Université de Sherbrooke Lettres et sciences humaines École de politique appliquée

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11 octobre 2016

Le parti Podemos est-il en mesure de briser la tendance vers la droite en Europe?


Charles Philippe Thibault
analyste en formation,
École de politique appliquée,
Faculté des lettres et sciences humaines,
Université de Sherbrooke

Au fil du temps

octobre
2017
Déclaration d’indépendance de la Catalogne

août
2017
Manifestation d’envergure contre le terrorisme à Barcelone, en Espagne

décembre
2015
Tenue d'élections législatives en Espagne

septembre
2015
Élections régionales au Parlement de Catalogne

novembre
2014
Tenue d'une consultation sur l'auto-détermination de la Catalogne

juin
2014
Annonce de l'abdication du roi d'Espagne, Juan Carlos 1er

novembre
2011
Élection du Parti populaire de Mariano Rajoy en Espagne

juin
2009
Début des élections législatives au Parlement européen

mars
2008
Réélection en Espagne du Parti socialiste ouvrier de Jose Luis Zapatero

juin
2004
Tenue d'élections au Parlement européen

mars
2004
Attentats terroristes dans le métro de Madrid

juin
1999
Tenue d'élections au Parlement européen

janvier
1999
Passage à l'euro pour onze pays de l'Union européenne

juin
1998
Création de la Banque centrale européenne

juin
1994
Tenue d'élections au Parlement européen

février
1992
Signature du traité de Maastricht

juin
1989
Tenue d'élections au Parlement européen

juin
1985
Signature des traités d'adhésion de l'Espagne et du Portugal à la Communauté économique européenne

octobre
1983
Manifestations dans les grandes villes d'Europe contre le déploiement d'armes nucléaires

Le 17 janvier 2014 est né le parti de gauche radicale espagnol Podemos. Le chef initial et actuel est Pablo Iglesias Turrion. En français, podemos signifie «Nous pouvons», un thème qui est le centre de la pensée du parti. Son arrivée fait contraste avec la tendance que nous observons depuis quelques années déjà en Europe : la montée en puissance de la droite et de l'extrême droite.

L'avènement d'un parti marquant

Le parti Podemos a été mis sur pied sous le slogan «Claro que podemos», qui veut dire en français : «Clairement, nous pouvons» (1). Les grandes idées du parti ont été écrites dans un manifeste qui porte le nom de «Mover ficha : convertir la indgnacion en cambio politico». En français, ce titre signifie «Prendre les choses en main : Convertir l'indignation en pouvoir politique». Il est porteur des idées centrales de ce parti. Ce manifeste a été signé par une trentaine de personnalités connues dans le monde politique, ce qui a permis au parti de prendre son envol (2).

Pablo Iglesias Turrion a été le principal responsable de cet envol. Il était professeur de sciences politiques à l'Université de Madrid et analyste politique à la télévision. Dès l'âge de 14 ans (il a aujourd'hui 37 ans), il militait dans des partis de gauche (3).

Une croissance fulgurante de popularité

Le programme politique qui guide le parti dans ses décisions et plateformes électorales se résume en 6 grandes lignes directrices (4). Tout d'abord, il faut redresser l'économie en accentuant le contrôle étatique par des institutions et soutenir les petites entreprises locales qui débutent. Les trois points suivants défendent la liberté, l'égalité et la fraternité en abolissant les barrières migratoires sur le continent, ce qui stimulerait la coopération entre les différents peuples. Ensuite, établir la souveraineté de l'État, surtout économique, en réduisant le nombre d'accords multilatéraux. Finalement, Podemos désire «récupérer» la terre en diminuant l'empreinte de la pollution sur l'environnement et en stimulant l'activité des compagnies agricoles locales.

Sa première chance de tester ce programme était les élections européennes en mai 2014. Pour son premier rendez-vous politique, Podemos a surpris les prédictions des analystes en se classant au quatrième rang à l'échelle nationale. Le parti a remporté 5 sièges sur les 54 à pourvoir, avec un total de 8 % des votes (5). On ne croyait pas qu'il était possible qu'il se démarque aussi rapidement en raison de son manque d'expérience et de visibilité sur la scène nationale.

Le deuxième test de popularité était en 2015 lors des élections régionales et municipales (6). Podemos a cependant décidé de ne pas se présenter individuellement, mais plutôt d'appuyer des partis déjà connus avec lesquels il avait des affinités politiques. De cette façon, il devenait plus facile de remporter des sièges. Cela a eu l'effet de donner des voix à certains candidats affiliés qui en avaient besoin afin d'être élus. C'est d'ailleurs le cas à Madrid, Barcelone et Valence, les trois plus grandes villes du pays.

Le défi suivant était les élections générales de 2015. Lors de celles-ci, Podemos a décidé de s'allier au parti écologique EQUO (7). La formation d'Iglesias Turion a remporté 21 % des voix, ce qui la plaçait au troisième rang, quelques points derrière le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). En raison de la coalition que Podemos avait préalablement établie, il a été en mesure de récolter 109 sièges sur un total de 350. Cela faisait donc de cette coalition l'opposition officielle en chambre (8).

Désireux de détenir la majorité du pouvoir, Iglesias Turion tente ensuite d'ajouter le PSOE à sa coalition. Cependant, en raison du refus des militants de ce parti, cette coalition n'aura pas lieu. Ces tentatives de Podemos d'obtenir le pouvoir ont eu pour conséquence de fragmenter le gouvernement. Cette fragmentation a donc mené, quelques mois plus tard, à de nouvelles élections afin d'élire à nouveau les représentants.

Pour les élections de juin 2016, Podemos s'est lié à la Gauche unie, avec l'objectif de battre son rival des dernières élections : le PSOE. Individuellement, Podemos récolta 21 % des votes contre 23 % pour le PSOE. Cependant, en raison de la coalition, les partis de gauche ont surpassé leurs adversaires et formé à nouveau l'opposition officielle avec 103 députés, contre 137 pour le Parti populaire, vainqueur des élections (9).

Une représentation insatisfaisante pour le chef du parti

Bien que leur présence au sein du gouvernement n'est pas à négliger, Iglesias Turion et son équipe voient ces résultats en quelque sorte comme une défaite. Leur principal objectif étant de coiffer leurs adversaires du PSOE et de former, sans coalition, le parti d'opposition officielle (10).

La formation Podemos a tout de même surpris le monde politique lors de sa participation aux différentes élections. La population espagnole ne s'attendait pas à voir un parti de gauche aussi populaire étant donné la puissance que possédait la droite depuis plusieurs années déjà.

Il est trop tôt pour être en mesure d'identifier une tendance dans l'électorat de ce parti. Cependant, nous sommes en mesure d'établir une ébauche de son électeur type. Podemos a une moins grande popularité dans le sud-ouest du pays, contrairement au centre et au nord-est (11). On remarque également une tendance pour l'idéologie de gauche dans les grandes villes grâce aux victoires lors des élections municipales dans ces endroits (Madrid, Barcelone, Valence). De plus, les gens désireux de voir du changement dans les politiques seront portés à voter pour ce parti de gauche, qui, contrairement à la droite, travaille pour stimuler le changement, et non pour le statu quo.

Malgré cela, la présence de ce parti d'indignés aura eu des effets intéressants. Les derniers résultats électoraux sont signe de l'évolution des mentalités en Espagne. En effet, on se butait depuis bien longtemps à un bipartisme fort. Avec l'arrivée de Podemos et des différentes coalitions qu'il est en mesure de créer, ce n'est plus seulement deux partis qui se partagent la grande majorité des votes (12).




Références:

(1) Publico, Intelectuales y activistas llaman a recuperar la soberania popular con una candidatura para las europeas, 14 janvier 2014, http://www.publico.es/politica/intelectuales-y-act... (consultée le 06/10/2016)

(2) Publico, Op. cit.

(3) Gomez, Luis, Espagne. Les indignés de Podemos, première force politique du pays, Courrier international, 4 novembre 2014, http://www.courrierinternational.com/article/2014/... (consultée le 06/10/2016)

(4) Podemos, Documento final del programa colaborativo, 2014, 36 pages, dans https://podemos.info

(5) Morel, Sandrine, Espagne : après la défaite, le chef de file socialiste démissionnera en juillet, Le Monde.fr, 26 mai 2014, http://www.lemonde.fr/europeennes-2014/article/201... (consultée le 06/10/2016)

(6) AFP et Reuters, Élections en Espagne : forte percée des «indignés», Le Monde.fr, 25 mai 2015, http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/05/25/el... (consultée le 06/10/2016)

(7) Carvajal, Alvaro, Equo aquesta por confluir con Podemos y deja de lado a IU, El Mundo, 10 mai 2015, http://www.elmundo.es/espana/2015/10/05/561249ff46... (consultée le 06/10/2016)

(8) Elentir, Vigo, De los 69 diputados, que los medios assignan a Podemos, 21 pertenecen a otras formaciones, Contando estralas, 21 décembre 2015, http://www.outono.net/elentir/2015/12/21/de-los-69... (consultée le 06/10/2016)

(9) AFP et Reuters, Législatives espagnoles : le Parti populaire en tête les socialistes devant Podemos, Le Monde.fr, 27 juin 2016, http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/06/26/le... (consultée le 06/10/2016)

(10) Le Monde, Espagne : l'Échec de Podemos, Le Monde.fr, http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/06/27/esp... (consultée le 06/10/2016)

(11) AFP et Reuters, Élections en Espagne : forte percée des «indignés», Op. cit.

(12) AFP et Reuters, Législatives en Espagne : une victoire aux airs de défaite pour la droite, Le Monde.fr, 20 décembre 2015, http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/12/20/es... (consultée le 06/10/2016)

Autre référence

Gouëset, Catherine, Succès de Podemos en Espagne : les leçons d'un séisme électoral, L'Express, 26 mai 2015, http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/succ... (consultée le 10/10/2016)

Dernière modification: 2016-10-18 15:53:05

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