois d'investir considérablement dans les ressources abondantes de l'Australie, comme le fer et le charbon (6).

Le gouvernement australien ne voit que du bon dans cet accord de libre-échange. En effet, on chiffre en milliards de dollars les retombées économiques pour le pays. Cela s'explique par un accès quasi sans restriction à la deuxième économie mondiale (7). Cet accès inédit permettra entre autres aux Australiens de percer le marché des services chinois, tels que la santé et l'éducation. Pour le secteur agricole australien, cet accord donne un avantage considérable par rapport aux compétiteurs, tels que les États-Unis et l'Union européenne (8).

En Australie, l'adoucissement des conditions d'investissements permettra aux Chinois d'entamer des grands projets d'infrastructures en sol australien. Ainsi, des projets tels que des mines et des centrales électriques qui ont une valeur supérieure à 150 millions de dollars pourront être faits par les Chinois. C'est d'ailleurs via ces vastes projets d'infrastructures que le gouvernement australien voit une possibilité de création d'emplois majeure (9).

Le revers de la médaille

Cette entente ne fait pas que des heureux. En effet, en Australie on retrouve une forte opposition, venant principalement des syndicats et des partis politiques d'opposition, notamment du Parti travailliste. Les opposants à cet accord s'inquiètent surtout du sort des travailleurs locaux (10). L'accord permet aux Chinois d'entreprendre des vastes projets d'infrastructures avec des travailleurs chinois uniquement. Les syndicats ne reprochent pas seulement la sous-traitance aux travailleurs étrangers, mais ils s'alarment de la complaisance des autorités australiennes.

Une des dispositions du traité retire l'obligation pour les travailleurs chinois de la construction de passer un examen de compétence en sol australien (11). Ainsi, on craint que les futurs projets soient mal faits et tout simplement dangereux à long terme. Les opposants politiques au traité y voient également une occasion ratée de régler le problème des chômeurs, qui se chiffrent à 800 000, le plus élevé en 20 ans (12). Les entrepreneurs chinois n'ont aucune obligation d'engager des travailleurs australiens.

Malgré les nombreuses critiques et inquiétudes par rapport à ce traité, l'Australie semble en voie de l'accepter. Les Australiens rejoindraient ainsi plusieurs pays qui, depuis 2004, ont également signé un accord de libre-échange avec la Chine (13).

Au même titre que la Chine, l'Australie favorise également ses relations avec ses voisins, au détriment des pays européens et des États-Unis. Certains experts estiment qu'il serait très probable qu'une zone de libre-échange entre la Chine, les pays de l'Océanie et les membres de l'Association des nations de l'Asie du sud-est (ANASE) prenne forme dans les prochaines années (14).




Références:

(1) TAIX, Caroline, L'Australie et la Chine concluent un accord de libre-échange, Le Monde, mise à jour le 17 novembre 2014, http://www.lemonde.fr/economie/article/2014... site consulté le 11 septembre 2015

(2) Fact Check, Does the China Free Trade Agreement threaten Australian Jobs?, ABC, mise à jour le 12 août 2015, http://www.abc.net.au/news/2015-08-12/china-free-t... site consulté le 12 septembre 2015.

(3) Australian Government, Outcomes at a glance, mise à jour le 26 août 2015, http://dfat.gov.au/trade/agreements/chafta/... site consulté le 12 septembre 2015

(4) Australian Government, China-Australie Free Trade Agreement, Australia Unlimited, dfat.gov.au, site consulté le 7 septembre 2015.

(5) TAIX, op.cit.

(6) AFP, Ce que prévoit l'accord de libre-échange, La Tribune, 17 juin 2015, http://www.latribune.fr/economie/internatio... site consulté le 11 septembre 2015

(7) Australian Government, op.cit.

(8) ibid.

(9) ibid.

(10) BADHAM, Van, Happily ever Chafta?, Labord Herald, https://www.laborherald.com.au/economy/ch... site consulté le 12 septembre 2015

(11) TIOZEK, Eric, «FTA : Union says Government's decision to remove skill assessment of Chinese electricians "an absolute disgrace"», ABC Australia, mise à jour le 29 juin 2015, abc.net.au, site consulté le 7 septembre 2015.

(12) BADHAM, op.cit.

(13) PELLÉ, Rodolphe, Les accords de libre-échange conclus ou en cours de négociation par la Chine, Ambassade de France à Pékin, mise à jour le 26 juin 2012, http://www.ambafrance-cn.org/Les-accords-de... site consulté le 12 septembre 2015.

(14) Passerelles, ACR : La Chine et l'ASEAN créent une zone de libre-échange, ICTSD, 4 décembre 2009, http://www.ictsd.org/bridges-news/passerelles/news... site consulté le 12 septembre 2015.

Dernière modification: 2015-09-21 07:49:04

-N.D.L.R.: Il est possible que des hyperliens actifs au moment de la recherche et de la rédaction de cet article ne le soient plus ultérieurement.
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